‹ Les ecclésiastiques et les royalistes français réfugiés au Canada à l'époque de la révolution--1791-1802 [microform]Chapitre 44 sur 81 · L'ABBE GABRIEL CHAMPION · texte numérisé non relu

L'ABBE GABRIEL CHAMPION

M. G. Champion appartenait au diocèse d'Avranches, eu N'ormandie. Forcé de prendre le chemin de l'exil, il dut attendre son heure pour se diriger vers le Canada, ohjet de ses prédilections de missionnaire apostolique. Il y arriva enfin au mois de juillet 1798. Si, en France, il avait su conquérir la confiance de ses supérieurs ecclésiastiques par son zèle ardent, par les ressources ingénieuses qu'il savait trouver pour opérer le bien chez autrui, il réussit au même degré dans ses missions du Golfe, où la voix du missionnaire se faisait de plus en plus rare, mais où les besoins de secours spirituels ne diminuaient guère. Faute de sujets, les évêques de Québec se trouvaient obligés de n'envoyer qu'un seul prêtre là où bien souvent il en aurait fallu deuxou trois. Le plus à plaindre en cette naalheureuse et regrettable occurrence, était le missionnaire, qui devait se multiplier pour suffire à la tâche. Ans si usait-il vite ses forces en se dépensant au service de ses ouailles.

L'évêque de Québec demanda à M. Champion s'il agréerait de se charger des îles de la Madeleine. On devine aisément la réponse de ce prêtre : il arrivait ici avec l'intention bien arrêtée d'obéir au

moindre désir de l'autorité ecclésiastique. Il s'empressa de se rendre à ces îles, qui n'étaient pas trop faciles d'accès. M. Champion y séjourna jusqu'en- 1800, puis il eut en partage les missions du Cap- Breton, où vivait surtout une population d' Acadiens. C'étaient de braves gens sans aucun doute, mais peu instruits en matière religieuse. Et, qui dit ignorance à ce sujet, peut bien ajouter indifférence eans trop se tromper. M. Champion se fit donc catéchiste, d'abord; il allait d'une porte à l'autre, groupant les gens afin de les instruire des vérités de la foi chrétienne, comme on fait pour les enfants que l'on prépare à leur première communion. Le dimanche il donnait une instruction aux adultes après la messe, puis aux enfants de 7 à 12 ans. Il recommençait sur les trois heures de relevée pour les enfants encore, et le soir il réunissait ses paroissiens et ne les congédiait qu'après avoir fait la prière en commun et leur avoir donné une solide instruction. Potfr une journée bien remplie, c'en était certainement une de choix. C'est ainsi que ce brave missionnaire passait son temps sur cette île, et il ne fit jamais autrement, jusqu'au jour où il plut à Dieu de le ravir à ses chers Acadiens, pour lui faire goûter les joies réservées aux confesseurs de la foi. C'est le 16 juin 1808 que M. Champion termina sa laborieuse carrière, dans un milieu qu'il n'avait jamais voulu quitter. Sur la fin de sa vie il se reprochait de n'avoir pas appris la langue des sauvages du pays. " Quelle ample moisson j'ai perdue, disait-il, j'aurais desservi bien plus de sauvages que d' Acadiens ; d'ailleurs ceux-ci auraient pU se pourvoir ailleurs." Plusieurs prêtres formulèrent les

mêmes tardifs regrets, sans susciter de "vocations, et l'on comprend aisément pourquoi le missionnaire appartenant au clergé séculier, n'ait pas été tenté d'apprendre le sauvage, quand il était exposé à changer de ministère d'un moment à l'autre. A quoi lui eût servi ce bagage de mots et de phrases incompréhensibles ailleurs ?

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