‹ Les ecclésiastiques et les royalistes français réfugiés au Canada à l'époque de la révolution--1791-1802 [microform]Chapitre 80 sur 81 · ÉVÊQUES DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

ÉVÊQUES DE QUÉBEC

1ère LETTRE, (8 décembre 1792).

A SCesseigaeurs Bbiand, ancien évêque,

HuBEKT, évêque de Québec, et Bailly, eoadjuteur, à Québec.

Mésseigneurs,

Dans la fâcheuse situation où le clergé fidèle à son Dieu et à son Boî s'est trouvé à la suite -des événements qui ont renversé en France le trône et l'autel, la nation anglaise est venue puissamment, et en la manière la plus généreuse, au secours de la noblesse et particulièrement du clergé. Plus de six mille ecclésiastiques, réfugiés sons la domination anglaise, ont trouvé dans une souscription d'environ vingt mille livres sterling la subsistance depuis trois mois, il n'y a aucun lieu de douter qu'ils ne la trouvent encore pendant les trois mois prochains. Mais, à la longue, ces moyens peuvent manquer, et le retour du clergé en France peut continuer à devenir impossible. Le gouvernement a pris cet objet en considération, et montre la disposition de procurer des ressources fixes et moins précaires à la partie du clergé qui serait disposée à en profiter. Il a pensé que le Canada pourrait offrir une retraite paisible à ces généreux confesseurs de la foi, et qu'aidés par les secours qu'il leur porterait pendant plusieurs années, ils pourraient y former des éta> blissements, où le travail de leurs propres bras et de ceux qui pourraient suppléer à leur faiblesse, leur fourniraient la subsistance, et retracer la vie des anciens anachorètes, en se réunissant en communautés et y menant la vie commune, sans qu'aucun particulier prétendît de propriété, sous la direction premièrement des supérieurs ecclésiastiques et des supérieurs particuliers préposés à chaque communauté. Toujours aux ordres des évêques, ils seraient toujours prêts à quitter leur solitude pour remplir les emplois auxquels ils seraient appelés, soit pour le soin des âmes, soit pour la prédication et l'instruction, soit pour les missions dans toutes les parties où ils pourraient être envoyés. Je sens, Mésseigneurs, que tout ce qui s'arrange en plan et en projet ne devient une réalité qu'après beaucoup de temps, de peines,

de travaux, de difficultés, d'obstacles gui, quelquefois, dans le projet qui semble le mieux combiné, deviennent, insurmontables. Mais la situation, de plus de soixante mille ecclésiastiques est si affreuse, toutes ressources en Europe peut-être si désespérées, qu'aucune difficulté ne saurait les efîrayer et qu'aucun moyen ne peut être négligé.

M. l'abbé Desjardins, ancien grand vicaire de Bayeux et d'Orléans, est le chef des quatre envoyés ; les deux ecclésias^ tiques qui l'accompagnent sont M. Jean André Baimbeaux, prêtre du diocèse de Bàyeux, et M. Gazel, de la maison de Navare et ancien principal de ce collège. L'officier qui leur a été adjoint est M. de la Corne, ancien capitaine de vaisseau, chevalier de Saint- Louis, homme vertueux et chrétien, né en Canada, et y ayant sa famille. Je vous prie, Messeigneurs, de les accueillir avec bonté, de leur donner vos ordres, les aider de vos conseils, et seconder leur mission en tout ce qui pourra dépendre de "vous. Je me trouve heureux, dans ce moment, d'être l'organe de mes confrères en Angleterre, au nombre de vingt-un, et de joindre à leur hommage le dévouement et le profond respect avec lequel je suis,

Messeigneurs, Votre très humble et très obéissant serviteur,

t J- Fbs., Ev. de" Léon.

Londres, 8 décembre 1792.

No. 10, Queen street, Bloomsbury.

2e LETTRE, (30 avril 1793).

