‹ Les ébénistes du XVIIIe siècleChapitre 76 sur 397 · Id. ibid · texte numérisé non relu

Id. ibid

10. Ern. Dumonthier, Le Mobilier national, Bois de sièges, Paris, t. I, pl. 35.

11. Bibliographie : John Aldam Heaton. Furniture and Décoration during the XVIIIth cent. London, 1889 ; — K. Warren Clouston. The Chippendale Period in English Furniture, London, 1897; — J. Munro Bell. Chippendale, Sheraton and Heppleiuhite, 1900. — P. Mac-Quoid. History of English Furniture, 1904, t. III. — R. -S. Clouston. English Furniture of the XVIIIth cent. ; — Constance Simon. English Furniture Designers, 1907; — Cezcinsky. Engl. Furniture of the XVIIIth cent., 1909. — Dict. of National Biograpliy, 1908, t. IV, p. 259 ; — J. -G. -J. Penderel-Brodhurst, Chippendale, dans The Encyclopœdia britannica, 11e éd., t. VI, p. 237 ; — Thieme et Becker. Allgemeines Lexicon der Bildenten Künstler, Leipzig, t. VI, p. 513-514, etc.

Londres où il se maria en 1748, puis s’installa dans Conduit-street, Long-Acre. Ses talents lui acquirent bientôt une brillante réputation, surtout comme sculpteur de sièges. Avant 1753, il vint se fixer au centre de la ville, à Saint-Martin’s lane, et y monta de vastes établissements qui comprenaient un atelier pour vingt-deux ouvriers avec des magasins occupant trois immeubles. Le feu les détruisit en partie le 4 avril 1755, mais cel accident n’arrêta pas la prospérité croissante de l’entreprise. Chippendale venait de grandir sa renommée par un recueil de dessins qui donnait au public un aperçu de ses travaux. The Gentleman' s and Cabinet-maker s Director, dédié au prince Guillaume-Henry, obtint le pluséclatant succès et ouvrit à son auteur les portes de la Société royale des Arts. La première édition, parue en 1734, fut suivie d’une seconde en 1759, puis d’une troisième en 1762, comportant des additions et des variantes qui tenaient compte des changements de la mode. La liste des souscripteurs imprimée en tête de ce livre montre que le maître avait une très large clientèle. Parmi nombre de seigneurs qui l’employaient à cette époque, on peut citer les ducs de Portland et de Northumberland, le comte de Dufteries, lord Morton, lord Poulett, lord Pembroke et sir Ed. Lascelles, le futur comte d’Harewood. Au mois de janvier 1766, la mort de son associé, James Rannie, obligea Chippendale à liquider ses marchandises en vente publique1. Depuis lors, il conserva seul les ateliers et magasins de Saint-Martin’s lane, qu’il céda douze ans plus tard à son fils. Sa santé devait déjà être chancelante quand il abandonna la direction de sa maison , car il succomba peu après.

Le nom de cet artiste est resté populaire. Les Anglais s’en servent pour désigner, dans l’histoire de leur mobilier, une période qui s’ouvre sous le règne de George Ier, vers 1725, et qui se prolonge durant une quarantaine d’années, jusqu’au temps où triompha l’influence de l’architecte Robert Adam. On connaît le curieux ameublement alors en faveur dans le Royaume- Uni. Il présentait d’abord ce caractère distinctif d’être presque tout entier fabriqué en acajou, avant que l’emploi de ce bois n’eût commencé à se répandre sur le continent ; il réunissait en outre des pièces fort disparates. Beaucoup d’entre elles se rattachaient aux traditions hollandaises introduites en Angleterre par Guillaume d’Orange : c’étaient des meubles d’aspect un peu froid, mais d’une agréable netteté, et des sièges robustes au dossier à jour, avec des pieds courbes s’épatant à la base ou se terminant par des griffes posées sur une boule. D’autres sièges, ainsi que des tables, des vitrines, des étagères, pastichaient les formes anguleuses et déchiquetées du style chinois. Enfin l’art du Moyen Age, qui gardait au delà de la Manche de fervents admirateurs, inspirait des productions pseudo-gothiques, non sans analogie avec celles que le romantisme fit éclore en France aux alentours de 1830. Certes l’idée n’est pas blâmable d’avoir groupé toutes ces sortes d’ouvrages sous la dénomination du plus grand ébéniste de l’époque. Encore faut-il remarquer que celui-ci ne prit aucune part à leur invention et les trouva en pleine vogue lorsque s’ouvrit sa carrière. Bien plus: voulant faire œuvre de novateur, Chippendale fut

