Alm. du Commerce
15. Arch. de la Seine. Bilans, cart. 48*, faillite du tap. Daigremont, mai 1779.
SHEARER (Thomas), dont le nom semble indiquer une origine écossaise, se fit connaître comme fabricant et dessinateur de meubles à Londres vers le milieu du règne de George III. En 1788, il collabora au Cabinet Makers Book of prices publié par les ébénistes de la métropole. Les planches qu’il composa pour ce volume témoignent d’une très ingénieuse fantaisie. Ses meilleures créations sont des meubles à secrets et à surprises, que les Anglais appelaient Harlequin Furniture. Shearer contribua beaucoup à développer en son pays le goût de ces sortes d’ouvrages, peu répandus auparavant dans l’ameublement britannique.
SHERALON (Thomas), ébéniste et fameux dessinateur anglais, né vers 1751 à Stocktonupon-Tees, dans le comté de Durham; mort à Londres le 22 octobre 1806 Fils de pauvres gens, il apprit son métier dans sa ville natale, où il demeura longtemps un simple ouvrier. Mais son orgueil ne s’accommodait guère de cette condition subalterne. Dévoré d’ambition, Sheraton employait ses loisirs à cultiver ses dispositions pour le dessin et à développer son savoir par toutes sortes de lectures et d’études La religion l’intéressait autant que la science et les arts. De bonne heure il avait abandonné l’Église anglicane pour s’affilier à la secte des anabaptistes, dont il devint un zélé prosélyte. Le premier écrit qu’il fit imprimer en 1782 fut un opuscule de controverse sur les principes de sa foi.
Aux approches de la quarantaine, Sheraton se rendit à Londres afin de se consacrer aux publications qui l’ont rendu célèbre. Il donna en 1790 un recueil de 84 planches sous le titre Designs for Furniture. L’année suivante parut son ouvrage capital, The Cabinet makers and Upholsters Drawing Book, auquel avaient souscrit plus de cinq cents ébénistes et tapissiers. C’était, comme le titre l’indique, un cours de dessin spécialement destiné à ces professionnels. Le traité n’a aucune valeur, mais il est suivi de nombreuses gravures où l’artiste a représenté des meubles de son invention, qui lui ont mérité la gloire d’attacher son nom à l’un des styles du mobilier britannique. Ces modèles, dont notre planche LXIII montre quelques spécimens, se caractérisent par leur agréable simplicité, leur distinction un peu froide, leur sveltesse souvent poussée à l’extrême. Comparés aux dessins d’Heppelwhite, ils rappellent bien davantage l’art français. On y trouve beaucoup d’idées empruntées à notre style Louis XVI, mais traduites dans des formes tendues et amaigries d’une élégance très particulière.
Le Drawing Book eut un succès comparable à celui qu’avait obtenu le Director de Chippendale. Réimprimé à plusieurs reprises, ce livre se répandit même à l’étranger, et un libraire de Leipzig en fit paraître une édition allemande. Il faut dire que la Révolution discréditait nos modes, auxquelles les nations continentales s’étaient asservies depuis un siècle. L’Angleterre héritait du prestige perdu par la France : son goût régentait alors l’esthétique du mobilier dans presque toute l’Europe, aussi bien en Italie qu’en Allemagne et en Suède.
Sheraton publia encore un dictionnaire illustré de l’ébénisterie, puis commença en 1804 un vaste ouvrage, The Cabinet-makers Upholsters and General Artist’s Encyclopædia. Ce recueil devait paraître en 125 fascicules; il fut interrompu après une trentaine de livraisons, dont on ne peut
1. On trouvera des renseignements sur cet artiste dans les don, 1900. — P. Mac-Quoid, History of English Furniture, ouvrages mentionnés ci-dessus, p. 53, note 11. V. en particu- 1904, t. IV. — J.-G.-J. Penderel-Brodhurst, Sheraton, dans The lier: J. Munro Bell, Chippendale, Sheraton and Heppelwhite, Lon- Encyclopædia britannica, t. XXIV, p. 841-842.
dire qu’elles font regretter les autres. L’artiste ne jouissait plus de tous ses moyens. C’était un homme usé avant l’âge par les excès de travail et un orgueil maladif qui le portait à la neurasthénie. Depuis longtemps ses familiers le voyaient décliner et s’assombrir, lorsqu’une crise de néphrite l’emporta en quelques jours.
La plupart des auteurs qui ont parlé de Sheraton lui attribuent une place éminente parmi les fabricants de son époque. La tradition le désigne comme l’auteur de beaux ouvrages, tels qu’une chaise, en bois de citronnier finement incrusté d’étain, qui fait partie des collections du musée Victoria et Albert à Londres. Le musée Sloane dans la même ville montre une suite de sièges en acajou que cet ébéniste aurait fournis à la Banque d’Angleterre. Dernièrement, l’on a cru reconnaître pour un de ses travaux une petite vitrine signée des initiales T. S. Rien de tout cela ne doit être retenu. Sans doute Sheraton fut un habile ouvrier : l’abondance et la précision des renseignements techniques consignés dans ses écrits prouvent qu’il connaissait à fond son métier. Mais il ne le pratiqua jamais qu’en sous-ordre. Ni à Stockton, ni à Londres il ne tint un atelier pour son compte, et nous savons, par des témoignages contemporains, qu’il abandonna le travail manuel peu après la publication de son Drawing Book '.Malheureusement ses livres lui rapportèrent plus d’honneur que de profit. Pour soutenir sa famille, il donnait des leçons de dessin qui ne l’enrichirent pas : il mourut laissant sa veuve et ses deux filles privées de toutes ressources.
SHORT (Sewall), ébéniste américain, résidant à Newburyport près de Boston, décéda en 1773. D’après un inventaire de sa boutique, conservé dans les archives de Salem (Massachusetts), il produisait des meubles de luxe en bois d’acajou et de cèdre, notamment des bibliothèques vitrées à petits carreaux 1 2.
SIMONOT (Alexandre-Pierre), ébéniste parisien, admis à la maîtrise le 4 juillet 1783, exerça dans le cul-de-sac de la Brasserie, sur la butte Saint-Roch, jusque sous le Directoire 3. On trouve dans les Petites Affiches du 29 décembre 1787 une annonce de cet artisan pour vendre une « table de bois d’acajou, d’un seul morceau, ayant 41 à 42 pouces de circonférence 4 ».
SINTZ (Joseph), reçu maître à Paris le 29 juillet 1785 5, s’établit fabricant et marchand de meubles rue de la Michodière. En février 1789, il eut un litige avec le doreur sur cuivre Sommers, qui avait travaillé aux garnitures de ses ouvrages6. Sous la Révolution, Sintz s’adonna principalement à la brocante et acquit aux enchères de nombreuses pièces provenant de l’ancien mobilier de la Couronne7. Sa maison, transférée rue Neuve-des-Petits-Champs, existait encore en 1803 8.