‹ Les ecclésiastiques et les royalistes français réfugiés au Canada à l'époque de la révolution--1791-1802 [microform]Chapitre 48 sur 81 · L'ABBE JACQ.-LADISLAS DE GALONNE · texte numérisé non relu

L'ABBE JACQ.-LADISLAS DE GALONNE

M. de Galonné était ué à Douai, dans la Flandre française en 1742. Son père exerçait alors la charge de premier président au parlement de Douai. Il avait un frère qui fut successivement maître des requêtes, intendant de Metz et de Lille, et puis contrôleur des finances du royaume en 1783. Tous deux étaient très unis, bien qu'ils fussent imbus d'opinions bien différentes. On sait que l'abbé ne voulut jamais accepter de ce frère tant placé des honneurs dans l'Eglise. Le barreau auquel il se destina tout d'abord, aurait été un acheminement facile vers une position lucrative et honorifique. Jaeques-Ladislas renonça bientôt à une profession où il se sentait étranger, aussi bien qu'au milieu où il devait l'exercer. Et il fit son entrée au séminaire de Saint-Sulpice de Paris pour se préparer à recevoir les saints ordres. M. de Galonné fut ordonné le 1er juin 1776 ; il avait 34 ans. 11 alla demeurer à Saint-Père de Melun, dans une abbaye dont il avait été pourvu avec tous ses privilèges et émoluments. L'embarras des affaires temporelles ne cadrait guère avec son besoin de solitude. Il lui fallut changer de théâtre. C'est alors que son frère, tout puissant à la cour, lui offrit la mître, en attendant mieux peut-être. M. de Galonné refusa péremptoirement un si grand honneur, et voulut bien se contenter, pour avoir la paix,

d'être vicaire général et officiai du diocèse de Courtrai, charge que lui imposa Mgr de Choiseul, alors archevêque de Courtrai ; titres que lui continuèrent Mgr de Fleury et Mgr de Rohan.

Alors sévit la rage révolutionnaire dont M. de Calonne devait être une des premières victimes, tant à cause de son nom que de son état. Sa tête fut mise à prix. Il se sauva en Angleterre, et rendu à Londres, il rédigea le Courrier de l'Hurope, journal de fondation française, à la dévotion des émigrants, royaliste de nuance. Sa rédaction était nerveuse, humoristique, et plus souvent sarcastique. On lui a reproché même d'avoir souvent dépassé la mesure dans l'appréciation des hommes et des choses du jour, et que sa rédaction dans l' ensemble semblait refléter l'état tourmenté et aigri de son âme.

En 1799, M. de Calonne disparut tout à coup, sans que personne en Angleterre ne pût s'expliquer comment. (1) On le crut mort, victime de quelque attentat. Il vivait, mais sous d'autres cieux, car on le retrouve sur l'île Saint-Jean, où il avait obtenu une concession de terrains pour deux de ses neveux, dont l'un était fils du grand ministre d'Etat. (2) L'abbé de Calonne se trouva en face d'une grande difficulté à propos de ces terrains, difficulté presque inextricable. Sur l'île Saint-Jean vivaient un assez bon nombre d'Acadiens rapatriés. Ils n'avaient pu

(1) Voir 13e et 16e lettres de l'évêque de Léon, en date du 2 juin 1799.

(2) M. de Calonne avait avec lui un jeune avocat, Edouard- Charles Serani, qui exerça la profession d'avocat. Il est mort à Cbarlottetown, en juin 1830, à l'âge de 52 ans.

se faire concéder des terres, ou bien s'ils en avaient obtenues, ils ne les défrichèrent pas, de crainte d'en être dépossédés un jour. En 1767, l'île avait été divisée en lots ou townsbips de 20,000 acres chacun, que l'on avait partagés entre les officiers d'infanterie et les officiers de la marine qui avaient pris part à la réduction des colonies françaises du golfe Saint-Laurent, de l' Acadie, de l'île Saint- Jean et de l'île Royale. Ceux-ci avaient retardé de faire des concessions, espérant avec le tenaps en retirer de meilleurs prix, soit en vendant des lots soit en les affermant. Eientôt on comprit le vice de ce système d'atermoiement, et le gouvernement, quoiqu'il y mît du bon vouloir, ne put réussir à régler la question à l'avantage de tous les intéressés.

M. de Galonné s'aperçut bientôt combien était précaire la situation des Acadiens, pauvres pour la plupart et sans influence. Afin de rehausser leur courage, il commença par leur distribuer la somme de £600, qui était son bien propre.