1. « To be sold by auction by Mr Previl sorae time this fine Cabinet work, chairs, and a parcel of fine seasoned feathers, month on the Premises in St Martin’s Lane : Ail the genuine Mohagany and other woods ; the business to be carried on in stock in trade of Mr. Chippendale and his late partner Mr. Ran- the future by Mr. Chippendale on the Premises upon hisown nie, deceaded, Cabinet-Makers, consisting of a great variety of Account ». — Public Advertiser, 3d March 1766.

amené presque aussitôt ci dégager sa manière des formules déjà vieillies et à préconiser un tout autre style que celui auquel on attache son nom.

Il en tira les éléments de notre art Louis XV. Ce goût avait déjà conquis tout le reste de l’Europe ; seuls les Anglais étaient restés insensibles à ses séductions par orgueil national et par hostilité politique. Cependant, depuis la paix de 1748, leur animosité contre la France s’atténuait peu à peu et les conjonctures semblaient favorables pour les amener à la mode universelle du « rococo ». Chippendale s’y employa avec d’autant plus de zèle que le genre se prêtait à une ornementation luxuriante et lui permettait de faire briller davantage ses talents de sculpteur. On trouve dans son album des exemples nombreux d’ouvrages soi-disant « français » ; plusieurs se présentent même sous des appellations françaises, notamment une chaise-longue baptisée du nom suggestif de péché-mortel. Dire que ces compositions sont fort médiocres serait les juger avec indulgence. Elles ne valent guère mieux que celles imaginées vers la même époque en Allemagne ou en Italie. Comme la plupart des étrangers, Chippendale semble avoir fort mal compris le style qu’il prétendait imiter: il n’en saisissait pas l’esprit subtil, la grâce riante, le charme voluptueux, et n’en voyait que le côté fantasque et maniéré qu’il exagéra jusqu’à l’absurde. Ses commodes pataudes, ses consoles surchargées de sculptures hétéroclites, ses sièges tordus en tous sens et qui ne semblent tenir debout que par miracle suffiraient à faire prendre en horreur le goût dont ils se réclament. L’artiste s’est montré plus heureux dans ses tentatives pour rajeunir l’aspect du mobilier anglais en s’inspirant discrètement des nouvelles tendances. Les modèles qu’il dessinait dans les formes en usage avant lui ont une souplesse, une légèreté jusqu’alors inconnues. Sans rien perdre de leur caractère original, ils se parent de riches moulures, de coquilles, de rinceaux, de fleurs, et leurs pieds, plus mollement cambrés, finissent en volutes à la manière française. Certaines chaises que le dessinateur a conçues suivant ces principes, en découpant sur toute la hauteurde leurs dossiers des nœuds et des flots de rubans, sont des créations de la plus aimable fantaisie. L’engouement de Chippendale pour le genre Louis XV le poussait même à introduire des rocailles dans ses ouvrages chinois, et jusque dans ses cabinets et ses buffets gothiques, où ils produisent — on le devine — un effet assez imprévu.

Toutefois, malgré les efforts de ce maître et de son école, le « rococo » ne réussit pas à s’implanter en Angleterre. Il y arrivait trop tard. Au même moment, la découverte des ruines de Pompéï excitait une émotion intense chez les savants et les artistes; leur enthousiasme allait bientôt gagner les salons et révolutionner la mode dans l’Europe entière, imposant partout à l’architecture, à la décoration, au mobilier, un style imité de l’art gréco-romain. Dès 1762, Chippendale composait, pour la troisième édition de son livre, plusieurs modèles dans le goût antique, et, durant le reste de sa période d’activité, il produisit le plus souvent des travaux de ce genre.

