‹ Les ébénistes du XVIIIe siècleChapitre 59 sur 397 · MARTIN CARLIN · texte numérisé non relu

MARTIN CARLIN

i. Guéridon porte lumières en marqueterie et porcelaine fane. col/. Jacques Doucct).

2. Pupitre à musique provenant de la reine Marie-Antoinette ( South Kcnsington Muséum).

3. Meuble d'entre-deux en laque de chine, provenant de Mesdames de France (Musée du Louvre).

Ce notable fabricant marquait I. CANABAf . — avec l’S final en forme d’un J renversé. Son estampille se rencontre souvent sur des petits meubles très sobres, quelquefois un peu secs, qui se caractérisent par la netteté de leur facture, leurs formes originales et leurs ingénieux agencements. J’ai noté parmi les plus typiques une sorte de tricoteuse, posant en bout sur une tige à crémaillère portée par trois patins inégaux. On a signalé du même auteur une table d’architecte munie d’un curieux mécanisme élévatoire '. Dans la quantité d’ouvrages qui portent sa signature, il suffira de mentionner encore deux jardinières de l’ancienne collection T. Broët 2 et un petit pupitre pliant que possède Mme la comtesse H. de Bernard.

Canabas eut pour élève et collaborateur son fils Pierre-Joseph 3. Deux neveux du maître, — qui portaient le même nom de famille et le même surnom que leur oncle, — exercèrent aussi le métier d’ébéniste, tenant boutique l’un et l’autre rue de Charonne : François-Antoine, reçu dans la corporation le 19 mars 1779 4, fut blessé au siège de la Bastille et obtint une gratification de 400 livres à titre de récompense civique 5 ; son frère François-Jean, qui resta ouvrier libre, fit faillite en 1783 6.

CAREL, habile ébéniste qui florissait vers le milieu du règne de Louis XV, n’est malheureusement connu que par son estampille. D’après le genre de ses ouvrages et la provenance de cer tains d’entre eux, il paraît avoir résidé dans une ville du Sud-Est. On serait donc tenté de le croire fils ou parent d’un compagnon-ébéniste nommé Jacques-Philippe Carel, qui travailla chez Th. Hache à Grenoble et se maria dans cette ville en 1712 1 . Or celui-ci était parisien de naissance et pouvait fort bien se rattacher à deux menuisiers homonymes, Etienne et Nicolas Carel, connus pour avoir assumé d’importantes entreprises dans les maisons royales entre 1660 et 1695 S- Q-U°i en soit, le personnage qui nous intéresse compta parmi les meilleurs artisans régionaux de l’époque. Ses meubles d’un dessin ferme et souple, un peu lourds, mais point disgracieux, gardent une piquante saveur de terroir. Presque tous sont ornés de marqueteries à fleurs; quelques-uns présentent en outre, dans les bordures et surtout dans les intérieurs, une décoration plus fantaisiste, formée parfois de motifs à rocailles qui se détachent sur des bandes de bois jaune assemblées en point de Hongrie. — L’Hôtel-Dieu de Carpentras a longtemps con servé des œuvres remarquables du maître. C’étaient quatre grandes encoignures surmontées d’étagéres, en bois d’acajou et d’amarante, offrant sur leurs panneaux galbés des gerbes de tiges fleuries dans des encadrements à losanges9. L’Exposition des Arts décoratifs, en 1882, montrait de cet ébéniste deux autres écoinçons appartenant à M. Topenas-Brunet. Une commode signée par lui se trouve chez Mme la vicomtesse Daru, au château du Martroy, près de Meaux. Notre planche VIII représente un petit bureau du même auteur qui figure dans la collection de M. Van Dyck.

1. A. de Champeaux. Le Bois appliqué au Mobilier et Notes mss. (Bibl. des Arts décoratifs, X, 45).

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