CHAPITRE TROISIEME
ANNÉES d'exil 1791-1799
Sommaire : — Sensation à Londres occasionnée par l'arrivée de Mgr de la Marche. — Burke, Metcalfe et "Wilmot à la tête du comité de secours. — Adresse au peuple anglais —
Meeting du 20 septembre 1792 Composition du comité
primitif de secours Souscriptions en faveur des prêtres
réfugiés Conduite du peuple anglais Odyssée du clergé fuyant sa patrie L'hospitalité anglaise Lettre
de l'évêque de Léon aux ecclésiastiques — Exprime sa reeonnaissanee envers le roi et son peuple Winchester, asile ouvert au clergé.
L'arrivée de Mgr de la Marche fit sensation en Angleterre. Les journaux de toute nuance l'avaient accueilli avec les plus grands égards. Bien qu'à cette époque la presse n'eût pas toute la vogue et l'influence qu'elle possède aujourd'hui, elle avait cependant une certaine prise sur l'opinion puhliqué. Les journaux les plus en vue s'appelaient le Gourrier, le Public Adverliser, le Morning Chronicîe et le Times. Le Gentleman's Magazine et VAnnual Hegister donnaient, le premier tous les mois, et le second, chaque année, un résumé assez complet des événements les plus importants. Mgr. de la Marche eut donc recours à ce puissant levier pour tenir la population en éveil, implorer sa pitié et recourir à sa charité. Puis il se mit en communication avec Edmund Burke, Philip Metcalfe et John Wilmot,
trpÎB personnages qui semblaient les mieux disposes à l'égard de son œuvre, et de concert ils avisèrent aux moyens à prendre pour recueillir le plus grand nombre de souscriptions. Ils résolurent tout d'abord de faire appel à la commisération publique, afin de subvenir aux premiers besoins des exilés en général. M. Burke rédigea une adresse portant pour titre : Case of. the sustaining clergy 'of France, refugees in the British Dominions. Cette adresse parut dans tous les journaux de Londres du 18 septembre. L'auteur y expose le cas des proscrits, leur misëre, leur dénuement, et sollicite une souscription générale et des distributions de secours par un comité qui devrait être formé incessamment." (1)
Un meeting fut donc convoqué par la voie des journaux, et le 20 septembre, on vit groupés dans une salle du grand hôtel desfrancs-maçons, au quartier de Lincoln's Inn Fields, sous la présidence de John "Wilmot, des hommes de la plus haute distinction, tels que le marquis de Buckingham, le comte Fitzwilliam, lord Onslow, Edmund Burke et Théodore Hester. Apres avoir unanimement admis que les ecclésiastiques réfugiés étaient en tous points dignes d'être assistés, l'on décida, une fois pour toutes, que les secours seraient accordés aussi longtemps que les besoins existeraient. L'on croyait alors qu'il y avait 1500 ecclésiastiques proscrits en Angleterre, 1000 à Jersey, et que le tiers de ce nombre souffrait d'un réel besoin. Mais, s'il y avait augmentation, on demanderait de l'aide au gouverne-
(1) Voir en appendice, pièce A.
ment, et séance tenante, on nomma une commission permanente de secours. Ce comité ne se composa au début que de trente et un membres, mais il s'augmenta bientôt de trente-quatre autres. Les réunions devaient avoir lieu de temps à autre, ad nU' ium... Le comité primitif était composé comme suit :
John Wilmot, M. R, président ;
Theodor John Hester, secrétaire ;
Le Marquis de Buckingham ;
William Moreton Pitl, M. P. ;
Le comte Fitzwilliam ;
Lord Onslow ;
Philip Metcalfe, M. P. ;
"William "Wilberforce, M. P. ;
Isaac H. Browne, M. P. ;
William Baker, M. P. ; ,
Thomas Astle ;
Rev. Dr Dampier ;
Sir George Baker, baronet ;
Le Très Honorable Edmund Burke ;
Rév. Dr Cooke;
Sir William Scott ;
Rév. Dr Jackson ;
Culling Smith ;
Rév. J. Burgess ; '
Col. Ironside ;
Robert Barnewall ;
J. J. Angerstein ;
Sir William Pepperel ;
Thomas Bernard ;
Dr Laurence ;
Rév. Dr "Walter King ;
Dr Brocklesby ;
Hon. E.. B. Jenkiason ;
John Bowles ;
Rév. Charles Powlett.