Mais ce secours n'était pas suffisant. Désireux de parfaire l'œuvre commencée, il chargea M. Blondel d' Aubers, conseiller honoraire à la cour de cassation en France, de faire valoir ses droits à l'héritage qui lui revenait de son frère, décédé en 1802. Etant le seul héritier du côté paternel, il devait recueillir la moitié de cette opulente succession, l'autre moitié revenant à Madame Palmerini, la seule héritière du côté maternel. Celle-ci avait déjà touché sa part. Le ^ ministre avait laissé un fils unique qui mourut eu ] 809, à Messine, Sicile, où il commandait une compagnie dans le régiment des Chasseurs Britanniques.

A part ce fils, il n'y avait que des collatéraux. L'héritage valait 59,000 francs d'inscriptions au trésor royal. Il y avait en outre des forêts confisquées pendant l'émigration, mais qui n'avaient pas été vendues comme biens nationaux, et des droits d'indemnité pour des biens vendus.

Cet héritage donna lieu à un grand procës auquel M. de Calonne voulut rester étranger. Une demoiselle d' Accola prétendait avoir épousé le ministre de Louis XVI, aprës qu'il se fût sauvé en Sicile. Cette femme ne put établir en justice le bien fondé de ses prétentions. On ne trouva pas de contrat de mariage, et dans son testament le ministre ne la mentionnait aucunement.

Le séjour de l'abbé de Calonne à l'île Saint-Jean dura cinq ans (1799-1804) et fut marqué par toutes sortes d'œuvres charitables. Il parcourut à pied tous les endroits du littoral où résidaient, peu nombreux à cette époque, les bons Acadiens. En 1800, il vint exercer son ministère au Uouveau-Brunswick. Le comté de Kent fut le principal théâtre de son zèle apostolique. La paroisse de Cocagne conserve encore la mémoire de ce noble missionnaire.

Passé en Angleterre en 1804, M. de Calonne dut attendre jusqu'en 1807 pour revenir en Amérique. On voit par sa correspondance avec Mgr Plessis et avec le comte de Puisaye, qu'il désirait ardemment son retour au Canada. S'il put enfin réussir dans son dessein, ce ne fut pas sans rencontrer une vive opposition, surtout de la part de Sir Robert Shore Milnes, (1) alors lieutenant-gouverneur de la Pro-

(1) Voir pièce 00 en appendice.

vinee de Québec, bien qu'il eût cessé d'en être l'administrateur depuis le mois d'août 1805.

M. de Calonne arriva enfin à Québec le 21 octobre 1807, et quelques jours après, il allait prendre possession du chapelinat des TJrsulines des Trois-Riviëres, que Mgr Plessis lui avait confié. On le connaissait déjà de réputation : c'était un grand orateur et un saint. Tout le monde voulut l'entendre, et la petite chapelle du couvent était bien trop exiguë pour contenir la foule anxieuse d'admirer le talent oratoire de ce prêtre émiuent. Sa renommée s'étendit bientôt dans tout le Canada, et Mgr Plessis le pria de venir prêcher à Québec, dans sa cathédrale, la neuvaine de Saiut-François-Xavier.

Mais l'abbé de Calonne ne fat pas seulement un prédicateur éminent, il fut surtout un prêtre selon le cœur de Dieu. Les quinze années qu'il passa aux Trois-Riviëres furent les plus belles de sa vie. Au monastère des TJrsulines son dévouement ne connut pas de bornes. Il donna aux religieuses l'exemple de toutes les vertus chrétiennes, surtout de la mortification, vertu qu'il poussa jusqu'aux plus extrêmes limites. Aussi le considéraient-elles comme un saint. A sa mort, qui arriva le 16 octobre 1822, tout le district des Trois-Rivières n'eut qu'une voix pour le proclamer un héros chrétien, et nous pouvons, nous aussi, à quatre-vingts 'ans d'intervalle, lui rendre un même témoignage, qui n'est que l'expression de la vérité.