Malheureusement son œuvre n’est guère connue que par ses dessins. Comme tous les ébénistes anglais, il négligeait de signer ses meubles, de sorte qu’on 11’a pu identifier avec certitude que fort peu de pièces faites sous sa conduite. Le château de Rowton, dans le Shropshire, en conserve plusieurs, qui sont accompagnées de factures attestant leur provenance. Lord Saint-

Oswald possède à Nostell-Priory, près de Wakefield, des sièges, des cadres, une gaine de baromètre en tulipier et un important bureau d’acajou que Chippendale exécuta pour cette demeure. Une autre résidence du comté d’York, Harewood-House, renferme des ouvrages plus nombreux fournis à sir Ed. Lascelles entre 1762 et 1774. Nous savons que ceux-ci furent presque tous dessinés par Robert Adam; mais divers morceaux de sculpture ont certainement été imaginés par l’ébéniste lui-même, entre autres des cadres à rocailles et une grande console ornée de dauphins.

Thomas junior, fils du précédent, lui succéda en 1778. Il exploita d’abord l’établissement de Saint-Martin’s laneen société avec un sieur Th. Haig qui avait été longtemps comptable chez son père et qui vécut jusqu’en 1803. Dans la suite, Chippendale fils transféra la maison à Haymarket; il ne renonça au commerce que peu avant de mourir en décembre 1822. Ce fabricant travailla pour David Garrick à Londres !, pour lord Townshew à Raynham-Hill, et a laissé au château de Stourhead, dans le comté de Wilts, de fort bons ouvrages datant de la première période de sa carrière industrielle. O11 lui doit un livre d’ornements qu'il publia en 1779 et dont il avait gravé lui-même les planches. Peintre de talent, il exposa plusieurs fois aux Salons de Londres vers la fin du xvme siècle. Il faisait partie comme son père de la Société royale des Arts.

CHIROFLET exploitait sous le Consulat une fabrique de meubles à Paris, dans le faubourg Saint-Denis, rue Neuve-Saint-Jean, n° 21. Cet industriel prit part à l’Exposition de l’an IX, où l’on voyait des « chaises, fauteuils, lits en acajou et autres bois » provenant de sa manufacture 1 2.

CHOQUET (Claude) était ébéniste du Roi et du duc d’Orléans en 1723, lorsqu’il maria sa fille Ma rie-Anne, âgée de vingt-deux ans, à J. -B. Belin de Fontenay, habile peintre de fleurs3. Un autre membre de sa famille, Claude-Julien, né en 1696, devint maître menuisier-ébéniste avant 1738 et mourut à Paris, rue de Beauvais, le 17 mars 1 7 64 4. J’ai relevé la marque CHOQUET sur une grande commode en tombeau, dans le style de la Régence.

CHOLLOT (Edme), menuisier parisien, né vers 1695 5 , reçu rnaître en 1723, exerça rue des Gravilliers jusqu’en sa quatre-vingtième année6. Il a signé de jolies consoles à décor de fleurs et rocailles.

CIMETIERE (Jacques-François), l’un des Vainqueurs de la Bastille, était un ouvrier ébéniste du faubourg Saint-Antoine, qui abandonna ensuite sa profession pour s’établir marchand-limonadier rue de Charonne7. En 1792, il avait le grade de lieutenant à la 33e division de gendarmerie8.

1. Accounts of Chippendale, Haig and Co, for the furnishing oj David Garrick' s houseinthe Adelphi. London, 1920.

2. Catalogue de la Seconde Exposition publique des produits de l'Industrie française. An IX, p. 8.

3. Jal. Dict. crit. de biographie et d'histoire , Paris 1872, p. 183 et 393.

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