‹ Les ecclésiastiques et les royalistes français réfugiés au Canada à l'époque de la révolution--1791-1802 [microform]Chapitre 7 sur 81 · LA VIE DES' PRÊTRES FRANÇAIS EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

LA VIE DES' PRÊTRES FRANÇAIS EN ANGLETERRE

Sommaire : — L'université d'Oxford et le Nouveau Testament qu'elle fait imprimer à l'usage du clergé français, — Liberté du culte catholique en Angleterre. —:. Noble dévouement de Mgr Douglas, évêque de Londres. — Les prêtres travaillent à gagner leur vie. — Constructions de chapelles catholiques. — Séjour des ecclésiastiques en Angleterre — Leur départ. — Résultats de leur séjour. — Conversions au catholicisme.

!N"on contente de pourvoir aux besoins corporels de ses hôtes, la noble Albion s'occupa, en outre, de leurs besoins spirituels ; le clergé, dénué de tout, n'avait pas même à sa portée les livres les plus indispensables. La célèbre université d'Oxford fit réimprimer à ses frais quatre mille exemplaires du iN'ouveau Testament d'après l'édition de la Vulgate, pour distribution gratuite. C'est Chateaubriand lui-même qui nous apprend ce détail. " L'université d'Oxford, dit-il, a fait imprimer à ses frais et distribuer gratis aux pauvres curés un IS'ouveau Testament latin selon la version romaine avec ces mots : A Vusage du clergé catholique exilé pour la religion. Rien n'est plus délicat et plus touchant." Et le Gentleman' s Magazine disait dans le temps : " En faisant réimprimer le ïfouveau Testament pour l'usage des ecclésiastiques réfugiés, l'université d'Oxford vient d'ajouter

une nouvelle libéralité à celles déjà faites à ces infor tunés, dont la conduite n'a jamais démenti la bonne opinion qu'on avait conçue d'eux, dès leur arrivée dans ce pays."

" J'ouvre, s'écrie Mgr Dillon, évêque de Narbonne, dans un discours prononcé à Londres, un îî'ouveau Testament et je lis à la première page : Imprimé d'après l'édition de la Vulgate et publié par les soins et aux frais de l'université d' Oxford, pour l'usage du clergé français réfugié en Angleterre. . . , Dieu de concorde et de paix, elles sont donc adoucies ces préventions les plus amères de toutes, celles qui naissent de l'opposition des sentiments en matière religieuse ! C'est une société de savants illustres d'une autre communion que la nôtre, qui a pensé que, quelque abondantes que fussent les largesses du gouvernement à notre égard, elles ne correspondaient point à tous nos genres de besoins ! " Non in solo pane vivit homo, sed in omni verbo quod proeedit de ore Dei." (1)

Mgr de la Marche exprima sa reconnaissance à l'université en lui envoyant une lettre rédigée en un latin soigné ; cette lettre fut lue dans une assemblée des directeurs d'Oxford.

Les prêtres français avaient pleine et entière liberté de célébrer l'office divin et d'exercer leur ministère partout où besoin en était. Bref, " Londres, ennemi si déclaré du papisme peu de temps auparavant, et de toutes ses cérémonies, se trouve avoir journellement plus de messes que la plus grande

(1) Lubersac. — Journal de l'émigration, 1802, pp. 73-74.

ville de l'univers où la religion romaine est dominante." (1)

Mgr Douglas, évêque de Centurie, alors vicaire apostolique pour le district de Londres,avaifaecueilli le clergé français avec la plus grande bonté. Dès le début il publia un mandement ordonnant une collecte. Il poussa même la condescendance jusqu'à écrire aux autres vicaires apostoliques d'Angleterre, avec priëre d'imiter sa conduite. Mgr Douglas accorda tous ses pouvoirs aux évêques réfugiés dans son district. Les grands vicaires étrangers devinrent ses grands vicaires ; leurs fonctions toutefois étaient réservées aux seuls évêques français. Si un prêtre lui demandait quelque faveur, il le renvoyait à son évêque ou à un vicaire général. Mgr Douglas se montra la providence de ces ecclésiastiques qu'il traitait même avec plus de prévenance que ses propres curés. C'était un modelé de charité et d'affabilité. Il avait pu apprécier les vertus de ces malheureux qui avaient préféré l'exil à l'apostasie. Du reste il ne fut pas le seul à rendre hommage à leur moralité, à leur soumission aux décrets de la Providence.

