‹ Les ébénistes du XVIIIe siècleChapitre 286 sur 397 · Id. Z Im. 39. Scellés après décès du maître (44e opp · texte numérisé non relu

Id. Z Im. 39. Scellés après décès du maître (44e opp

5. « [Vente de] Marchandises d’Ébénisterie (après le décès du

sr Œben, Ébéniste du Roi), scavoir : Commodes, dont une à fond de bois argenté avec panneaux remplis de fleurs nuancées,

Secrétaires à coffre-fort et autres, Bibliothèques, Encoignures, Chiffonnières en secrétaire et autres, Tables en pupitre et autres, Toilettes, Bureaux, Écritoires, Boëtes, Caves, Coffres, Métiers à broder, Tables à la Bourgogne, Serre-papiers, Écrans, Bois de fauteuils en escalier et à lit, et Boëtes de pendule, dont une très grande ornée de figures en bronze, le tout d’un goût nou-

veau et bien travaillé. Le 5 sept. 2 h. de relevé et jours suiv. Enclos de l’Arsenal, cour des Princes. » {Annonces, Affiches et Avis divers, 1763, p. 618 et 648). V. aussi, Ibid., 1765, p. 201 .

6. Arch. de la Seine. Bilans, cart. 54. « Faillite de deffunts Sr et De Œben, lui vivant Ébéniste du Roi », 10 janvier 1780.

7. On a écrit sur la maîtrise de J. -F. Œben bien des choses fantaisistes. La question mérite d’être éclaircie en deux mots. Toutes les erreurs commises â ce sujet viennent de ce que les tableaux de la communauté publiés en 1782 et 1785 mentionnent Jean-François Œben parmi les maîtres exerçant à cette époque et lui attribuent pour date de réception le 28 janvier 1764, postérieure d’une année à celle de sa mort. Ce mystère s’explique par une simple faute matérielle, qui a lait attribuer à Simon Œben les prénoms de son frère. Quant à Jean- François, il obtint le 20 déc. 1759 un certificat attestant qu’il avait travaillé dans les maisons royales durant le temps requis

estampille depuis moins de deux ans. Mais sa veuve en fit un plus long usage. Après avoir pris la direction de l’entreprise, Marguerite Vandercruse frappa du même poinçon les œuvres exécutées chez elle par Riesener, qui resta son chef d’atelier jusqu’en 1767, année où elle se remaria avec lui et lui céda la maison. Il en résulte que beaucoup d’ébénisteries marquées du nom de J. -F. Œben doivent être attribuées à son illustre élève.

En général, on distingue assez facilement les travaux des deux artistes. Le premier employait quelquefois dans ses placages des loupes et racines d’arbres indigènes; il aimait à faire ressortir les marqueteries sur des fonds de couleur sombre; il ornait volontiers ses meubles avec des baguettes de bois mouluré : ce sont autant de particularités qui caractérisent sa manière. Le second avait un goût plus délicat, plus léger, plus aimable, de sorte que ses productions se reconnaissent à leur fine et charmante élégance. D’autre part, le style évoluait très vite durant la période qui nous occupe. Les pièces faites par Œben se ressentent encore de l’influence du genre rocaille ; celles que nous devons à Riesener sont traitées dans un esprit plus classique.

Trois meubles recueillis par le musée du Louvre confirment ces remarques. Pareillement revêtus de mosaïques en carrelages qui simulent des cubes enchevêtrés, ils portent tous les trois le poinçon de Jean-François CLben. Cependant le seul dont on puisse lui faire honneur est un grand bureau, cà contours mouvementés et pieds cambrés, provenant de l’hôtel des Invalides L Les deux autres, — un secrétaire en armoire et un chiffonnier de mêmes forme et décor 2 — appartiennent déjà au style connu sous le nom de Louis XVI. D’après les éléments de comparaison que fournit le mobilier de l’époque, ces ouvrages sont certainement postérieurs à la mort de l'ébéniste que désigne leur estampille. Il faut en dire autant d’une paire d’encoignures exposées au musée de Ivensington 5 : leur composition et leur facture ne permettent pas de douter qu’elles ne soient un travail de son successeur.

Par contre, dans certaines pièces frappées de la même empreinte, le goût personnel d’Œben se reconnaît avec non moins d’évidence. Au nombre des productions de ce genre, j’ai remarqué une table Louis XV en acajou chez MM. Kellner frères, et un secrétaire de dame, orné de marqueteries en bois des Alpes, chez M. B. Fabre. L’ancienne collection Ledat renfermait une table-liseuse ouvrant au moyen de volets à coulisse et portant un pupitre mobile 4, agréable spécimen des créations auxquelles l’artiste dut sa renommée. M. Léon Reinach possède de lui une œuvre encore plus caractéristique. C’est le meuble à secrets et à transformations que reproduit notre planche XLVIII. Au fond du bâti se dissimule une petite vitrine qui s’élève par un mécanisme à manivelle et dont les côtés peuvent tourner ses pivots afin de présenter une face concave où sont disposées des étagères. L’avant-corps renferme plusieurs tiroirs : le premier sert de bureau, l’un des suivants devient un pupitre de lit, et le dernier forme une sorte de tabouret pour les soins à donner aux pieds. Un morceau très analogue, — sinon le

pour gagner la maîtrise sans frais, en vertu d’un privilège dont i. Carie Dreyfus. Musée du Louvre. Mobilier du XVIIe et du

jouissaient les ouvriers de la Couronne. N’ayant pas usé immé- XVIIIe s., 2e éd. [1922], n° 38.

diatement de cette faveur, il fit renouveler son certificat le 2. Id. Ibid., nos 64-65.

