‹ Les ecclésiastiques et les royalistes français réfugiés au Canada à l'époque de la révolution--1791-1802 [microform]Chapitre 45 sur 81 · L'ABBE PIERRE GIBERT · texte numérisé non relu

L'ABBE PIERRE GIBERT

Ce prêtre appartenait par la naissance au diocèse d'AvrancheSj en ÎTormandie. Il avait été élevé au sacerdoce le 17 mai 1788, à l'âge de 25 ans. Chassé de son pays par la révolution, il entra en Angleterre à l'automne de 1792, dans le temps où l'émigration du clergé était la plus nombreuse. Là il se fit instituteur, et pendant cinq ans, il put gagner assez d'argent pour suffire à ses besoins, payer sa pension, se vêtir et puis se créer un petit capital qui lui permettrait un jour de s'en retourner dans son pays ou de porter ses pas ailleurs. Le Canada lui tendit les bras. Il résolut de s'y rendre et de s'y consacrer au ministère des âmes. " (1)

L'abbé Gibert arriva à Québec le 23 août 1798. L'évêque l'envoya à Montréal avec une recommandation auprès des Sulpiciens, qui lui donnèrent aussitôt de l'emploi à l'église paroissiale. Son séjour au séminaire de Montréal ne lui fut pas préjudiciable ; il y acquit ce goût de l'ordre et de la ponctualité, deux qualités maîtresses chez un administrateur de paroisses. A l'automne de 1798, il desservait la paroisse de Sainte- Anne du Bout de l'Ile de Montréal. Il y demeura jusqu'en 1802. M. Gibert était doué d'un caractère très sympathique. Aussi devint-il populaire parmi les voyageurs du Nord-

Ci) Voir 9e lettre de l'évêque de Léon, en date du 5 avril

Ouest, dont sa paroisse fournissait un fort contingent.

En 1802, Mgr Denaut l'envoya à Terrebonne remplacer l'abbé Branet, nommé à la cure de Saint- Jean d'Iberville. Apres deux ans, M. Q-ibert fut transféré à la cure de Saint-Michel d'Yamaska, qui fut sa dernière étape. Pendant vingt ans, il sut administrer cette belle paroisse avec une activité dévorante. Toujours à l'œuvre, il ne s'accordait quelques instants de repos que lorsqu'il avait répondu aux besoins de tous, cherchant toujours à donner satisfaction à ceux qui recouraient à ses lumières. Puis il courait à ses livres, préparait les leçons qu'il devait donner à ses élèves; car lui aussi, comme M. Raimbault, s'était voué à l'instruction de la jeunesse, pour remplacer l'instituteur, oiseau rare à cette époque.

M. Qibert était d'un abord facile, très agréable en conversation, narrant avec art, mais il prêchait peu ou point. Sous ce rapport, la tradition est impitoyable. Il était d'une simplicité austère, et d'une frugalité d'anachorète. De peur de se laisser entraîner aux plaisirs de la table, il fuyait les promenades, et s'en tenait à la plus stricte résidence. Très attaché aux Canadiens, il n'aurait pas voulu pour tout l'or du monde consentir à retourner en France. A ceux qui lui exprimaient leur surprise de le voir si peu soucieux de revoir sa belle patrie, il se hâtait de répondre les larmes aux yeux: " îJon, non, je ne veux pas m'en aller d'ici : je n'ai pas encore oublié les jours de la Terreur, ni les affreux procédés des fils de la liberté. La révolution a amoncelé trop de ruines sur le chemin de mon pays."

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