Annonces, etc., 1766, p
O F. DE SALVERTE. — LES ÉBÉNISTES DU XVIIIe SIÈCLE.
Planche LX III
THOMAS SHERATON.
Dessins de sièges et de meubles, d'après des planches du Cabinet Maher's Drawing-Book (-79*
représentants dans la communauté parisienne vers le début du régne de Louis XV \ L’un d’eux, Nicolas Tilliard, établi rue de Cléry, aux Armes de France 1 2, fut principal de la corporation en 1741 3. A cette époque Jean-Baptiste, qui habitait la même rue, était attaché depuis une douzaine d’années au service de la Couronne comme menuisier ordinaire du Garde-meuble. Il livrait pour les maisons royales des tables, des consoles et de nombreux sièges, dans les formes mouvementées alors à la mode4. Les comptes des Menus mentionnent aussi divers ouvrages commandés à ce maître pour le service particulier du Roi et des Enfants de France s. Entre 1751 et 1756, le prince de Soubise lui fit exécuter des « bois de fauteuils, de chaises, de lits », valant au total près de 6. 000 livres, en vue de garnir son hôtel à Paris, ainsi que ses résidences de Saint-Ouen et de Lille 6. Tilliard fournit également des meubles pour le fermier général Fontaine de Cramayel, au château de Cramayel en Brie7. Il conserva la direction, au moins nominale, de son entreprise jusqu’à l’âge de soixante-dix-neuf ans.
Jacques-Jean-Baptiste ou Jean-Baptiste II, fils du président, obtint ses lettres de maîtrise le 16 juillet 1752 8, mais ne les fit enregistrer que bien plus tard, en avril 1764 9, lorsqu’il prit la succession de son père, auprès duquel il avait travaillé jusqu’alors. Il maintint brillamment les traditions de sa famille. Avec le concours d’habiles collaborateurs, tels que le sculpteur Chaiîlon 10 et le doreur Mathon ", il créa des sièges d’une belle qualité et d’une composition originale. Il eut d’actives relations dans le commerce 12 et fut employé par la Cour. En 1777, on lui demanda, pour le salon de Madame Victoire à Versailles, un magnifique mobilier comprenant un canapé, une chaise-longue, une bergère, huit fauteuils, un autre grand fauteuil destiné au Roi, un tabouret de pied et un paravent à cinq feuilles, le tout orné de très riches sculptures, dont les principales représentaient des trophées de musique et d’amour13. A la Révolution, ce maître, pouvant vivre de ses rentes, quitta l’établi, et alla demeurer rue Beauregard où il mourut le 5 mars 1797 ’4.
Les productions de cet atelier sont souvent signées TILLIARD et quelquefois J. B. TIL- LIARD. On peut croire que la première de ces estampilles appartint au père et la seconde au fils, mais en fait ce dernier les employa l’une et l’autre, car l’ancienne marque TILLIARD, sans les initiales du prénom, se rencontre sur des pièces du plus pur goût classique, certainement postérieures à l’année 1764, qui fut celle où la maison changea de titulaire. Au reste, il importe peu de discerner les oeuvres de ces deux artisans, qui s’égalaient en mérite et restèrent longtemps associés.
1. Un maître de ce nom décéda rue Montorgueil en fév. 1728 (Arch. nat. Y 5 209); un autre, Pierre Tilliard, probablement le père de Jean-Baptiste, habitait rue de Cléry en 1735, âgé alors de 72 ans (Id. Y. 14060, 26 avril 1735).