LETTRE DU LIEUTENANT-GOUVERNEUE SIMCOE 1 M. L'ABBE DES.JARDINS
Monsieur,
(Traduction).
Navy Hall, 1er juillet 1793.
•T'ai été très honoré de recevoir, par l'intermédiaire de M. le shérif McDonnell, votre lettre du 11 mai et les documents inclus.
Ce serait avec un plaisir tout particulier que le gouvernement du Haut-Canada piàt prouver son dévouement et son obéissance à Sa Majesté et se conformer à ses bienveillantes intentions en oSrant un asile aussi confortable et aussi agréa-
ble à la noblesse et au clergé de France que l'état d'enfance de la colonie le permet.
Il est peut-être utile que vous sachiez, vous et ceux qui vous ont délégués, que la province du Haut-Canada est surtout habitée par des personnes qui ont été cliassées des Etats- Unis d'Amérique pour ce même attachement à leur roi qui caractérise, dans le moment actuel, la conduite des loyaux Français éprouvés par les horreurs de l'exil.
Ce sera pour ces Français, qui viendront coloniser le Haut- Canada, un allégement à leurs souffrances que de vivre à, côté d'un peuple qui sympathisera avec eux dans leurs malheurs communs, et de constater en même temps qu'avec un peu de travail et de courage, il est possible, dans un pays fertile, d'arriver à atteindre le confort et à se procurer les nécessités de la vie.
Il y a plusieurs endroits avantageux soit sur le lac Ontario, soit sur le lac Erié ou encore sur les bords des rivières navigables en bateau. L'espace ne manque pas pour recevoir autant de colons qu'on en peut espérer, et partout il est facile de trouver des endroits très convenables pour les individus comme pour les agglomérations de personnes ; les rivières abondent en poissons, et partout on peut admirer de jolis paysages qui sont un délassement agréable aux esprits cultivés.
Permettez-moi d'ajouter qu'en autant que mon exemple et ma position pourront être de quelque utilité à ces messieurs, ou à ce groupe d'ecclésiastiques et à leurs compagnons, je suis prêt à les accueillir avec sympathie et avec un profond respect pour leurs souffrances, et je dirai même qu'ils ont conquis ma reconnaissance pour s'être opposé aux principes qui ont menacé de détruire tout ce qui est sacré et sage dans les institutions humaines, et pour avoir résisté aux hommes méprisables qui prônent ces principes. Les occasions que j'ai eues de voir tous les développements de la dernière guerre américaine, avec ses hommes et leurs agissements ne différant guère des Français, ont imprimé dans mon esprit l'horreur de ces principes et des hypocrites prétentions de ceux qui les propagent. De sorte que c'est avec plaisir que j'ai pu mettre de côté certaines opinions personnelles, dans l'espoir d'être utile aux hommes loyaux et pleins de courage qui cherchent
uij refuge dans le llaut-Cimada sous l'égide du gouveinemeiit britannique. Bien qu'en ma qualité de citoyen anglais, mon premier désir soit que tout ce qui peut reiidre un peuple grand et heureux peut être rendu à la France par les efforts de ses nobles enfants et par l'appui des nations civilisées et chrétiennes de l'univers, ce serait pour moi un sui'croît de bonheur que de contribuer au confort de tout Français loyal, qui, Ivresse par les circonstances, désirerait venir s'abriter sous le drapeau d'un gouvernement dont Sa Majesté m'a confié la présidence.
.J'ai été un peu diffus, Monsieur, mais je vais préciser: je crois vous être agréable en vous disant que j'entre de tout cœui' et avec zèle dans les vues des ministres de Sa Majesté, et que je serai personnellement heureux de pouvoir contribuer au bonheur de tout loyal sujet de France.
J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect,
J.-G. SiMCOE.
Au Eév. M. Desjardins,
Grand vicaire, Québec.
Pièce T, page 76.
LETTRE DU SHÉRIF McDONÎsTlLL À. M. DESJARDINS.
Niagara, 13 juillet 1793.
Monsieur,
Son Excellence le lieutenant - gouverneur m'a commandé de vous écrire et de vous marquer qu'en outre de ce qu'il vous écrit, il serait à propos qu'un de vous. Messieurs, prît la peine de se rendre ici. A la distance que vous êtes, il ne vous est pas possible de juger sur les avantages ou les désavantages qui peuvent intéresser un établissement dans cette province. En outre, Son Excellence, qui est très disposée à vous servir, serait alors en état de faire une réserve des terres du roi sur le bord du lac Ontario, ou du lac Erié, ou sur
aucune des rivières (qui ne sont pas encore concédé), où l'eu droit vous paraîtrait propice pour les fins que vous proposez.
Je puis vous assurer que le voyage n'est .pas si long ni si 1) en ible qu'il vous semble. De Montréal à Kingston, il s'offre toujours des occasions favorables, et de Kingston à Niagara, Son Excellence donnera des ordres j)our que celui de vous qui viendra, ait passage sur un des vaisseaux du roi.
Son Excellence s'attend de jour en jour à voir arriver M. le Vicomte de Noailles et M. de Talon (1). Une rencontre avec ces Messieurs pourrait i^eut-être disposer celui de vous qui viendra ici à décider de l'endroit qui conviendrait le mieux à tel établissement.
J'ai-l'honneur d'être, etc.,
Alex. McDo>fXELL.
M. Desjardins,
Vie. Gén.
Pièce W, page 79.