‹ Les ecclésiastiques et les royalistes français réfugiés au Canada à l'époque de la révolution--1791-1802 [microform]Chapitre 56 sur 81 · OPINION DE L'ÉVÊQUE DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

OPINION DE L'ÉVÊQUE DE QUÉBEC

Sur les moyens de subvenir au Canada à la^ subsistance et à l'établissement des ecclésiastiques et des nobles que la révolution de France a forcés de s'expatrier, et qui paraissent désirer un refuge en ce pays, humblement soumis à la considération de Son Excellence le Lieutenant- Gouverneur de la Province du Bas-Canada et du Conseil de Sa Majesté.

Son Excellence, et le Conseil peuvent être persuadés qu'en tout temps et en toute occasion, l'évêque de Québec juste-

ment attendri sur le triste sort des Français émigrés, fera tous ses efforts et usera de toute son influence pour adoucir à ceux qui se réfugieront en ce pays, le malheur de leur expatriation.

S'il ne s'agissait que de pourvoir à la subsistance d'une centaine d'ecclésiastiques français, il n'hésiterait pas à prendre sur lui de les placer, d'hui à un an, dans différents endroits du diocèse, où ils auraient le double avantage et de subsister et de se rendre utiles aux peuples par l'exercice de leurs fonctions sacerdotales. 11 est pareillement à présumer qu'un petit nombre de familles émigrées trouveraient dans la générosité des habitants du pays et dans leur propre exertion des ressources promptes et suffisantes.

Mais, comme il est probable qu'un nombre beaucoup plus considérable d'ecclésiastiques et de familles françaises aborderont à Québec dans les premiers mois de la navigation prochaine, il devient indispensable à la province de prendre des mesures plus étendues, tant pour les accueillir d'abord sans se surcharger, que pour les établir ensuite d'une manière solide et durable.

Quant au premier de ces deux objets, il est important de répandre ces émigrés dans les différents endroits de la pro vince, dès le moment de leur arrivée, la ville la plus peuplée de ce pays n'étant pas capable de nourrir, pendant huit jours, trois ou quatre mille étrangers, sans courir les risques de s'affamer elle même. Or voici un moyen de les répandre promptement, qui ne serait probablement pas sans succès.

L'Evêque, en réclamant, par une lettre circulaire, la charité des curés de son diocèse en faveur des émigrés français, pour les prier de lui faire savoir immédiatement combien ils pourraient recevoir dans leurs paroisses respectives, soit en les logeant dans leurs propres maisons, ou dans celles des seigneurs, ou dans une maison commune, qui serait louée à cet effet, ou enfin chez les particuliers. Il y aurait peu de paroisses qui n'en pussent accueillir une dizaine, d'autres pourraient en recevoir vingt, d'autres quarante, et d'autres peut-être davantage, suivant les facultés et la bonne volonté tant des seigneurs et des curés que des tenanciers et des paroissiens. On pourrait également, soit par une quête, soit

par une souscription dans chaque paroisse, leur procurer les meubles les plus nécessaires.

Chacune des deux villes de Québec et de Montréal peut, de la même manière, et à la faveur d'une pareille souscription, loger un ou deux cents réfugiés, et les Trois-Rivières, cinquante, surtout avec le secours des appartements qu'offrent plusieurs communautés presque désertes.

Il paraîtrait plus convenable que les hôpitaux de ces trois villes fussent réservés pour donner retraite auxmalades qu'il ne peut manquer d'y avoir dans un tel nombre de personnes, à la suite d'une navigation longue et peut-être malsaine.

Les coffres-forts des fabriques ayant été ouverts pour la plupart en faveur des pauvres cultivateurs du pays dans la disette de 1789, ne sauraient rien fournir dans la circonstance présente, attendu surtout que les églises seront exposées à une dépense extraordinaire par l'entretien des autels nécessaires à un si grand nombre d'ecclésiastiques.

Dans le cas où une lettre circulaire ne suffirait pas pour disposer favorablement les catholiques de ce diocèse à la réception des émigrés français, l'évêque se propose d'adresser au peuple même une lettre pastorale sur le même sujet.