Monseigneur,

J'ai l'honneur de vous recommander M. Saunier, très digne ecclésiastique, membre de la congrégation de Saint-Sulpice, qui est au moment de se rendre en Canada avec M. Périnault habitant de ce pays. (1) Je sais que le gouvernement anglais

•■ (1) Il n'est pas question de l'abbé Périnault, alors élève au grand eéminaire de Baltimore. Peut-être est-ce son père, '

ne roulait pas autrefois laisser les ecclésiastiques français rejoindre leurs confrères à Montréal ; il a paru dans des dispositions différentes lorsqu'il a formé le projet d'offrir un asile dans ces provinces septentrionales au clergé réfugié qui au nombre de sept à huit mille sont répandus eh Angleterre. Maintenant que l'espérance venait de voir le clergé français retourner avec sûreté dans sa patrie, les ecclésiastiques ne songent plus à s'en éloigner et le gouvernement ne paraît plus disposé à saCriiier pour cet établissement des sommes considérables que la guerre, qui depuis lui a été déclarée, lui rend nécessaires pour la soutenir. D'après cela je craindrais que la même opposition de voir des prêtres français rejoindre leurs con&ères à Montréal ne se réveilla si cela arrivait. Je vous prie de donner toute protection à M. Saunier qui me parait d'ailleurs un bon ouvrier que vous pourriez employer utilement s'il arrivait qu'il ne pût pa? remplir le but de son voyage. Je suis avec respect,

Monseigneur, Votre très humble et très obéissant serviteur,

t J« Fe., Év. de Léon.

Londres, 30 avril 1793.

No 10, Queen street, Bloomsbury.

3 e LETTRE (4 juillet 1793).

Monseigneur,

Becevez tous mes remerciements des bontés que vous avez eues pour M. Desjardins et pour ses compagnons. Je joins avec plaisir ma reconnaissance à celle dont ils m'ont témoigné être pénétrés.

J'aurais bien désiré pouvoir vous envoyer à leur suite une centaine de bons ouvriers propres à seconder votre zèle pour le bien spirituel de vos diocésains. Mais depuis le départ de ces Messieurs la scène a bien changé ainsi que les dispositions. M. l'abbé Desjardins vous communiquera les détails que je lui marque sur l'état extérieur et intérieur de la France

et sur les prochaines espérances qu'a conçu le clergé de rentrer dans ses foyers. Tant de dignes ecclésiastiques massacrés, tant de morts naturellement, tant de jureurs et d'intrus, une si longue suspension dans les études et les ordinations laissant un grand vuide soit dans la partie du ministère soit dans celle de l'éducation, et quels que soient vos besoins, les nôtres seront peut-être encore plus grands. Cependant désirant seconder en partie vos vues, nous étions disposés à consentir au départ de quelques ecclésiastiques propres à l'enseignement des lettres et à perfectionner l'éducation, si nous avions trouvé le ministère disposé à favoriser leur départ, nos ecclésiastiques manquant de moyens sufiSsants pour faire les frais du voyage. J'ai inutilement sollicité le ministère de procurer un passage gratuit à une douzaine d'ecclésiastiques : la réponse a été négative. Lord Dorchester qui passe avec sa famille et tout son monde occupe toute la frégaie. Je marque à K. Desjardins l'espoir qui me reste pour le mois prochain. J'espère que dans tous les tems vous voudrez bien être favorable à notre clergé pour lequel les événements peuvent n'être pas aussi favorables que les apparences l'annoncent. J'ay aussi confiance que ceux qui auraient le bonheur de prendre asile auprès de vous, feront tous leurs efforts pour mériter votre bienveillance et protection en se comportant comme des ministres de l'évangile et de dignes confesseurs de la foi. Je suis, avec respect.

Monseigneur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

J.-Fb., év. de Léon.

Londres, 4 juillet 1793.

4e LETTRE (15 avril 1794).

Monseigneur,

Four une aussi abondante moisson que la vôtre je vous enverrai bien peu d'ouvriers. Je n'ai pas cru devoir favoriser le départ d'aucun ecclésiastique qu'il ne fut muni d'un consentement de son évêque et de son attestation qui ne laissa

aucun doute sur ses talents, ses principes et sa piété. Tels sont MM. Jean-Denis Daulê, du diocèse de Paris, Jean Casta» net, du diocèse de Ehodès, François-Gabriel le Courtois, du diocèse d'Avranches, M, Louis-Joseph Desjardins, dont vous avez le frère ^né, étant du diocèse d'Orléans, n'a pas été à même de s'adresser à son êvêque jureur et apostat. Il était d'ailleurs depuis longtemps attaché à un autre diocèse. L'espérance de retourner en France détourne beaucoup d'ecclésiastiques de penser à s'éloigner,et Uextrême disette de sujets que la plupart des évêques prévoient en rentrant, leur persuade qu'ils ne doivent pas se priver de leurs meilleurs ecclésiastiques. M. Morrogh, négociant, de cette ville, s'est prêté avec le plus grand zèle et la plus grande générosité à faire les avances nécessaires à ces Messieurs qui sans lui n'auraient pas pu entreprendre le voiage. J'ay cru pouvoir l'assurer que vous le feriez rembourser de toutes ses avances sur la souscription dont vous m'avez fait l'honneur de me parler dans quelqu'une de vos lettres. Je prends la liberté de vous recommander ces Messieurs, qui, je n'en doute pas, feront leur possible pour répondre à vos bontés et remplir vos vues. Je . suis avec les sentiments les plus inviolables d'attachement et de respect. Monseigneur,

Votre très humble et très obéissant serviteur

t J.-Fb., éV. DE LÉON.