Dès lors des listes de souscriptions commencèrent à circuler. Le roi et l'archevêque de Cantorbéry firent appel à la générosité de toutes les classes. L'Université d'Oxford souscrivit 12,000 francs, la ville de Bristol 12,000 francs, le comte F'itzwilliams £200, l'honorable David Latouche £200. Plusieurs évêques anglicans, entre autres celui de Durham, se distinguèrent parleur générosité. On y trouve les gratifications de Fox, de Burke, de King, secrétaire de lord Dundas. La liste imprimée des souscripteurs comprend environ 1000 noms qui apportèrent au fonds de secours la somme de.£18,324-l-2. Plusieurs, voulant cacher leur nom, envoyèrent au comité qui une piastre, qui un éeu ; d'autres un shilling. Une vieille fille envoya ses épargnes au chifi're de £50.
" On pourrait citer un très grand nombre de ces petites anecdotes qui, toutes, démontrent la sensibilité du peuple anglais. Qu'il nous soit au moins permis de révéler les faits suivants, s'écrie Mgr de la Marche :
" Quelques prêtres français s'adressaient pour leurs provisions à une pauvre marchande de légumes ; elle leur donna diverses fois ce qu'ils voulaient acheter ; ces prêtres la voyant obstinée à refuser le prix de sa marchandise, craignent d'abuser d'une pareille libéralité, et vont faire leur provision ailleurs. La bonne marchande se désole, et vient se plaindre de
ne plus les revoir, parce qu'elle ne voulait pas recevoir leur argent.
" D'autres ecclésiastiques français marchandent des provisions, et se retirent sans en avoir pris, parce qu'ils les trouvent trop cher ; la marchande court après eux, et les force d'accepter gratuitement ce qu'ils avaient voulu acheter.
" Quelques autres demandant leur chemin dans les rues de Londres, se voient entourés par des femmes du peuple ; cet empressement autour d'eux leur inspire quelque crainte ; ces bonnes femmes s'en aperçoivent ; toutes s'empressant de les rassurer, leur offrent à l'envie quelques pièces de monnaie. Au premier mouvement de frayeur succèdent les larmes de la reconnaissance.
'* M. l'évêque de Léon passait dans la rue avec son grand vicaire; tout à coup celui-ci sent quelqu'un qui le presse ; il se retourne ; c'était un porteur de lait, qui lui avait mis une pièce de monnaie dans la main, et continuait son chemin sans vouloir être recoimu.
- " Dans la liste des souscripteurs, on a vu le don de vingt-six guinées par une personne désignée sous le nom de Misericordia ; cette même personne a fait remettre d'autres dons en mains particulières et n'a jamais voulu être connue. Tout ce que l'on eh sait, c'est que rien n'annonce dans son extérieur un homme aisé ; il n'en a pas moins contracté l'obligation de faire parvenir les mêmes sommes, aussitôt que les papiers publics en annonceraient le besoin.
" Parmi la foule de faits qui se présentent, n'oublions pas les petits enfants de l'école donnant à la
Bouscription l'argent destiné à leurs menus plaisirs, etc., etc." (1)
Le roi Georges III, ses ministres, la noblesse, la bourgeoisie, toutes les classes se sentirent émues devant cette détresse, et tous les jours arrivaient de nouvelles souscriptions. Bientôt les évêques reçurent chacun cinquante piastres par mois, les prêtres dix piastres.
Ces secours parurent suffisants au début; mais lorsque le décret du 26 août vint frapper les ecclésiastiques insermentés^ le nombre d'émigrés s'accrut avec une rapidité prodigieuse. Le gouvernement de la République leur avait fixé un terme de quinze jours pour quitter la France, sinon ils seraient déportés à la Q-uyane française. C'est à partir de ce moment que l'on vit des milliers et des milliers de ces malheureux en soutane, n'ayant d'autres ressources que leur espoir en Dieu, quelques pièces d'argent et quelques pauvres habits, quitter leur patrie et se sauver à l'étranger. Ils volent à la frontière, et là on trouve moyen de les dépouiller du peu qu'ils possèdent, sous le prétexte que l'argent français ne doit pas sortir de France. Une fois dehors, où iront-ils ? Que faire ailleurs, où ils sont inconnus, où leur langue n'est point parlée, leur foi souvent mécontiue ? C'est donc la détresse qui s'ofire à leurs regards, c'est le pain noir de l'exil qu'il va falloir mendier, c'est peut-être aussi la mort pat la faim ou les privations.