Le Gentleman' s Magazine n'avait donc pas tort quand elle portait aux nues la bonne réputation des ecclésiastiques réfugiés. Partout où ils passaient, ils faisaient acte de bons chrétiens. Comprenant la précarité de leur situation, ils n'hésitaient pas à gagner leur vie par le travail. Manger le pain de l'aumône,

(1) Mémoires de Vdbhé Baston, chanoine de Rouen. T. II. Années d'exil, 1792-1803. Faris, 1899, p. 61.

n'est pas l'idéal de l'existence pour l'homme de cœur apte à exercer une profession ou un état. Pour un prêtre, la question se pose un peu plus difficile. A part l'enseignement, que peut-il faire ? Plusieurs réfugiés se firent précepteurs, professeurs dans des académies ou pensionnats, donnant des leçons de français, de latin, de musique, de dessin, de mathématiques ; mais la plupart s'improvisèrent tailleurs, horlogers, cordonniers, chapeliers, écrivains, facteurs, commis dans les magasins de commerce ou même ouvriers des champs (1). A Jersey ils achetèrent d'un Monsieur de Saint-Ouen un château et les terrains adjacents moyennant une redevance annuelle et la réversibilité du fond à l'extinction de la société. Devenus propriétaires, ces ecclésiastiques se firent cultivateurs et le succès vint couronner leurs efforts. (2) Tous les ordres religieux, du moins les plus marquants, comptaient des représentants dans cette émigration. Mais le clergé séculier dominait. On connaît le mot de Hume : " Il n'y a point de clergé plus curieux à étudier que le clergé séculier de France," et ces lignes d'un autre écrivain : " Les curés, les chanoines, se faisaient artisans, petits marchandsjcoudoyant les laquais,les soldats, les ouvriers. Dans la dure situation où ils étaient tombés, ils aimaient à relire le poétique et charmant tableau que l'un d'eux a tracé de leur métamorphose et de leur chétive industrie :

(1) Mémoires de Vabhé Baston.

(2) Tresvaux. — Histoire de la persécution en Bretagne, 1. 1, p. 410.

Suivons dans leurs greniers

L'ardeur de ceux qui savent des métiers,

De saint Crépin sous l'odorante étole

Est tout courbé le curé de îlarolle ;

Il faut le voir organiser son tranchet,

Accommoder la semelle au rivet,

Du sanglier par une même voie,

A contrepoil deux fois passer la soie,

Et sur-le-champ pour assembler les points

Tirer en diable en fermant les deux poings.

L'un tient si bien les petites écoles

Qu'il gagne au moins par an trois pistoles.

Veux-tu que j'entre en de plus grands détails ?

On fait ici de jolis éventails,

Et j'ai connu quatre de mes confrères

Par ce métier arrangeant leurs affaires.

Eux plus que moi laborieux, adroits,

Font obéir la paille sous leurs doigts,

Et d'une tresse artistement ourdie

Font un chapeau pour la noble ladie ;

D'autres sachant manier les couleurs

Forcent la plume à se changer en fleurs.

Pour nous ...

Laissons les vers et réflexions faites

Annonçons-nous pour marchand d'allumettes. (1)

On dit que le besoin rend industrieux. Ce fut le cas pour ces bannis. M. l'abbé Sicard écrit dans le Correspondant que la duchesse de Lorges ourlait des chemises et bordait des souliers. La marquise de Virieu était couturière, la marquise de Jumillac lingère, la comtesse de Périgord institutrice, la duchesse de Guiche garde-malade, Mlle de Montmorency porteuse d'eau. La marquise de Chabannes

(1) L'abbé Langlais. — Essai historique sîir le clergé de Rouen, pendant la rêvohitioh française.

dirigeait à Londres une école, et la comtesse de Boisgelin donnait des leçons de piano. (1)

Les exiles français, ecclésiastiques ou laïcs, ne furent donc pas tous à charge à la nation anglaise. On calcule qu'environ un tiers d'entre eux subvenait à ses besoins sans emprunter à la caisse de secours. Mgr de la Marche et Madame Silburne se multipliaient à l'envie pour tâcher de découvrir quelque emploi un peu en rapport avec la position de chacun. Et quand toute la machine de souscriptions et de répartitions sembla bien fonctionner, ces deux bienfaiteurs insignes se mirent résolument à l'œuvre pour leur trouver des chapelles où. ils purent dire la messe, et célébrer les offices du dimanche et des fêtes ; les laïques eux-mêmes en profiteraient, car jusque-là ils se rendaient dans les chapelles catholiques anglaises, à Londres dans l'église Saint-Patrice.

