LETTRE DE M. L'ABBÉ DESJARDINS AU GOUVER- NEUR SDICOE, DU HAUT-CANADA
♦ Québec, 11 mai 1793.
..'1 Son Excellence John Graves Simcoe, Ecr, lieutenant - gouverneur et commandant en chef de la province du Haut- Canada, etc., etc.
Monsieur,
Le gouvernement de la Grande-Bretagne, par un mouvement de magnanimité, a offert au clergé de France, réfugié dans les Etats de Sa Majesté britannique, un asile dans la province du Canada ; et il a dépêché à ses frais trois ecclésiastiques et un laïc pour préparer les voies à ceux de la noblesse et du clergé qui voudraient s'y rendre. Leur mission était dirigée au Bas-Canada, où l'on supposait que les Français trouveraient plus de ressources, dans leur état déplorable, à cause de la similitude de langage et de culte.
Nous sommes ces envoi-^és et nous avons à nous louer do
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l'aûcueil, des boutés et de l'humanité dout le représentaut de Sa Majesté et tous les citoyens nous ont donné des témoignages en cette province.
Il nous est recommandé, Monsieur, de nous adresser à Votre Excellence pour faciliter l'établissement au ITaut- Canada dé ceux qui désireraient s'j^ fixer. Avant la déclai-ation de la guerre, je présumais qu'un assez grand nombre dé familles nobles s'y choisiraient un asile, mais depuis l'ouverture des hostilités, nous pensons que tous ceux qui le pourront s'engageront dans les armées. Et quant au clergé, nous doutons qu'ils osent entreprendre un voyage hasardeux, et qui pourrait leur être funeste s'ils avaient le malheur d'être pris. Ainsi, nous n'attendons que peu de Français, du moins pour la saison prochaine.
Néanmoins il peut en arriver autrement, et nous ne voulons pas avoir à nous reprocher d'avoir négligé l'occasion de les servir utilement en recommandant à Votre Excellence ceux qui préféreraient la province du Haut-Canada à celle du Bas.
Nous savons que Votre Excellence n'est pas moins animé des sentiments d'humanité que qui que ce soit, et qu'Elle accueille avec plaisir ceux qui témoignent le désir de former des établissements dans la province qu'Elle commande. Nous nous flattons d'éprouver sa bienveillance.
Dans la persuasion que Votre Excellence voudrait bien favoriser ces sortes d'établissements, l'un de nous devait remonter le fleuve etfaiie partàVotre Excellence des choses qui sont l'objet de cette lettre : mais l'incertitude causée par la guerre et la perspective des frais d'un tel voyage ont ralenti nos projets. Nous doutions dfr ce qu'il y avait à faire, lorsque un heui-eux hasard nous a procuré la rencontre de M. le shérif McDonnell, lequel a bien voulu nous donner quelques détails sur votre province et se charger de cette lettre.
Nous avons cru, pour ôter à Votre Excellence tout sujet de déBance et de soupçon, devoir tirer copie de l'exposé que nous avons présenté à Son Excellence le général Glarke, lieutenant gouverneur du Bas-Canada, et aussi une copie de l'ar. rêté du Conseil sur lé rapport que Son Excellence lui a fait à notre sujet.
Nous désirons que le vu de ces pièces iuspire à Votre Excellence une opinion favorable de notre mission, et nous procure votre encouragement. Nous serions extrêmement flattés que Votre Excellence voulût bien nous le témoigner et nous faire savoir en même temps dans quelle partie de la province du Haut - Canada nos compatriotes pourraient être établis. Le voisinage des lacs ou du fleuve aura toujours plus d'attraits pour des Français.
Xous demandons à Votre Excellence de lui adresser directement les familles, ou les émigrés, et même les ecclésiastiques français qui se sentiraient de l'inclination pour habiter un pays qui, nous n'en doutons pas, attirera, par sa température, beaucoup de nos compatriotes.
Et nous, nous prions Votre Excellence de nous croire loj'aux et à tous égards dignes de la protection du gouvernement de Sa Majesté britannique.
(Signé) Desjardins, Gazel, ptre, Kaimbaux,
DE LaCORNE.
Pièce U» page 75.