(1) Lettre de M. VEvîque de Léon aux ecclésiastiques français réfugiés en Angleterre.
" C'était, dit un écrivain contemporain, un spectacle singulier de voir ainsi des troupeaux de prêtres de tout âge et de tout rang errer à pied dans des montagnes et des pays presque inaccessibles, trouvant à peine la plus grossiëre nourriture et obligés le plus souvent de coucher sur la paille ou dans des écuries. Je puis assurer cependant, que pendant toute la route je n'ai pas entendu la moindre plainte." (1)
C'est ainsi que des évêques et des prêtres durent traverser les Alpes et les Pyrénées pour fuir la persécution et la mort. D'autres illustres proscrits, surtout ceux de Bretagne et de ÏTormandie, coururent chercher un refuge à Jersey et en Angleterre. La proximité de ces îles devait naturellement les attirer et les engager à y chercher une hospitalité à laquelle ils étaient peut-être loin de s'attendre. Comment, en effet, pouvaient-ils espérer que la protestante Albion accueillerait des enfants de la France catholique, surtout des prêtres ? Cependant elle fut bien large l'hospitalité anglaise, elle fut généreuse et poussée même jusqu'aux dernières limites du possible. Car il ne faut pas oublier qu'elle donna refuge en cet automne de 1792 à près de 6000 ecclésiastiques et laïcs, et qu'elle réussit à les secourir tous. Quelle joie pour ces malheureux exilés d'avoir enfin retrouvé une paix que leur refusait leur patrie? L'abbé Barruel nous a laissé le récit des scènes émouvantes, où se rencontre toujours le bonheur de la sécurité reconquise.
(1) Victor Pierre Le clergé français en Savoie et en Piémont cPaprès les souvenirs inédits du chanoine Berlioz. (Sevue des questions historiques, ixxûXei 1898).
" Il faut, dit-il, avoir vécu en France au milieu des Constitutionnels, des girondins, des maratistes, des jacobins de toute espèce, pour comprendre l'impression de sérénité et de paix que nous éprouvâmes tout à coup. C'était le doux réveil de l'âme qui, longtemps tourmentée de l'image des monstres, des furies, sort de ce rêve affreux. . . . A chaque village que nous traversions sur notre route, nous nous disions les uns aux autres : " Que ce silence est doux ! Ici on n'entend plus le cannibale Ça ira, ni la terrible Carmagnole, ni ces tambours sans cesse appelant ou des sectionnaires en délire, ou des nationaux, des fédérés, des patriotes toujours prêts à tuer. Ici on ne voit plus de ces milliers de baïonnettes levées, de piques toujours menaçantes, de sabres nus." Les voyageurs, en constatant l'accueil empressé des habitants du pays, se communiquaient ces réflexions : " Comme ils nous regardent ! avec quel intérêt leurs yeux se reposent sur nous ! comme ils semblent dire : Que vous avez souffert ? Venez et abordez, ici vous n'avez rien à craindre." (1)
En Angleterre l'hospitalité fut non seulement largi^, mais sûre et à l'abri de la persécution française, tandis qu'ailleurs, en Italie surtout, des évêques durent subir encore les ennuis d'une poursuite des plus acharnées. Ailleurs encore le clergé dut avoir recours à la mendicité, souffrir de toute manière, principalement dans ses croyances religieuses. En Angleterre, sauf quelques cas isolés où des gens du.
(1) Barruel. — Histoire du clergé de France pendant la Révolution française, 1797, t. II, pp. 211-212.
peuple se portèrent à des voies de fait sur des prêtres dont l'allure les ennuyait, l'élau de compassion fut spontané, général et constant.