Londres, 15 avril 1794.

5e LETTRE, (4 juin 1794.)

Monseigneur,

Je vous adresse avec confiance onze ecclésiastiques attachés à la maison de Saint-Sulpice et qui partent pour se rendre à Montréal. Ils sont tous dans l'âge de rendre de bons ser» vices dans votre diocèse, d'autant que les témoignages de leurs supérieurs attestent leurs bons principes religieux et politiques ainsi que leur capacité. J'aurois désiré en voir partir un plus grand nombre, connaissant l'étendue de vos

besoins, inais la plus part de mes confrères ne peuvent se résoudre à se détacher de leurs meilleurs sujets, espérant toujours voir la fin de leur exil et sentant vivement le vide qu'a produit en France d'un côté l'apostasie, de l'autre les pertes sans nombre qu'ont produit les meurtres et la maladie.

On m'a écrit de la partie d'Halifax qu'on y désirait deux ou trois ecclésiastiques : je ne sais si quelqu'un de ces onze messieurs n'y pourraient pas être envoies. Peut-être pourrait-il vous en passer quelques autres par les flottes qui partiront vers la fin de l'année.

Je vous prie de continuer votre protection aux messieurs ecclésiastiques que vous avez déjà et de l'accorder à ces nouveaux arrivants.

Je suis, avec les sentiments les plus respectueux. Monseigneur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

t J.-Fk., év. de Léon.

Londres, 4 jnin 1794.

6e LETTRE (11 mai 1795).

Monseigneur,

Je suis bien fâché de ne vous envoyer que si peu d'ouvriers pour votre abondante moisson, mais peu de sujets se présentent. Mes confrères que la mort d'un grand nombre de leurs meilleurs ecclésiastiques afflige, n'osent pas se dépouiller de ce qu'il leur reste, surtout dans un moment où tout annonce qu'ils seront bientôt nécessaires en France. Cet espoir s'est renouvelé tous les ans. Il nous a jusqu^à présent trompé, mais le changement général d'opinion et la famines qui s'accroît chaque jour dans notre malheureuse et coupable patrie, rapprochera nécessairement des événements décisifs. Je souhaite que vous/soiez satisfaits des quatre sujets que nous vous envolons. Plusieurs des Messieurs de Saint-Sulpice, qui sont en Espagne, se disposent à vous aller voir avec un

grand vicaire de Condom, et un chanoine de Bordeaux, qui vous est connu et que vous avez invité. Je prens la liberté de me recommander à vos saints sacrifices et de vous prier d'agréer les assurances des sentiments de vénération et de re.spect avec lesquels je suis, Monseigneur, votre très humble et obéissant serviteur,

t J'-Fbs, év. de Léon^ Londres, 11 mai 1795.

7e LETTRE (28 septembre 1795).

Monseigneur,

Je suis en quelque sorte honteux de ne vous envoyer que deux sujets par V Océan qui se présente pour New- York. Encore ai-je pris sur mon compte de vous envoier un jeune homme du diocèse d'Angers (1) de l'évêque duquel il est impossible de recevoir des nouvelles. On l'a dit mort, on a assuré qu'il ne l'étoit pas, mais qu'il étoit en France caché, in nous semble toujours appercevoir quelques nouvelles lueurs d'espérance de rejoindre nos églises. A peine sont-elles apperçues qu'elles disparaissent et qu'il s'en montre quelque autre. Dans ce moment les succès de la Vendée, l'entrée de monsieur et du duc de Bourbon que nous présumons être en France ou à la veille d'y joindre la Vendée, les assemblées primaires qui paraissent généralement opposées aux vues de la convention nous redonnent quelqu'espoir ou peut-être détruiront' celui que nous avions conçu. Notre sort est entre les mains de la providence. Après avoir éprouvé si longtemps ses rigueurs, nous espérons ressentir sa clémence. Vos ferventes prières jointes à nos faibles supplications fortifient nos espérances. Nous avons bien des obligations à vos pieux habitants pour les faveurs en messes qu'ils nous envoient. Elles nous sont ' d'un secours d'autant plus grand que la cherté de toutes les denrées est excessive. 'Le prix du pain est presque doublé

(1) M. l'abbé Orfroy arriva à Québee le SI janvier 1796, avec M. Hoadet, prêtre de Saint-Sulpice, .

depuis un an et se soutient encore malgré l'abondante récolte de cette année.