L'ABBE AMABLE PICHART 1799-1819

M. Pichart était Orléanais. Il naquit vers l'année 1752. Des sa jeunesse il donna des signes de plusieurs aimables qualités du cœur et de l'esprit : sa douceur et sa patience brillaient entre toutes à un haut degré» à tel point que ses maîtres le citaient comme un modelé d'écolier. Aussi bien, lorsque ses études furent complétées, fut-il admis sans secousse à embrasser l'état ecclésiastique. Son grand séminaire ne fut que le prolongement de sa vie collégiale, avec cette diflérence toutefois que ses vertus prirent plus d'essor. Il fut ordonné le 21 décembre 1782, à l'âge de près de trente ans. Bientôt il eut à desservir une petite paroisse du diocèse d'Orléans, et c'est là qu'on le retrouve lorsqu'éclata l'orage de 1789. Il fallut déguerpir ou se décider à mourir par la guillotine. L'abbé Pichart prit la route de l'Angleterre. C'était l'acheminement plus ou moins prochain vers le Canada. Il y arriva au mois d'août 1799. (1)

L'année suivante l'évêque de Québec dirigea M. Pichart vers les missions de l'île Saint-Jean. Ici l'abbé passait quatre mois tantôt à Malpèque, tantôt à Rustico, tantôt à la Baie Fortune. " Il y a déjà fait beaucoup de fruit, et j'espère que Dieu bénissant

(1) Voir 13e et 16e lettres de l'évêque de Léon, en date du 2 juin 1799.

ses travaux, il en fera de plus en plus, " écrivait M. l'abbé de Galonné à Mgr Denaut, au printemps de 1800. Trois ans après, M. Pichart était transféré à Tracadie, où il travailla pendant douze ans avec un grand zèle à l'avancement temporel et surtout spirituel de la population acadienne. Mgr Plessis le visita en 1812, et voici ce qu'il dit du missionnaire et de sa mission : " M. Pichart est chargé depuis neuf ans de la desserte de ces trois missions (Havre à Boucher, Pomket et Tracadie) qui composent en tout (les sauvages exceptés) 310 communiants, et demeure à Tracadie, comme au poste le plus central. Le brave homme, qui a 58 ans, n'est plus d'âge à étudier une autre langue que la sienne. Aussi se trouve-t-il très déplacé dans cet endroit où 35 familles de nègres protestants, abandonnés des ministres de leur créance, n'attendent, pour devenir catholiques, que la présence d'un piêtréqui puisse leur annoncer la parole en anglais. . . .L'église de Saint-Pierre de Tracadie, quoique petite, a le mérite d'être bien finie en dehors et d'avoir au dedans un autel très décent. L'abbé Pichart est propre, rangé, curieux de bien faire le service divin. Il a des clercs, des chantres, des ornements, du linge, le tout en assez bon état." En 1815 M. Pichart passa à la cure de Berthier, dans le comté de Montmagny. Il y mourut le 24 décembre 1819, à l'âge de 67 ans, pendant qu'il était au confessionnal. Une tradition, qu'on a crue vraie» rapporte qu'il est mort au même lieu et de la même manière que M. Joriau, cent ans auparavant. Or, vérification faite, M. Joriau mourut le 24 décembre 1748, c'est-à-dire 71 ans avant M. Pichart.

M. Pichart vécut toujours dans la plus grande simplicité. Dans ses missions cette simplicité était encore plus marquée. Les privations de toute nature, particulières à la vie du missionnaire, ne lui avaient pas été épargnées. Comme elles allaient bien à son tempérament d'anachorète, il en avait pris facilement son parti; et il savait s'accommoder de la disette de vivres qui se faisait sentir en ces parages. Ces austérités de tous les jours, jointes aux déplacements multipliés, souvent par un climat humide, minèrent la santé de ce missionnaire, et le conduisirent avant le temps aux portes du tombeau. Des attaques fréquentes d'asthme, causées sans doute par une affection cardiaque, le terrassaient à tous moments, et aboutirent à une mort instantanée.

L'ABBE SIMON BOUSSIN, P. S. S.

M. Boussin était originaire de la Touraine. Son acte de baptême porte qu'il était né à Montrésor, diocëse de Tours, le 6 novembre 1772, du mariage de Simon Boussin et de Félicité Lacotté. Lorsqu'il vint se renfermer au grand séminaire de Montréal, en 1802, il n'était que minoré. (1) H fut élevé au sacerdoce le 25 février 1804. On lui donna de la besogne au petit séminaire de Montréal, puis quelque temps après, il fut attaché à la paroisse pour exercer le saint ministère.

Ce Sulpicien nous est peu connu. H mourut le 5 novembre 1827, à l'âge de 55 ans, du typhus qu'il avait contracté en administrant les consolations de la religion à une famille émigrée d'Irlande.

(1) Voir pièces EE et GG.

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