‹ Les ébénistes du XVIIIe siècleChapitre 334 sur 397 · Voir ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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parcouru l’Allemagne, il visita l’Italie, puis se rendit à Bruxelles afin de livrer au prince Charles de Lorraine, gouverneur des Pays-Bas, deux grands tableaux de marqueterie représentant des épisodes de la vie de Coriolan. Au début de l’année 1783, il demeura quelques mois en Russie. Durant ce séjour, il vendit à Catherine II une quantité de meubles que l’on admirait naguère dans les galeries de l’Ermitage, dans le palais de Pavlosk et les autres résidences impériales r. Rœntgen en demandait 20.000 roubles; Catherine lui donna 5.000 roubles de plus et y ajouta une tabatière en or.

Vers cette époque, la manufacture avait atteint l’apogée de sa prospérité. Elle occupait cent menuisiers et marqueteurs, une dizaine d'ouvriers en bronze, autant de serruriers-mécaniciens, et plusieurs horlogers travaillant sous la conduite de Kintzing. A la tête d’une belle fortune Rœntgen pouvait se dire « le plus célèbre ébéniste de l’Europe », comme le graveur Wille le qualifie dans son Journal en 1787. Il trouva un nouveau protecteur en la personne de Frédéric- Guillaume II, qui le nomma fournisseur ordinaire de la cour de Prusse, conseiller privé du commerce et agent royal pour le cercle du Bas-Rhin. Malheureusement la Révolution porta un coup fatal à son entreprise. La maison Frost, dont il était commanditaire, fit faillite, et tout ce qu’il possédait en France fut confisqué arbitrairement comme biens d’émigré. Puis la guerre devint menaçante. En novembre 1794, David dut s’enfuir de Neuwied, à l’approche des armées républicaines qui mirent ses ateliers au pillage. Il se réfugia d’abord à Berlin, résida ensuite près de Gotha et ne revint habiter Neuwied qu’en 1802. Il s’éteignit à 1 âge de soixante-quatre ans, au cours d’un voyage à Wiesbaden. De son mariage avec Catherine-Dorothée Sheurer, fille d’un pasteur alsacien, lui étaient venus trois fils; aucun d’eux n’adopta la profession de leur père.

Rœntgen signait rarement ses travaux. Peut-être, comme membre de la corporation parisienne, fit-il graver un poinçon de maîtrise où figurait son seul prénom DAVID, par lequel on avait coutume de le désigner en France. Cette empreinte a été relevée sur une petite table en acajou ayant appartenu au baron Lepic 1 2. Quelques pièces sorties de ses mains sont

marquées 7^ ou Le chiffre 4, dont l’interprétation avait échappé jusqu’ici, me paraît, sans

aucun doute, correspondre à la lettre D, quatrième de l’alphabet et initiale du mot David. L’ébéniste apposait le plus souvent ces monogrammes dans les panneaux de marqueterie, sur une caisse, un ballot de marchandises ou un accessoire analogue. L’ancienne collection Mialhet renfermait un très beau bureau, dont le tiroir central porte les majuscules D. R. entrelacées 3. Je possède un régulateur en acajou (planche LVII) qui montre, dans l’entablement de ses deux colonnes de cuivre, l’inscription T{oentgen 'Neuwied. On ne connaît qu’un très petit nombre d’ouvrages portant ainsi en toutes lettres la signature de l’artiste.

Toutefois ses productions n’ont pas besoin de marque pour être facilement reconnaissables. Leur facture suffirait à leur donner un aspect original ; leur style n’y contribue pas moins. David resta indépendant de notre école. Il ignorait nos traditions et dédaignait de suivre nos

1. Les trésors d' Art en Russie, Saint-Pétersbourg, 1907. Édition

de la Société Impériale d’encouragement aux Arts.

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