‹ Les ecclésiastiques et les royalistes français réfugiés au Canada à l'époque de la révolution--1791-1802 [microform]Chapitre 57 sur 81 · LETTEE DE M. LE SUPÉRIEUE DU COUVENT DES · texte numérisé non relu

LETTEE DE M. LE SUPÉRIEUE DU COUVENT DES

EÉCOLLETS.

Monsieur,

Sur l'exposé succinct dont il vous a plu m'honorer des intentions bienfaisantes et du pieux désir que témoigne Son Excellence notre bien-aimé lieutenant-gouverneur, d'avoir une connaissance étendue sur divers moyens des plus faciles et eflScaces pour secourir, assister et procurer un agréable et salutaire asile en cette colonie à nombre 'de respectables personnages et nombreuses familles qui se sont expatriées pour éviter la barbarie des tyrans et conserver cette aimable fidélité qu'ils avaient jurée, comme hommes et comme chrétiens, à Dieu et à leur légitime roi :

Qu'il me soit permis d'observer à Son Honneur, que l'exposé des moyens proposés par notre illustre prélat Mgr l'évêque de Québec, pour remplir cet objet, renferme tout ce que l'on peut désirer de plus satisfaisant, et est un aiguillon

trop pressant pour ne pas décider tout homme attentif à observer le devoir capital de la charité fraternelle, fût-ce même les plus indigents, pour assister, secourir leurs semblables autant qu'il est en leur pouvoir.

Or les Frères Mineurs EécoUets dits Ordre de Saint-François d'Assise ayant domicile en ce pays, sont à la vérité du nombre des indigents, n'ayant pour tout fonds que le produit des effets de la divine Providence, et pour sécurité de leur bien-être que les aumônes volontaires des fidèles. Cependant sera-t-il dit que par ce motif nous voudrions nous dispenser du premier devoir naturel de faire à autrui ce que nous voudrions qu'il nous fût fait, et de nous soustraire coupablement à la loi du Fils de Dieu, qui nous ordonne d'aimer notre prochain comme nous-mêmes, non seulement de l'assister, mais même de le prévenir dans son besoin.

Nullement, Monsieur, et Son Honneur sera parfaitement instruite que notre maison est à la vérité bien délabrée, depuis le premier siège, mais avec un peu de réparations faites par le-gouvernement, elle peut devenir commode pour six personnes et plus, suivant l'étendue des réparations.

Pour ce qui concerne notre maison des' Troîs-Rivières, un moyen facile et peu coûteux la rendrait en état de loger au moins de douze à quinze personnes consacrées au service de l'autel, elles auraient une d'autant plus grande commodité que l'église leur servirait pour toutes leurs fonctions sacerdotales sans préjudicier au prêche du ministre du lieu. Mais le moyen serait facile de transporter la chambre d'audience à la ville de William- Henry, bien plus peuplée et dont les édifices sont bien plus beaux et bien plus commodes que dans le bourg des Trois-Eivières.

Quant à la maison de Montréal, elle pourra loger douze prêtres. En distribuant les diverses chambres du bas de la maison à Québec, les Messieurs qui nous seront adjugés pourront vivre en société comme nous. Je l'oflFre avec plaisir. La maison de Montréal, plus abondante en quêtes que celle de Québec, peut bien nourrir ceux qui liU seront présentés. Ainsi le gouvernement et Son Honneur seront vraiment persuadés que nous nous offrons à secourir nos frères malheureux autant qu'il sera en notre pouvoir.

Mais pour l'assistance des pauvres familles expatriées qui

pourraient venir en ce pays, il est un moyen de les loger et de leur donner un asile dans les différentes casernes, tant à la ville de William-Henry que dans celle établie à Maskinongé (1) par le général Haldimand, dont la majeure partie subsistant en bon état demanderait peu de réparations pour hiverner commodément ces pauvres exilés, et les mettrait à même d'acquérir des terres faciles à labourer et avantageuses pour la culture.

Voilà, Monsieur, toutes les connaissances que je puis donner pour assurer un asile aux familles qui viendraient se réfugier en ce pays, à moins qu'elles ne se retirassent sur les seigneuries du Haut-Canada, où elles trouveront des terres à affermer et à prendre en culture. Et telles sont les ofires que je fais au nom des religieux pour l'assistance des prêtres réfugiés en ce pays.

Je suis, avec profond respect.

Monsieur, Votre très humble serviteur,

Fhèbe Félix de Bebet.

Commissaire et Supérieur général des

BécoUets de la province du Canada.

• Québec, 25 mai 1793,

Pièce M", page 09.

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