J. Guiffrey. Comptes des Bâtiments du Roi, t. I à IV
9. A. de Champeaux. Le Meuble, t. II, p. 175, et Notes mss. (Bibl. des Arts décoratifs X, 43).
CARLIN (Étienne), — probablement frère de l 'ébéniste Martin Carlin auquel est consacrée la notice suivante, — passa maître à Paris le 16 septembre 1753 1 et résida rue du Vertbois jusqu’en 1789. Sa marque E. CARLIN figure sur une précieuse table à ouvrage, en marqueterie et porcelaine, que le legs Jones a fait entrer au Musée de Kensington2.
CARLIN (Martin) 3, l’un des plus charmants ébénistes français, mourut cà Paris dans les premiers jours de mars 1785 4. On ignore la date de sa naissance et l’on connaît peu son histoire. La rareté des renseignements recueillis sur son compte laisse deviner un homme sage et paisible qui menait ses affaires avec prudence, dédaignait la réclame et se dérobait aux honneurs. Durant toute sa carrière, il habita la même maison, rue du Faubourg Saint-Antoine, sous l’enseigne du Saint-Esprit ou de la Colombe. On le trouve mentionné pour la première fois en janvier 1763, dans le procès-verbal des scellés apposés après le décès de l’ébéniste J. -F. Œben, comme créancier d’une somme de 300 livres qui lui restait due par le défunt sur un paiement d’ouvrages 5. A cette date, Carlin était encore artisan libre et ne prit rang de maître que le 30 juillet 1766 6. Hn 1772, il expertisa la succession d’un autre ébéniste fameux, Joseph Baumhauer7. Mais il ne paraît avoir joui lui-même d’une véritable notoriété qu’après l’avènement de Louis XVI. S’il n'obtint pas alors — comme on l’a prétendu — le titre d’ébéniste royal, nous savons du moins qu’il fut employé à d’importants travaux pour la Reine et pour Mesdames de France.
Les œuvres signées M. CARLIN qui ont été réunies dans le musée du Louvre proviennent pour la plupart de l’ancien château de Bellevue où résidaient les tantes du Roi. Ce sont des meubles somptueux, en ébène massif et en laque du Japon, dont la tonalité noire met en valeur des bronzes ravissants, dignes du ciseau de Gouthière. Trois pièces surtout, — une commode à portes et une paire d’encoignures, — se distinguent par la richesse pimpante de leur décoration, à laquelle concourent des couronnes, guirlandes et bouquets de fleurs mariant leurs dorures avec celles des laques, tandis qu’aux angles se profilent de minces et bizarres colonnettes inspirées des fresques de Pompéï8. L’art du temps de Louis XVI n’a rien produit de plus délicat. On n’oserait affirmer que Carlin inventa lui-même ces chefs-d’œuvre. Je croirais plutôt que les modèles en furent donnés par l’architecte J.-B. Cauvet qui composa une grande partie du mobilier de la Reine dans ce style précieux, d’une grâce si féminine ; mais l’ébéniste aurait néanmoins le mérite d’avoir su exprimer la pensée du dessinateur avec une merveilleuse élégance où se reconnaît la finesse de son goût et sa légèreté de main. Une seconde paire d’encoignures, dont les montants sont terminés par des masques de femmes 9, ornait le boudoir de Madame Adélaïde, et, dans la même pièce, se trouvait un curieux bureau garni d’étagères