‹ Les ecclésiastiques et les royalistes français réfugiés au Canada à l'époque de la révolution--1791-1802 [microform]Chapitre 79 sur 81 · L'ABBÊ DE CALONNE 1 M. DE PUISA YE · texte numérisé non relu

L'ABBÊ DE CALONNE 1 M. DE PUISA YE

MOKSIEUB,

Vous êtes invisible comme la divinité ; comme elle vous serez bienfaisant. L'amitié dont vous m'honoriez autrefois, me fait présumer que vous né refuserez pas de me rendre un service auquel j'attache beaucoup d'importance, si, comme je le crois, cela est en votre pouvoir, il ne s'agit que d'en faire parvenir et d'appuyer auprès de M. G. Windhamune pétition qui ne paroit pouvoir souffrir aucune difSculté. Son objet est

si peu dé chose et dépend tellement de sa volonté, que je croirois avoir été désigné auprès de lui, s'il me la refusoit.

Permettez que j'entre dans-quelques détails pour que vous puissiez prévenir M. Windham sur les obstacles que ma demande rencontrera.

Je fus; en 1799, à l'isle du Prince Edouard, Golfe de Saint- Laurent, pour y former un établissement. Pendant six ans que j'y suis demeuré, j'ai rendu service aux Indiens et catholiques qui y sont en un grand nombre. L'Evêque de Québec, qui vint chez nous dans le cours de sa visite diocésaine, en fut si content, qu'il jugea à propos de me nommer directeur des religieuses IJrsulines des Trois-Eivières, petite ville entre Québec et Montréal, emploi pour lequel il m'assura n'avoir personne de propre dans son clergé et qui d'ailleurs n'est nullement lucratif. En conséquence de ses ordres et de ses vives instances, j'envoyai mes livres et mon bagage, et je me disposais à partir moi-même, lorsque je reçus de l'Evêque une lettre qui m'annonçoit qu'il n'avoit jamais pu obtenir du gouverneur Milnes la permission de me laisser entrer en Canada. Ce refus étoit motivé sur une résolution générale de n'y admettre aucun émigré françois. Dans le même temps je me vis obligé, en conséquence de la mort de mon frère, de partir pour l'Angleterre, où j'arrivai l'année dernière.

L'évêque de Québec que j'en informai m'écrivit plusieurs fois qu'il espéroit que pendant mon séjour à Londres, je pourrois obtenir la permission d'aller à Trois-Eivières ; il me prioit d'employer tous mes amis auprès du ministre et il comptoit toujours sur moi. Il fit plus, il chargea ici plusieurs personnes de m'en presser dès que mes affaires furent finies. Je crus, avant de m'adresser au ministre, devoir employer auprès du gouverneur Milnes, que je sa vois être à Londres, un de ses amis qui put être ma caution. M. Dillon me promit d'user de toute son influence auprès de lui. Je ne sçaiss'il y amis toute la chaleur qu'il m'avoit fait espérer, mais sa négociation m'a attiré un nouveau refus.

J'ai sçus que cela vient de ce qu'un ecclésiastique nommé Desjardins, qui étoit très considéi'é à Québec, est repassé en France, ce qui a d'autant plus piqué le gouverneur, qu'il lui avoit promis expressément de n'y point aller. Au reste, il est bon d'observer que depuis cet événement, le gouverneur a

encore fait une exception à sa résolution en faveur d'un émigré, à la recommandation du Duc de Fortland.

Maintenant j'ose me flatter que personne ne mérite plus une exception que moi : 1° parce que mes sentiments ont été si bien prouvés par une foule de faits et de sacrifices si notoires, que je me crois au-dessus de tout soupçon possible ; 2° parce qu'on ne peut pas supposer que Je demande à aller en Canada à l'âge de 64 ans dans l'idée de retourner en France ; 3° parce que je ne le demande qu'à la sollicitation de l'évêque, qui a réellement besoin de moi.

Je le désire de mon côté beaucoup par la seule raison que ce poste m'assuréroit des jours tranquilles et une vieillesse paisible. J'aurais pu m'adresser aussi au duc de Portland, mais M. Gr. Windham est notre ministre^ M. Windham a toujours protégé les émigrés ; M. Windham a connoissance des services de mon frère ; il sait que mon frère et moi, après avoir sacrifié tout pour la bonne cause, n'avons recueilli que de l'ingratitude. M. Widdham pourrait-il trouver de la difiiculté à demander ou même à ordonner à M. Milnes de me permettre d'aller à Trois-Eivières ? Mes services seroient-ils méprisés au point qu'on m'interdise le choix d'un lieu où je puisse mourir en paix ? /

J'espère, monsieur, que vous voudrez bien être mon garant auprès de M. Windham. Vous connoissez ma demande, vous voyez que les difiBcultés que l'on m'oppose peuvent être tranchées ; un seul mot du ministre suffit.

J'abandonne ma cause à votre amitié et à votre éloquence.