Les premières informations parvenues au comité de secours avait été incomplètes. Mgr de la Marche se mit alors en frais de refaire la statistique des prêtres assistés, conformément aux faits. D'après un mémoire qu'il dreséa, 907 ecclésiastiques étaient portés sur la liste des aumônes^ à laquelle il fallait ajouter une centaine non inscrits et environ 500 disséminés ici et là. Il y en avait un peu plus de 1000 à Jersey, auxquels il fallait venir en aide. Mais la persécution devait bientôt grossir ce chiffre, et d'une façon décourageante. Du 80 août au 6 octobre 1792, il paraît que le nombre des prêtres infortunés s'accrut jusqu'à atteindre le chiffre de 3372 (1). Les recettes allaient aussi en augmentant. A la fin de novembre la totalité de la souscription s'élevait à £440,000.
Comprenant qu'il avait à remplir un devoir de reconnaissance à l'égard de l'Angleterre, de son roi, de ses ministres et de son peuple, Mgr de la Marche adressa au clergé réfugié une longue lettre, dans laquelle il mit tout ce que son cœur d'apôtre pouvait renfermer de gratitude. Qu'on nous permette d'en citer quelques extraits :
Messieurs,
" Dépositaire de tous les sentiments qu'a fait naître en vous la générosité de la nation anglaise, je n'ai pas attendu jusqu'à ce jour pour remplir
(1) Publie Advertiser du 18 octobre.
l'honorable -mission dont vous m'avez chargé. Chaque fois que j'ai pu voir ces hommes précieux, par lesquels cette nation si magnifique à votre égard dispose ses bienfaits, j'ai essayé de rendre l'admiration et les transports que la reconnaissance vous inspire et dont vos instances me faisaient un devoir d'être l'interprète fidële — vains efforts — je n'ai pu dire que faiblement ce que mon cœur sentait comme le vôtre, et vos instances nouvelles m'avertissent qu'il faut à votre gratitude un témoignage plus éclatant. Que ne m'est-il donné' de satisfaire plus dignement un si juste désir ! ! Je le voudrais aujourd'hui. A cette impuissance que la grandeur du bienfait a rendue si excusable, souffrez donc que je supplée, en épanchant dans votre cœur ces mêmes sentiments qu'il m'a été si doux de vous voir tant de fois déposer dans le mien.
" C'est avec vous-mêmes, messieurs, que je viens m'entretenir de cet accueil qui vous console, de cette protection qui vous rassure, de ces bienfaits qui vous étonnent. La dette qu'il vous impose n'est pas de celles que vous puissiez acquitter par vos propres ressources ; mais la religion vous offre des moyens de le faire : notre Dieu peut se charger du bonheur d'un peuple qui fait tant pour le vôtre. La cause de nos maux, de notre exil, n'est-elle pas la sienne ? îf'a-t-il pas dit à ses disciples que ceux qui le reçoivent le reçoivent lui-même, et qu'il prend sur lui la récompense ? Quels ne sont donc pas vos titres pour appeler de tous vos vœux ses bénédictions sur vos bienfaiteurs? "
L'éminent évêque de Saint-Pol de Léon rappelle
ensuite aux malheureux proscrits qu'en résistant au pouvoir dans leur pays, ils n'ont pas voulu défendre les richesses de l'Eglise, mais leur foi menacée ; que c'est pour cette foi qu'ils ont préféré souffrir la persécution. Il leur dit aussi que les vœux qu'ils forment pour le peuple anglais doivent être d'autant plus sincères que les bienfaits qu'ils en ont reçus sont plus grands. Il trace le tableau des malheurs de la religion en France, et établit un contraste en leur faisant sentir la tranquillité dont ils jouissent en Anscleterre. Puis entrant dans le détail de la bienveillance dont ils sont l'objet, le vénérable Prélat relève la manière délicate avec laquelle les Anglais ont été généreux à leur égard, et il en cite plusieurs traits touchants.
" Depuis longtemps, dit-il, la nation anglaise avait acquis des droits sur notre cœur par sa consolante sensibilité, et sur notre gratitude par ses offres généreuses ; mais nous ne connaissions pas encore toute l'étendue de la munificence de ce peuple qui nous avait accueillis avec tant de bonté. Qu'il soit béni, ce peuple 1 Le ciel l'avait choisi pour réparer les droits de la nature et de l'humanité outragés. Dans nos temps de puissance et de gloire, il digpula à nos pères, toujours par de sanglants combats et souvent par des victoires, l'empire des deux mers ; il nous montre aujourd'hui qu'il est des triomphes plus précieux pour lui. Les porta vous sont ouverts. Vous n'avez pas à craindre de vous dire étrangers ; vous êtes malheureux ; à ce titre, il n'est plus d'étrangers pour l'Anglais. Il
sera votre frère. Votre multitude vous effraie vousmêmes. L'Anglais la voit sans s'étonner. Si jamais il s'applaudit de l'immensité de ses ressources, c'est en voyant le grand nombre des malheureux qu'il peut soulager."
