‹ Les ébénistes du XVIIIe siècleChapitre 335 sur 397 · A. de Champeaux. Le Meuble, t. II, p · texte numérisé non relu

A. de Champeaux. Le Meuble, t. II, p

modèles. En puisant directement ses formules aux sources classiques, il créa un genre très particulier, qui ne manque pas d’une certaine noblesse, mais qui a quelque chose de terne et de pédant. On peut reprocher à beaucoup de ses ouvrages la lourdeur de leurs formes architecturales, la sécheresse et la monotonie de leurs cuivres. Supérieur dans la marqueterie, Rœntgen fut loin d’avoir la science de composition et la délicatesse de goût des ébénistes parisiens.

La majeure partie de ses travaux sont demeurés en Allemagne. L’ancien mobilier royal de Prusse en réunit une collection importante, conservée au pavillon de Mon-Bijou et au château de Potsdam. Le musée d’Art industriel de Berlin possède le bureau à cylindre dont la reine Marie-Antoinette fit présent au Pape1. Celui de Vienne conserve plusieurs œuvres capitales de Rœntgen, entre autres le secrétaire de l’empereur Joseph et les tableaux de marqueterie exécutés pour le prince Charles de Lorraine2, A Londres, le South Kensington Muséum montre de lui trois petites tables 3, outre un meuble dont la décoration comporte deux superbes panneaux signés de son monogramme4. Nos collections publiques renferment aussi des morceaux remarquables du maître. On voit au palais de Versailles un bureau en acajou offert à Louis XVI par les Etats de Bourgogne et une table décorée de figures chinoises, qui passe pour avoir appartenu à Marie-Antoinette. Le Conservatoire des Arts et Métiers expose, outre la Joueuse de Tympanon, une curieuse horloge de Rœntgen et Kintzing, soutenue par deux colonnes tronquées. Le Louvre a recueilli dans la donation Schlichting un somptueux secrétaire à cylindre provenant de Catherine II5. Cette pièce, ornée de très beaux cuivres, est surmontée par un petit monument de bronze finement ciselé et doré, qui représente Minerve attachant sur une stèle le portrait de l’impératrice. L’artiste a plusieurs fois reproduit le même sujet dans ses marqueteries de couleur, en ne changeant que l’effigie des souverains auxquels il dédiait ses œuvres.

RŒTIG (Johan-Anton), l’un des collaborateurs de David Rœntgen cà Neuwied-sur-le-Rhin, n’était pas, comme on l’a cru, un ébéniste, mais un horloger-mécanicien, qui construisait des pendules à jeu de flûtes pour les meubles fabriqués par son fameux compatriote. Il s’établit plus tard à Hachenbourg (Nassau), et vivait encore en 1816.

RŒTTERS (Gaspard), ébéniste-marqueteur, natif du diocèse de Cologne, se rendit à Tours vers 1770, accompagné de son frère Bertrand. Après avoir travaillé chez plusieurs menuisiers de l’endroit, les frères Rœtters s’associèrent avec un de leurs camarades, Pierre P i 1 1 , pour ouvrir une boutique rue Saint-Etienne. Au printemps de 1772, ils distribuèrent des cartes dans la ville, offrant d’exécuter sur commande « toutes sortes de meubles en ébène et bois de rapport, ainsi qu’en marqueterie à figures et autres ornemens ». Cette initiative leur attira un procès avec la corporation locale. Assignés devant le lieutenant de police, les étrangers firent valoir

1. Ce meuble fut acheté à Rome, en 191 1, pour la somme de 100.000 lires. Cf. Falke. Das Roentgenbureau (Amtliche Berichte aus den Kgl. Kunstsammlungen, Berlin, oct. 1911, col. 22-26, avec reprod.).

2. Führer dur ch das K. K. Osterreichische Muséum für Kunst und Industrie, Wien, 1901, p. 154-156.

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