Mgr de la Marche se décida à construire une chapelle dans le quartier de Soho. C'est là que le gros des proscrits s'était porté, surtout à l'arrivée du second courant d'émigration. Après avoir conféré du projet avec Madame Silburne, il réussit à acheter un terrain, et bientôt l'on vit surgir une humble chapelle que l'évêque de Léon dédia sous le vocable de Sainte-Croix ; elle fut ouverte au culte au milieu de l'année 1795, Le premier enfant qui y fut baptisé s'appelait Charles-Henri de Roquefeaille, né le 31 décembre 1793, dans l'île de Jersey.

La seconde chapelle française fut érigée en 1796

(1) Le Correspondant, 1899, pp. 917, 918.

par l'abbé Filloneâu, grand vicaire de La Rochelle, sous le vocable de Notre-Dame, dans le faubourg de Soutbwark, au sud de la Tamise.

L'abbé Carron en puvrait une troisième, aussi en 1796, dans le quartier appelé Totenham Court; il la dédia aux Saints Anges; c'est dans cette chapelle que fut prononcée l'oraison funëbre de Mgr de la Marche, le 29 avril 1807, par le chanoine de Chastellier, de la cathédrale du Mans. L'abbé Carron, qui était un prêtre entreprenant, fit construire à proximité de sa chapelle un asile pour les vieux prêtres et un hospice pour les femmes émigrées, deux écoles et un séminaire.

L'abbé Chantrel fonda la quatrième chapelle à Somerstown, sous le titre de Sainte-Marie.

L'abbé Bourret, (1) sulpicien, ancien directeur du séminaire d'Orléans, en fonda une cinquième sur la rue King. C'est la chapelle de Notre-Dame de l'Annonciation. Les Sulpiciens de Montréal lui envoyèrent des secours en argent et des vêtements sacerdotaux. On y conserve encore, comme souvenir de ce don fraternel, un ornement rouge à croix verte brodée en bosse d'or et d'argent avec divers personnages, dont un groupe représente les fiançailles de la sainte Vierge et de saint Joseph. Cette chapelle fut ouverte au commencement de l'année 1799 ; elle fut bénite, le 15 mars, par Mgr de Boisgelin, évêque d'Aix. On y vit réunis jusqu'à quatorze évêques. Là était le banc de Louis XVIII, et sur celui dit

(1) Mgr de la Marche parle de cet abbé dans uue de ses lettres à l'évêque de Québec. Voir 14e lettre en appendice-

des princes on vit le comte d'Artois, plus tard Charles X, le due de Berry, le duc d'Angoulême.

Toutes ces chapelles, à l'exception de celle de la rue King, changèrent de destination lorsque les émigrés purent retourner en France, et leurs archives furent remises au vicaire apostolique du district de Londres. Celle de King street, subventionnée par le gouvernement de la Restauration, resta chapelle française.

Au commencement de l'atmée 1800, il y avait encore sur le sol britannique 5621 ecclésiastiques secourus. Les départs ne commencèrent sérieusement que vers la fin de cette année-là. En décembre 1801 il en restait 3060, et trois mois plus tard 2983. A partir de la promulgation du Concordat, le 18 avril 1802, un mois après la paix d'Amiens, le retour en France devint presque général. Le 5 novembre 1802, il n'en restait plus que 876. Aussi toutes les grandes maisons de refuge, ouvertes au clergé par les soins du gouvernejnent, fermèrent en 1802. Lorsque Mgr Plessis fit son voyage ad limina en 1819 et 1820, il put recueillir quelques renseignements sur ce clergé, qui l'intéressait. Il nous apprend qu'à cette époque, il y avait encore 200 prêtres en Angleterre, dont 150 à Londres. La plupart desservaient des chapelles publiques et celles des ambassadeurs, ou célébraient leurs messes dans des oratoires privés. Il ne restait plus alors qu'un seul évêque : c'était Mgr de Thémines, évêque de Blois, très avancé en âge.