La tolérance de la nation anglaise à l'égard des réfugiés fait contraste avec l'intolérance dont ils sont victimes de la part de leurs compatriotes ; mais le prélat ne récrimine pas contre les persécuteurs. Puis il continue :
" S'il nous était donné de retracer ici tous les traits touchants de bienfaisance dont chacun a été l'objet, quel tableau consolant nous aurions à vous offrir ! Partout, dans les ports, dans les villes, dans les campagnes, dans les îles, et dans la capitale, tous les citoyens se disputant d'ardeur, pour soulager des colonies d'exilés ! partout, cet accueil de la fraternité, des cœurs sensibles, qui semblent recevoir le service plus encore que le rendre ! souvent encore cette main qui se cache alors même qu'elle donne le plus, ou qui se plaint qu'on lui cache des maux, et qu'on la prive du plaisir de les soulager ! et cet empressement, ces attentions, cette générosité, dans toute une nation, dans toutes les classes qui la composent, dans ses corporations, dans ses maisons de ville, dans ses universités, dans ses collèges, dans les palais des riches, dans les maisons du citoyen aisé, jusque dans l'humble habitation du paiivre ! quel spectacle, messieurs, et quelle gloire pour le peuple qui le donne ! "
Le Prélat fait des vœux pour la prospérité de ses bienfaiteurs ; il adresse aussi des prières au ciel
pour que Dieu mette un terme aux maux de son pays. (1)
Quelques semaines avant de lancer cette épître dans le monde des ecclésiastiques réfugiés, Mgr de la Marche s'était entendu avec le gouvernement dans le but d'envoyer au Canada autant de sujets que l'évêque de Québec pourrait ou voudrait en recevoir, car l'on prévoyait déjà l'heure où la caisse de secours deviendrait insuffisante à couvrir tous les besoius. !N^on seulement il fallait nourrir ces infortunés, on devait aussi les vêtir et le plus souvent les loger. C'était pour remplir ces trois intentions que George III avait fait ouvrir le château royal de "Winchester qui, à un moment donné, servit d'asile à plus de 700 prêtres. Ce château fut ouvert le 4 novembre 1792. Seize ecclésiastiques y furent admis ce jour-là. Ce nombre s'accrut rapidement. Il y en avait 183 le 12 janvier 1793, 595 le 21 avril, et 680 le 15 novembre de la même année. La marquise de Buckingham, qui avait fait sienne la cause des prêtres proscrits, fonda une fabrique de tapisserie où deux cents d'entre eux trouvèrent de l'emploi. La vente de ces produits était consacrée à subvenir aux besoins des hôtes du château. Ceux-ci durent quitter "Winchester vers le milieu de septembre 1796, pour faire place aux troupes anglaises. Ils s'en allèrent résider à Paddington, Thame et Reading, et d'autres à Londres.
(1) Cette lettre de Mgr de la Marche fut réimprimée à Québec, en 1793, sous le titre de ; Lettre de M. l'Eeêque de Léon aux ecclésiastiques français réfugiés en Angleterre. 18 pages in-12.
Le^comité de secours déboursait tous les mois environ 200,000 francs. Cette somme considérable dépassait, sans aucun doute, les calculs les plus optimistes. Quelque généreuses que fussent les souscriptions de la première heure, la prudence commandait de ne pas escompter outre mesure la libéralité du peuple anglais. Réduire les dépenses était donc de sage politique, et l'on s'imagina à bon droit qu'en diminuant le nombre de bouches à nourrir, l'on allégerait d'autant le fardeau, qui finirait tôt ou tard par peser sur le peuple et provoquerait peutêtre son indifférence. L'Eglise du Canada ayant demandé du secours, rien de plus facile que de lui en envoyer. Il suffirait de faire un appel pour être entendu. La suite des événements nous fera comprendre jusqu'à quel point ces prévisions furent déçues.