Outre les quêtes et souscriptions que l'on tâchera de procurer dans les campagnes pour porter le plus prompt secours aux émigrés français, qui y seraient respectivement envoyés, ■ il paraît tout à fait nécessaire de former incessamment dans chacune des deux principales villes de la province, un bureau ou comité, chargé de préparer les voies à la réception de ces exilés, de les accueillir, de les diviser par bandes, de faciliter leur transport dans les différentes paroisses où ils seraient attendus; et pour cet effet, d'ouvrir immédiatement une souscription et de presser en leur faveur la libéralité des citoyens de ces deux villes. L'évêque de Québec, en épargnant sur ses modiques revenus, oSre cinquante guinées pour sa part dans une telle souscription.

Comme il prévoit qu'il sera indispensablement obligé d'écrire et de recevoir beaucoup de lettres relativement à la réception des émigrés français en ce pays, il désirerait que telles lettres pussent être affranchies dans les bureaux de poste de la province qui étant, ou cachetées du sceau de l'Evêque, ou à

lui adressées, porteraient ces mots sur l'enveloppe : " Pour le service des émigrés." Il se flatte que Son Excellence voudra bien donner là-dessus des ordres au directeur des postes.

En supposant que les mesures suggérées ci-dessus eussent le succès que l'on en désire, les émigrés français pourront, pendant quelques semaines, se délasser tranquillement des fatigues de la navigation ; après quoi on songerait à prendre des mesures ultérieures pour leur établissement solide en ce pays, dernier objet dont le ministère britannique paraît sérieusement occupé, et sur lequel il serait peut-être plus à propos d'attendre des directions.

Voici néanmoins ce que l'on peut proposer en attendant.

La grande ressource des émigrés français, surtout de ceux qui seront attachés à la culture des terres, est, sans doute, dans la libéralité et la générosité du gouvernement de Sa Majesté britannique, qui, pour mettre en exécution le charitable dessein qu'il a de les recevoir et de les établir en Canada, ne pourra se dispenser de leur accorder des vivres pour deux ou trois ans, et des instruments d'agriculture. Munis de ce secours, ils pourront défricher indifféremment, ou des terres de la couronne, ou des seigneuries appartenantes à des particuliers et moins éloignées du fleuve. Ceux-ci de leur côté ajouteraient peut-être aux avantages que les émigrés auraient préalablement reçus du gouvernement, ou les mettraient en état d'en mieux profiter. Les bureaux ou comités proposés ci-dessus ne pourraient-ils pas, en vertu d'un acte de la Législature ou par des lettres patentes, être autorisés à conférer sur cet objet avec les seigneurs particuliers de la province, et même à contracter avec eux au nom des émigrés et aux termes les plus avantageux, (l)

L'évêque de Québec verrait avec consolation une communauté d'ecclésiastiques émigrés en possession des biens des jésuites en Canada, si Sa Majesté n'en a disposé autrement.

(1) Les seigneuries de Beauharar)is, de Beaupré, de la Rivière-du- Loup, au bas du fleuve, de l'Ile Verte, des Trois-Pistoles, du Bic et de Rimouski pourraient devenir très avantageuses aux émigrés, à raisoa de leur position maritime.

et chargée des devoirs que remplissaient autrefois ces religieux, tant à l'égard de certaines missions sauvages que par rapport à l'éducation publique de la province, dont le clergé de Québec pourrait être comme le centre.

Voici les ressources que le diocèse de Québec présente aux ecclésiastiques émigrés : 1° Le séminaire de Montréal a un pressant besoin de sujets ; 2° Il se présente des paroisses nouvelles à établir ; 3° Plusieurs anciennes sont dépourvues de curés ; 4° D'autres, trop peuplées pour être desservies par un seul prêtre, ont besoin de vicaires. L'évêque se prêtera de tout son pouvoir à multiplier ces places autant que la position et l'état du revenu des différentes cures et missions le pourront permettre. Seulement il aura l'attention de ne rien faire qui puisse décourager les sujets du pays, et de prendre le loisir nécessaire pour faire le discernement des sujets étrangers, avant de leur donner mission.

Pièce M, page 69.

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