11 février 1761 (Arch. nat. O1. 1093). L’artiste s’occupait donc 3. Catalogue of the Jones Bequest in the South Kensington

alors de régulariser sa situation vis-à-vis de la communauté et Muséum, London, 1882, p. 78, n» 714.

son admission dut être prononcée peu après. 4. Vente G. L..., Paris, nov. 1918, n° 345.

Cte F. DE SALVERTE. - LES ÉBÉNISTES DU XVIIIe SIÈCLE.

Planche XLVIII

JEAN-FRANÇOIS OEBEN.

Meuble de toilette à transformations, exécuté vers 1760.

Photographies montrant le meuble fermé, le meuble ouvert, et la table de lit formée par un des tiroirs.

(coll. Léon Reinach).

même, — figurait parmi les marchandises de Jean-François Œben lors de son décès. On le trouve ainsi décrit dans l’inventaire de son magasin : « Une table à la Bourgogne de 26 pouces de long sur 35 de haut et 19 de large, dans laquelle est par derrière une bibliothèque montante ; garnie au-devant d’un petit abattant, au-dessous deux tiroirs, et encore au-dessous une petite table de lit et un marchepied en prie-Dieu ; le tout plaqué de bois de rose et amaranthe à fond gris en mosaïque; ornée de 2 fortes moulures1. » Ce curieux ouvrage était estimé 260 livres.

ŒBEN (Simon), frère cadet du précédent, fut aussi ébéniste du Roi. On a souvent confondu ces personnages et, déjà de leur vivant, la méprise était commune. Il faut avouer que tout concourait à l’entretenir, car les deux frères, mariés aux deux sœurs 2, suivirent de près la même carrière. J’ai trouvé un document de l’époque où Simon est donné pour un « élève de Boule 3 », ce qui ferait croire qu’ils avaient débuté ensemble dans les galeries du Louvre. Ils furent patronnés l’un et l’autre par Mme de Pompadour. Le plus jeune, entré aux Gobelins sous les ordres de son aîné en 1755 4 5, lui succéda neuf ans plus tard dans la place de premier ébéniste à cette manufacture s. Il y demeura le reste de sa vie. On l’avait pourvu d’un assez vaste logement, auquel attenaient cour et jardin. La place dont il disposait lui permit d’ouvrir, à côté de son atelier, un magasin qui compta parmi les plus importants de la capitale 6. Depuis le 28 janvier 1764, Simon Œben faisait partie de la communauté des maîtres menuisiers 7 ; il fut un des jurés de sa corporation de 1770 à 1772 8 et vécut jusqu’au 4 avril 1786 9. Par une dernière analogie avec son frère, il termina son existence dans une situation désastreuse.

Sa femmè, réduite à un cruel dénuement, avec cinq enfants à nourrir, sollicita l’autorisation de rester aux Gobelins et d’y continuer le commerce. Elle fit plaider sa cause par le duc du Châtelet. Celui-ci écrivit à M. d’Angiviller, directeur des Bâtiments royaux: « Je ne peux me refuser, Monsieur le Comte, de vous exposér le malheur de la famille du sr Oeben... Cet artiste a travaillé bien longtemps pour tous les gens considérables, et en particulier pourM. le duc de Choiseul; mais, soit par un excès de probité, soit par deffaut d’ordre dans sa conduite, il vient de mourir sans laisser d’autre bien à sa veuve qu’une nombreuse famille, et à son fils aîné, qui est en état de le remplacer dans sa profession, d’autre fortune que son exemple à suivre I0...». La veuve Œben vit ses désirs exaucés. Malheureusement elle ne

1. Arch. nat. Z1"1. 39, loc. cit. — Cf. Nouv. Arch. de l’Art français, t. XV, 1899, p. 355.

2. Simon Œben épousa en effet Marie-Marguerite Vandercruse, seconde fille de l’ébéniste François Vandercruse-Lacroix.

3. Arch. nat. O1. 2052. Lettres de J. -B. Pierre, directeur des Gobelins, 2 avril 1786.

4. Le 30 mars 1763, Simon Œben obtint du marquis de Marigny un certificat attestant qu’il avait travaillé dans la Manufacture « pendant l’espace de 8 années et 3 mois », ce qui reporte son entrée dans cet établissement en janvier 1755. (Cf. Arch. nat. O1. 2045 et Y. 9331, 17 oct. 1769.)

Page 1