Il est bon que M. Windham sache la répugnance de M. Milnes, afin qu'il juge de ce qu'il doit faire pour la dissiper. Il me reste à observer qu'il m'est important d'avoir une prompte réponse, parce que si je ne puis aller en Canada, mon parti est pris de retourner dans mon isle. Il m'est insupportable de vivre au milieu des émigrés. Il ne me reste de place que pour vous assurer que jamais je n'oublierai que ce sera à vous que je devrai le bonheur de mes vieux jours.

L'abbé de Caloxxe, No 12, Polygone, Somerstown (près de Londres).

Milord,

Pièce PP, pages 99 et 160.

DOECHESTEE À. POETLAND

Québec, 25 juillet 1795.

Le duc de liancourt, qui est présentement dans le Haut- Canada, s'est récemment adressé à moi pour obtenir la permission de s'établir en cette Province, mais je suis de plus en plus convaincu qu'il est expédient de n'admettre aucun émigrant français, de quelque qualité qu'il soit, avant d'avoir obtenu la permission du secrétaire d'Etat. L'application de ce Monsieur lui a donc été refusée.

Vers le même temps, l'année dernière, le général Williamson permettait à M. le baron de Eoux, qui avait servi comme capitaine à Saint-Domingue dans une Tiégion composée d'émigrants, de venir au Canada. Il lui donna un passeport et une recommandation pour moi. La conséquence, j'écrivis au général de ne plus envoyer ici de telles personnes en vertu des règlements établis et qui devront mettre un terme à ces visites.

Mais, dans ces derniers jours, plusieurs autres Français émigrés sont arrivés munis de lettres et de passeports de Domingue. Parmi eux il y a monsieur le Marquis du Barail, qui paraît avoir servi dans les armées de Sa Majesté contre les troupes de la convention, et porte une commission du gouverneur Hamilton, datée quelques jours seulement avant son départ de Domingue.

Les émigrants nouvellement arrivés, sont dans une profonde détresse. On a ouvert une souscription pour venir à leur aide. Comme ils croient être suffisamment connus en Angleterre, j'ai consenti à suspendre les règlements pour une période de quatre mois, afin de leur donner le temps d'obtenir un permis soit de rester ici, soit d'aller ailleurs.

La difficulté de bieii connaître ces gens, et le danger de leur admission, devront engager Votre Grâce à arrêter l'émigration française des Indes Occidentales au Canada, oiî ils

pourraient être un fardeau pour le gouvernement ou poui^ les particuliers, et pourraient amener chez le peuple un courant dangereux.

POBOHESTEB.

Sa Grâce le Duc de Fortiand.

Pièce CèQ, page 99.

DESJARDINS k PRBSCOTT.

A Son Excellence Robert Prescott, gouverneur général des provinces du Canada, etc., commandant en chef des forces de Sa Majesté dans l'Amérique Septentrionale, etc.

Plusieurs personnes notables de l'Isle de la Martinique craignant la reddition de cette Isle à la Paix, et ne pouvant se résoudre à passer sous la domination de la République Française, ont écrit au soussigné, pour s'informer de lui si elles pourroient obtenir un refuge dans la province du Canada.

Le soussigné, pour se mettre en état de répondre à leur question, prend la liberté de s'adresser à Votre Excellence. Il la supplie de lui faire savoir si les émigrés de l'Isle de la Martinique désirant de passer en ce pays, peuvent se âatter d'y obtenir de la part du gouvernement asile et protection, et s'ir leur sera permis d'y faire des acquisitions pour s'y fixer.

Le soussigné espère que Votre Excellence voudra bien lui notifier ses volontés par écrit. Il ne cesse d'adresser des vœux au ciel pour la prospérité de Votre Excellence.

(Signé) Desjaedins, Ptre.

Québec, 16 septembre 1792.

P. S. — Les personnes mentionnées sont la comtesse de Maupepu, le Mis de Villiers, M. Roux, etc.

Pièce RB, page 99.

PRESCOTT À POETLAND.

Québec, ÏS octobre 1797.

Milord, X

J'ai l'honneur de transmettre à Votre Grâce la copie d'une pétition qui m'a été adressée par l'abbé Desjardins, l'un des membres du clergé français émigré, de la part de plusieurs habitants de l'Ile de la Martinique qui sollicitent la permission de se réfugier dans cette province, imbus qu'ils sont de l'idée que leur île sera vendue à la France après la paix. Ayant déjà soumis à Votre Grâce mes idées au sujet d'une pareille demande de la part du clergé émigré de France, et aussi au sujet de l'admission des Français de toute condition dans cette Province, il n'est pas nécessaire que je discute s'il est politique ou non de se prêter à semblable demande, vu que Votre Grâce sera mieux que moi capable de décider de quelle manière tourneront les affaires après la conclusion de la paix.

J'ai, etc.,

EoBT Pbesoott.

Sa Grâce le Duc de Portland.

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