Becevez avec votre bonté ordinaire l'hommage des sentiments respectueux arec lesquels je suis, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.

t J.-Fes, Ev. de Léon.

28 septembre 1795.

8e LETTEE (1er de l'an 1797).

Monseigneur,

Pardonnez à l'excès des affaires dont je suis accablé dans ce pays mon omission de n'avoir pas recommandé à vos bontés les six derniers ecclésiastiques qui vous sont arrivés. Le bâtiment était parti lorsque ma lettre était écrite. On me parle, Monseigneur, d'un abbé Du Parcq, vicaire général, résidant à Edimbourg. J'ay eu quelques relations avec lui et je n'en sais rien que de bien. Mais je le connais très superficiellement. Je vais prendre des mesures pour acquérir des connoissances plus sûres, car je sens dans l'état de commotion qu'on cherche à exciter dans votre pays, combien il est important de s'assurer et de la vertu et des principes religieux et politiques des sujets que nous vous envolons. Si, par hasard, nous étions trompés, ce que j'espère ne devoir point être, au moins faut-il que nous n'ayons pas à nous reprocher d'avoir pris toutes les précautions qui sont en notre pouvoir. Il ne me reste que le moment de faire pour vous. Monseigneur, les souhaits les plus heureux, de vous demander la continuation de vos bontés pour notre clergé et de vous assurer des sentiments de dévouement et de respect avec lesquels je suis. Monseigneur, Votre très humble et obéissant serviteur,

t J.-Fes, Ev. de Léon.

437 — 9e LETTRE (5 avril 1798).

Monseigneur,

• J'ai l'honneur de recommander à vos soins paternels et apostoliques M. Gibert, qui se rend à Québec, pour travailler sous vos ordres et sous votre direction. Je suis persuadé, d'après toutes les informations que j'ai pu prendre à son sujet, qu'il pourra se rendre utile et contribuer au bien spirituel de vos diocésains.

J'ai eu l'honneur de vous écrire en faveur de MM. Gaiffe et Vergues, partis au mois de décembre dernier. Je crains que les événemens delà mer ne les aient mis dans la nécessité d'y jetter leurs paquets. Tous les passages sont infectés des piratés françois et malheureusement tous les pays le sont plus ou moins de leurs principes. Je désirerois qu'ils fussent ignorés dans votre canton ou du moins qu'on en connût assez bien la- perversité pour les avoir en horreur.

Je suis, avec des sentiments de reconnaissance et de respect,

Monseigneur, Votre très humble et très obéissant serviteur,

t J.-Fes, Év. de Léon.

5 avril 1798.

10e LETTRE (10 nov. 1798).

Monseigneur,

J's^ receu les lettres^que vous m'avez fait l'honneur de m'écrira avec un duplicata de votre lettre au Saint Père. Mgr Douglass a fait passer la sienne par une voie et je fais passer la mienne par une autre route afin qu'elles parviennent plus certainement. Il me paroit probable que ai les bulles de M. Plessis ne sont pas parvenues, c'est que les vaisseaux qui les portoient ne sont pas arrivés et non parce que la demande n'est point parvenue à Rome. Les dernières nou-

velles du Saint Père portoient que sa, santé étoit bonne et qu'il n'avoit dans ce moment d'autre maladie que son grand âge. Je suis bien reconnaissant, Monseigneur, de l'accueil que vous avez la bonté de faire aux ecclésiastiques que je vous envoie. Parmi ceux qui désirent after travailler sous vos ordres, je fais en sorte, avec un supérieur de la maison de Saint-Sulpice, homme de grand mérite, pour vous envoier les meilleurs. Mais vous savez que quelque chose qu'on fasse l'homme est sujet à l'erreur.

J'ay correspondance avec M. Roussel à Jersey, qui se propose de se rendre à vos missions avec plusieurs compagnons de son choix, et je lé crois dans le cas d'en faire de bon. Je ne le connois pas personnellement, mais mes confrères qui ont dem.euré à Jersey lui rendent le témoignage d'être un ecclésiastique plein de talents et de zèle.