La noble conduite du roi et de ses ministres, la grande charité des évêques protestants, la commise-

ration du peuple anglais, se traduisant par des souscriptions généreuses et jamais lassées, ne pouvaient rester longtemps inconnues, surtout à Eome. Le Père commun des fidèles s'intéressait, comme bien on pense, au sort de ses enfants chassés de Erance, la fille aînée et aimée de l'Eglise. Mais s'il avait souffert dé ce malheureux état de choses. Pie VI avait vu avec une joie profonde l'Angleterre servir de refuge à ces ecclésiastiques, parce qu'il prévoyait que ce peuple, une fois lancé dans la voie de la charité, n'en sortirait -pas, fût-ce même par orgueil national. Du reste, devant le désolant spectacle de miliers de prêtres réduits à la mendicité, comment la nation anglaise, si noble, si fière, pourrait-elle demeurer indifférente ou se montrer impitoyable?

Pie YI, mis au courant de ce qui se passait, adressa à l'évêque de Léon une lettre très flatteuse pour le peuple anglais et pour son roi. " iN'ous avons, écrivait le grand Pontife, toute raison d'applaudir et de louer d'une manière particulière l'illustre roi d'Angleterre et toute la nation britannique, qui, par un sentiment d'humanité, ont piorté secours aux malheureux exilés. C'est une gloire, pour les Anglais, d'avoir cru qu'il était de leur devoir d'ouvrir leurs portes à ces infortunés, et un honneur pour leur pays, d'avoir su profiter de la circonstance, pour se montrer hospitalier à l'égard des étrangers." (1)

Et voilà que ces prêtres bannis, bientôt au nombre de 9000, se répandent dans presque tous les grands

(1) Ce bref du Pape fut donné à Eome le 21 septembre

centres de l'Angleterre. Us édifient tout le monde par leurs mœurs rigides, leur piété, leur abnégation. Jusqu'à leur arrivée il existait en Angleterre des préjugés, qui, depuis Elizabeth, n'avaient fait que s'accroître contre le catholicisme. Qui disait catholique disait un être à part, mis au ban de l'opinion aussitôt que reconnu comme tel. On le conspuait, on l'ignorait ou on le persécutait. La Providence n'avait pas sans dessein dirigé vers cette île, autrefois l'île des Saints, cette armée de prêtres et de religieux. Puisqu'il ne leur était pliis permis de faire du bien dans leur propre patrie, il leur serait loisible de semer et même de moissonner dans un champ plus aride sans doute, mais où. Dieu aidant, il y avait quelque espoir de succës. Le mouvement en faveur du catholicisme sera lent, très lent même. Ce n'est d'abord que la curiosité qui amène les protestants aux offices religieux. Cîhez d'autres c'est l'intérêt ou la charité à l'endroit d'étrangers poursuivis par le malheur. Chez tous se mêle de l'admiration pour ces prêtres irréprochables dans leur tenue et dans leurs mœurs. Bientôt catholiques et protestants se confondent, sans que les premiers aient à souffrir de cette immixtion, soit dans leurs croyances soit dans leurs pratiques religieuses. " La conduite des prêtres français réfugiés en Angleterre, et les circonstances de leur arrivée parmi nous, écrivait, vers 1866, M. Husenbeth, dans sa Vie de VJSvêque John Milner, excitèrent tant de sympathie, que les préventions contre leur religion furent considérablement adoucies et dissipées, et qu'ainsi furent préparées, dans le pays, les voies pour les progrès rapides et continus du catholi-

cisme dont nous sommes témoins depuis bien des années." (1)

