‹ Les ébénistes du XVIIIe siècleChapitre 332 sur 397 · Id. Y. 10993, 12 juillet 1750. deaux, 1791, p · texte numérisé non relu

Id. Y. 10993, 12 juillet 1750. deaux, 1791, p

5. Arch. de la Seine. Livres de Commerce. Reg. 5491, Livre des 9. Ern. Zaïs. L'ébéniste David Rœntgen (dans la Galette des ouvriers de l’ébén. Migeon (1747-1750), — Arch. nat. Y. 10996, Beaux-Arts, 3® période, 1890, p. i8oetsuiv.).

3 oct. 1755. 10. Le meuble en question a figuré dans la vente Edward

6. Arch. nat. Y. 14087, 26 mars 1760. Arnold, Londres, juin 1920, n° 86 du catalogue.

Tout permet donc d’attribuer cette œuvre à Rœntgen père. Elle prouverait que celui-ci avait déjà le goût des agencements subtils et complexes, qui furent portés par son fils au plus haut degré de perfection.

RŒNTGEN (David) ', célèbre ébéniste allemand, — plus connu en France sous le seul prénom de David, — naquit à Herrenhag, près de Francfort, le n août 1743, et mourut à Wiesbaden le 12 février 1807. Fils du précédent, il fut, lui aussi, un dévot sectateur des Frères Moraves. Une partie de son enfance se passa au bourg de Niesky, en Fusace, qu’il quitta vers l’âge de dix ans pour venir à Neuwied-sur-le-Rhin. Après avoir travaillé auprès de son père, il lui succéda en 1772. Il voulut aussitôt donner un grand essor à son entreprise. Un de ses premiers actes fut de s’associer avec l’horloger Pierre Kintzing (1746 f 1816), dont il appréciait le talent pour la mécanique. Fe rôle de Kintzing ne se borna pas à fabriquer des pendules, des jeux d’orgue, de flûte ou de tympanon destinés aux meubles de la manufacture; il inventa avec David toutes sortes de secrets et de surprises qui contribuèrent beaucoup à leur vogue. Jamais on n’avait vu des combinaisons plus singulières et plus plaisantes. Gœthe en parle dans plusieurs de ses écrits, comme dans le roman de Wilhelm Meister, où, relatant l’histoire d’une petite fée qui habile un coffret magique, il compare cette cassette aux chefs-d’œuvre de Rœntgen pleins de mystérieux ressorts. Fes travaux du jeune ébéniste se distinguaient en outre par leur genre de fabrication. David avait trouvé des procédés nouveaux pour durcir et polir les bois auxquels il donnait l’éclat du marbre. Comme marqueteur, il adopta une technique spéciale dont il tirait des effets inconnus avant lui. Au lieu de nuancer ses compositions par masses et de les ombrer au burin, il les réalisait intégralement avec des petites pièces de rapport, correspondant à chaque détail du dessin et à chaque dégradation de teinte. Ce moyen lui permettait d’imiter des tableaux enlevés de verve, par touches vigoureuses. Il forma d’habiles ouvriers qui travaillaient dans la même manière. Un artiste de Coblence, Janvier Zick, connu pour avoir brossé de nombreuses fresques dans les églises* et châteaux des provinces rhénanes, peignit presque tous les cartons d’après lesquels le maître et ses élèves exécutaient leurs mosaïques. Fes plus pittoresques montrent des paysans et bateliers, saisis sur le vif dans leurs occupations coutumières. D’autres représentent des sujets d’histoire, des allégories, des scènes chinoises, ou bien encore des rubans et des fleurs, traités parfois en camaïeu.

Ayant réorganisé sa fabrique, Rœntgen entreprit au mois d’août 1774 un premier voyage en France, où il se lia avec quelques artistes et trouva des encouragements auprès de la reine Marie-Antoinette, toujours accueillante pour ses anciens compatriotes. Il retourna de nouveau à Paris au printemps de 1779, accompagné cette fois de Kintzing. « Fes Allemands », comme on les appelait, s’étaient fait suivre par des chariots remplis de précieux ouvrages. Ils apportaient à Fouis XVI un secrétaire monumental, qui a malheureusement disparu2, mais dont Pahin de

1. V. au sujet de cet artiste : Ern. Zaïs. Ouv. cité. — A. de beauté, provenant du Cabinet de feu Louis Capet, estimé

Champeaux. Le Meuble, t. II, p. 268 à 278. — H. Vial, A. Mar- 100.000 livres. La fermeture est telle que de grands mécaniciens cel et A. Girodie. Les Artistes décorateurs du Bois, t. I, p. 126 garantissent l’impossibilité de l’ouvrir. Il est déposé chez le à 128. sr Dussault, Me Ébéniste, rue Saint-Étienne, boul. Poissonnière,

2. Ce meuble se trouvait en 1794 chez l’ébén. Dussault, à qui démontrera aux curieux combien ce meuble est rare et inap- Paris : « Secrétaire à cylindre, en bois de rapport, d’une rare préciable ». Annonces, Affiches et Avis divers, an II, p. 5651.