Je serai toujours icy à vos ordres. Je vous prie d'en être persuadé ainsi que du respectueux attachement avec lequel je suis. Monseigneur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

t J.-Fes. Ev, de Léon.

Londres, 10 novembre 1798. ,

lie LETTRE (15 avril 1799).

Monseigneur,

Je viens de procurer le pasport du gouvernement à un bon et vertueux ecclésiastique nommé M. Sigogne, qui est parti pour aller travailler sous vos ordres à Halifax. Je lui ai donné une lettre pour le grand vicaire qu'on m'a dit que vous aviez dans cette partie. Je ne pense pas qu'on puisse compter sur M. Roussel qui avoit paru disposé sur le désir qu'on en avoit témoigné, à aller de pays en pays avec quelques associés qu'il avait le projet de rassembler à Jersey pour se préparer ensemble à cette mission. Son projet de réunion ne s'est point encore réalisé et il m'a paru, par les derniers rapports que

j'ay eus avec cet ecclésiastique, qu'il ne pense plus à s'éloigner. Je puis assurer Monseigneur que je fais tout ce qui dépend de moi pour seconder ses vues pour le bien de son diocèse et que je néglige rien pour m'assurer, autant qu'il m'est possible, que les ecclésiastiques que je lui envoie joignent aux lumières suffisantes le zèle et le bon caractère. Je désire que Monseigneur n'ait pas lieu de juger que je me sois souvent trompé, ce que je sais pouvoir nous arriver malgré toutes les précautions que je puis prendre. Je vous prie, Monseigneur, de continuer vos bontés à tous et d'être persuadé de la vénération et du respectueux attachement avec lequel j'ay l'honneur d'être,

Monseigneur, Votre très humble et très obéissant serviteur,

t J--Fb, év. de Léon.

15 avril 1799.

12e LETTRE (15 avril 1799).

Monseigneur,

Je me flattois que vous aviez receu vos bulles. J'apprends avec peine par une voie indirecte que vous ne les aviez pas encore receues et que le deftaut de la supplique pouvoit en être la cause, attendu, a-t-on dit, qu'elle devoit être écrite en latin. Je serois surpris que dans de pareilles circonstances la forme eut empêché le fond. Nous sommes dans un état de chose qui ne ressemble à aucun autre et dans lequel il semble qu'on puisse sans conséquence déroger aux plus anciennes règles quand elles ne touchent pas à la substance. Je désire que la providence conserve assez longtemps et la santé de votre vénérable évêque et celle du souverain pontife pour que tout puisse se réparer et assurer à vos bons canadiens un digne pontife. .Je vous demande vos bontés pour tous nos ecclésiastiques qui se sont associés à vos travaux. Je prie Dieu qu'il les bénisse. Je n'ai pu en faire partir qu'un seul

pour Halifax où je crois qu'on en aurôit désiré plusieurs. Je

vous prie de recevoir avec bonté la liberté que je prends de

vous assurer des sentiments respectueux avec lesquels je suis,

Monseigneur,

Votre très humble et obéissant serviteur,

t J.-Fb, Èv. de Léon.

15 avril 1799.

ISe LETTEE (2 janvier 1799).

Monseigneur,

• J'ay l'honneur de vous annoncer que, d'accord avec le gouvernement, M. l'abbé Jacques-Ladislas- Joseph de Galonné, prêtre, grand vicaire et officiai de Cambray, part pour se rendre à l'Isle de St-Jeàn. Quoiqu'il y aille pour y former un établissement temporel, je ne doute pas qu'il ne se rende utile pour le spirituel sous vos ordres. C'est un homme d'esprit et de talent, qui en même temps se montre très religieux. Il est accompagné d'un ecclésiastique, qui se nomme Amable Pichart, prêtre du diocèse d'Orléans. Il étoit emploie dans le ministère par ses supérieurs. C'est un homme de talent et capacité médiocres, mais très modeste et <l'un fort bon caractère, d'ailleurs très vertueux. Je prends la liberté de vous recommander l'un et l'autre. Je leurs donne les pouvoirs pour la traversée et pour l'équipage s'il y a lieu jusqu'à son désarmement. Lorsqu'ils seront débarqués, ils auront recours à Monseigneur pour les pouvoirs ou au grandvicaire qu'on m'a dit être ou à Halifax ou à l'isle St-Jean.