Mgr Besson, évêque de ÎTîmes, exprimait la même idée, lorsqu'il s'écriait dans son oraison funèbre du Cardinal de La Rochefoucauld : " L'Ile fameuse, séparée depuis trois siècles de l'unité catholique, a commencé à redevenir Vile des Saints. Bossuet l'avait prédit, quand il montrait la fille de Henri-le-Grand rapportant la foi dans cette île comme un levain précieux pour sanctifier toute cette masse : Je vois, disait-il, les sages concourir à ce sentiment que les jours d'aveuglement sont passés et qu'il est temps que la lumière revienne. Un siècle s'écoula et la prédiction de Bossuet tardait encore à s'accomplir ; mais voilà que nos prêtres exilés sont venus semer de leurs mains fidèles le levain précieux de la foi.' Les conquêtes du catholicisme ont commencé en Angleterre pour ne plus finir ; et, ce que nos chevaliers normands avaient fait par les armes dans l'ordre civil et politique, nos prêtres français l'ont fait par leurs exemples dans l'ordre religieux et surnaturel." (2)

L'élan une fois donné, les conversions commencèrent à se produire, d'abord peu nombreuses, mais se multipliant à la faveur des exemples venant de haut. Avant ÎTewman, ce sont les révérends "W"ackerbath et Talbot, l'honorable Edward Douglas, vingt-deux ministres et onze professeurs d'Oxford et de Cambridge, parmi lesquels se distinguent Ward,

(1) Husenbeth. — Life of Bight Eev. John Milner, p. 96.

(2) Oraison funèbre du Cardinal de La Kochefoucauld, prononcée le 20 avril 1876, dans la cathédrale de Eouen.

Oakelej, !Faber, Kirwan Browne et Dalgairns, l'honorable Pakenham, la comtesse d'Arundel, les révérends Morris, MacMullen, Wilberforce, et enfin Manning, archidiacre de Chichester.

Le sillon tracé par les prêtres réfugiés avait été trop profond pour ne pas laisser de traces durables. Eu 1830, l'émancipation des catholiques est proclamée; Burke, Pitt, Castlereagh et Canning l'avaient proposée avec une noble ardeur. En 1837 l'université de Londres ouvre ses portes et ses grades à la jeunesse catholique. Peu à peu les catholiques semblent regagner le terrain qu'ils ont perdu depuis la réforme. En 1869, le gouvernement désétablit l'Eglise officielle en Irlande ; en 1880, le Saint-Siëge crée de nouveau la hiérarchie catholique en Ecosse, et vers cette époque, l'Eglise élève à la pourpre romaine trois des plus illustres enfants de l'Angleterre, Manning, Howard et Î^Tewman. Puis elle continue à recueillir brin à brin des membres de l'église anglicane, des révérends, des séculiers bien connus, des professeurs des grandes universités. Chaque nouvelle conversion a son écho dans tous les coins de l'univers. Rome se réjouit du retour à la foi de chacun des membres isolés de cette belle nation, qu'elle aime malgré ses erreurs. " Une âme, dit saint Charles, est un diocèse assez vaste pour unévêque." Toutes ces unités réunies forment avec le temps des centres, des agglomérations, dont se composent les diocèses. Aujourd'hui l'Angleterre compte seize évêchés, l'Ecosse six. Ce résultat a été l'oeuvre de longues années, et l'on est justifiable de croire à un développement plus rapide au cours du siècle dont

nous ne faisons que de saluer l'aurore. Cependant l'hostilité contre le catholicisme existe encore en Angleterre, mais elle est plus civilisée, moins officielle, comme l'écrivait naguère un catholique an-

.glais d'un grand nom.

" TJn immense malentendu couvre encore comme d'un voile l'esprit public en Angleterre, et la main des Anges ne parviendrait pas aujourd'hui à le déchirer. Mais ce voile tombera sous peu de luimême, et, s'il en succède d'autres à celui-ci, ils tomberont de même. Le catholicisme subira bien d'autres tempêtes en Angleterre avant d'avoir terminé sa mission, qui est celle de reconquérir toute la

» portion du peuple anglais demeurée chrétienne. Le vent souffle, mais le vaisseau n'en avance que plus vite, et, si quelques vagues l'envahissent de temps en temps, c'est précisément à cause de la rapidité de sa marche. Heureux ceux qui font la traversée au jour de l'orage ! Plus heureux ceux qui vivront assez pour assister à celui du triomphe ! '• (1)

(1) Extrait du Correspondant du 25 janvier 187S : Lettre d'un catholique anglais.

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