ÇHe F. DE SALVERTE. - LES ÉBÉNISTES DU XVIIIe SIECLE.

Planche LVI

DAVID ROENTGEN.

Secrétaire monumental en marqueterie, avec horloge a musique par Kinzing, exécuté vers 1780 pour le roi de Prusse Erédéric-Guillaume II.

( Pavillon de Mon-Bijou à Berlin).

laBlancherie donne une description très précise'. Au reste on connaît deux meubles analogues que Rœntgen exécuta plus tard, avec de légères variantes, pour l’empereur d’Allemagne et le roi de Prusse. Le premier se trouve dans le Musée autrichien d’Art et d’industrie2, l’autre dans le pavillon de Mon-Bijou à Berlin 3 (planche LVI). Le bureau de Louis XVI avait environ onze pieds de haut sur cinq de large. Des pilastres en racine grise ornaient la façade dont les décorations symbolisaient les arts libéraux. L’intérieur, admirablement machiné, offrait des parties mouvantes, des double-fonds à secrets et une serrurerie complexe qu’un seul tour de clef faisait jouer tout entière. Ce travail était propre à enchanter le Roi, grand amateur de mécanique. Il paya le meuble 80.000 livres et le plaça dans son cabinet à Versailles 4. Marie-Antoinette, de son côté, fit l’acquisition dé plusieurs pièces magnifiques, dont une commode en acajou ronceux pour son mobilier personnel, et un bureau à cylindre décoré de sujets chinois qu’elle envoya en présent à Pie VI. Rœntgen obtint en outre le titre d’« ébéniste-méchanicien du Roi et de la Reine 5 ».

Pendant ce séjour à Paris, les Allemands exposèrent quelques-unes de leurs productions dans les salons de la Société des Amis des Sciences et des Arts. Frappé de l’adresse dont témoignaient les travaux de ces étrangers, Vaucanson, alors septuagénaire, leur confia l’exécution d’un de ses derniers automates, la charmante Joueuse de Tympanon qui a été recueillie par le Conservatoire des Arts et Métiers. Ce petit chef-d’œuvre fut élaboré dans les ateliers de Neuwied. Kintzing construisit le mécanisme, tandis que son associé faisait le socle qui renferme les ressorts et l’instrument que la poupée touche de ses baguettes.

Rœntgen profita de la réclame faite autour de ses ouvrages pour établir un dépôt chez le sieur Brébant, marchand-miroitier, rue Saint-Martin. Mais les menuisiers de la capitale s’émurent de cette atteinte à leurs privilèges. Malgré les hautes protections qui couvraient David, ils prétendirent l’empêcher de continuer son commerce. L’ébéniste allemand prit le parti de solliciter son admission dans la corporation parisienne, où il fut reçu le 24 mai 1780. Il ouvrit alors une maison de vente rue de Grenelle Saint-Honoré (aujourd’hui rue Jean-Jacques Rousseau) et en informa le public par des annonces de presse6. Cependant le maître ne se fixa pas à Paris. Il y revenait seulement de temps à autre pour prendre contact avec ses clients7. Dans la suite, il semble avoir confié la représentation de ses intérêts à l’un de ses compatriotes, l’ébéniste J. -G. Frost, qui organisa rue Croix-des-Petits-Champs une sorte de succursale des établissements de Neuwied 8.

David fonda d’autres dépôts de ses ouvrages à Berlin et à Vienne. Après avoir plusieurs fois

1 . Nouvelles de la République des Arts, 2 3 mars 1 779, p. 5 7 et 5 8.

2. Das K. K. Osterreichische Muséum fier Künst und Industrie, Wien, 1914, p. 133 (reprod.).

3. Rich. Graul. Das XVIII. Jahrhundert Dekoration und Mobiliar, Berlin, 1905, p. 174 et 177.

4. On lit dans les Comptes particuliers de Louis XVI, publiés par le comte de Beauchamp, Paris, 1909, p. 71 : « Avril 1779, le 1 1, j’ai payé aux allemands pour une grande commode, 2400 1. — A eux pour le poli de la table, 288 1. ».

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