J'ai l'honneur d'être, avec un respectueux attachement. Monseigneur, Votre très humble et très obéissant serviteur,

t- J.-^R3, Ev. de Léon.

2 juin 1799.

14e LETTRE (9 novembre 1799).

Monseigneur,

Vous me fjutes le plus grand plaisir en me marquant que vous' êtes satisfait de la conduite et du zèle des ecclésiastiques dont j'ajr favorisé le passage dans votre diocèse. J'y ai mis avec M. Bourret, (1) un très vertueux membre de la maison de Saint-Sulpice, toute l'attention qui a dépendu de moi, tâchant après nous être assuré des lumières et de la vertu, de conn^tre les caractères. J'aurois désiré que M. Soussel eut pu passer dans la partie d'Halifax avec quelques sujets choisis qui eussent été sous sa direction. Il n'y faut plus penser.

Je suis bien fâché que tout ce que nous avons pu faire pour accélérer l'expédition des bulles de consécration de M. votre Coadjuteur n'ait encore eu aucun succès. Mais je ne puis pas me persuader que désormais les délais se prolongent. On assure que tous les offices sont maintenant réunis à Borne et que les cardinaux s'y rendent pour la tenue du conclave.

Je suis,.avec le plus respectueux attachement,

Monseigneur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

t J.-Fb, Év. de Léon.

Londres, le 9 novembre 1799.

(1) L'abbé François-Emmanuel Bourret, directeur du séminaire d'Orléans, était venu à~Londres à la fin de l'année 1791 et en 1794 vivait de la charité anglaise. Mgr de la Marche l'avait pris en amitié et l'avait nommé distributeur de fonds aux religieux.. Mgr de Boisgelin le protégeait aussi. Ce fut grâce à ces deux prélats qu'il put réussir à fonder une chapelle à Notre-Dame de l'Annonciation.

' — 442 ^ 15e LETTRE t5 décembre 1799).

Monseigneur,

J'ay l'honneur de vous recommander les ecclésiastiques françois qui ont le bonheur de travailler sous vos ordres. Je vous demande pour eux les mêmes bontés que leur a toujours accordés votre vénérable prédécesseur, et j'espère que vous me donnerez la même consolation qu'il m'a souvent donnée en me disant du bien des ecclésiastiques que je. lui avois envoies.

Il en doit partir deux aux derniers jours. L'un se nomme M. Antoine Gaiffe, et est associé à la maison de Montréal. L'autre se nomme M. Guillaume Vergues, (1) et recevra de vous' la mission que vous jugerez à propos de lui donner. J'ay tout lieu d'espérer que l'un et l'autre mériteront, ainsi que ceux qui les ont devancés, votre bienveillance et votre protection. .

Je suis, avec le plus grand respect, Monseigneur, Votre très humble et très obéissant serviteur,

~^^ - J,-Fes, Ev. de Léon.

Londres, 5 déc. 1799.

16e LETTRE (23 avril 1800).

Monseigneur,

Je vois avec regret que toutes vos démarches et les nôtres pour M. votre Coadjuteur ont été jusqu'à présent sans succès ; mais j'espère que désormais les délais s'abrégeront. Nous avons un nouveau pape, le cardinal Chiaramonti, sous le nom de Pie VII. On fait l'éloge de ses lumières et de sa vertu. Il

(1) Cet abbé avait été curé de l'église Saint-Micbi'l, à Bordeaux. Etait arrivé à Londres, en 1794. Ne vint pas au Canada, quoiqu'en ait écrit Mgr de la Marche.

n'a que 58 ans. On dit qu'on se prépare à Rome pour le recevoir et comme pape et comme souverain.

J'ay receu, par la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, la première nouvelle de l'arrivée de M. l'abbé de Càlonne et de son compagnon. Il riousaécrit depuis et nous engage à lui envoler de l'aide, ne pouvant suffire aux besoins de sa mission. ■ Nous trouvons peu de dispositions dans ce moment pour s'éloigner de la France, oii une sorte de modération que montre le nouveau Eoi attire beaucoup de monde. Comme cette modération apparente est plus politique que religieuse, nous n'y prenons aucune confiance, et jusqu'à présent on s'est opposé de concert avec le ministre, à la sortie des ecclésiastiques d'Angleterre pour passer en France.

Je suis, avec un respectueux attachement.

Monseigneur, . Votre très humble et très obéissant serviteur,

t J--Fe, év. de Léon.

23 avril 1800.

Monseigneur l'Evêque de Québec, à Québec.

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