PRÉLIMINAIRES
Une des questions qui, aujourd'hui, intéressent le plus vivement l'esprit humain est celle des relations scientifiques gratuites et constantes de peuple à peuple.
Dans l'état actuel de la science et des relations internationales, chaque pays ne peut plus se considérer comme un centre privilégié pour la production des œuvres de l'intelligence. Partout surgissent des œuvres et des découvertes, appelées à se compléter les unes par les autres et à ouvrir de nouveaux horizons.
En outre, chez toutes les nations où l'instruction est répandue, on a vu, surtout depuis le commencement du siècle, s'accroître d'une manière notable, grâce à l'initiative personnelle et aux soins des gouvernements, le nombre des associations pour l'étude. Ce développement nécessitait entre ces foyers de lumière des communications. Elles ont été établies avec succès dans l'intérieur de certains pays ; mais il restait encore à les étendre entre les sociétés et les savants du monde entier.
Quant à l'utilité des Echanges Internationaux, il semblerait, au premier abord, qu'il y aurait à distinguer les sciences qui n'ont pas un objet restreint de celles qui ont trait à des questions locales. Pour les premières, il y a nécessité de 'créer des relations internationales. Pour les secondes, cette même nécessité existe, et un seul exemple suffira pour la faire clairement ressortir.
Nous avançons que rien n'est complètement isolé. Les faits qui se sont passés dans un endroit ne servent-ils pas à éclairer l'histoire des pays voisins, à la contrôler et surtout à développer de nouvelles méthodes d'investigation? Est-il possible, par exemple, d'étudier d'une manière complète l'histoire des Ducs de Bourgogne de la seconde race, sans avoir recours aux archives conservées et aux ouvrages publiés dans les prcrvinces qu'ils avaient sous leur domination et qui, aujourd'hui, h^ppartiennent pas à la France? On doit nécessairement ici étendre -«es recherches aux documents qui se trouvent dans les dépôts de la Belgique, et aux travaux qui se succèdent dans ce pays avec une prodigieuse activité. Malgré l'extrême bienveillance que l'on rencontre toujours chez nos voisins, il est certain qu'il y a un grand avantage à entretenir avec eux des relations durables et régulières, qui permettent aux hommes d'étude d'avoir â leur disposition, constamment et sur place, les publications belges, au fur et à mesure qu'elles paraissent. On évite ainsi d'arrêter, faute de renseignements ou par la crainte de traiter des sujets connus ailleurs, de louables efforts ( i ): car il faut envisager qu'un petit nombre d'heureux ont seuls la faculté d'aller étudier hors de France. Les avantages des Échanges Internationaux se sont fait jour, et, depuis i832, on a essayé de réunir sur un point au moins de chaque nation les livres étrangers.
Les premières tentatives dues à un Français donnèrent d'abord de brillants résultats ; mais, à cause d'un faux principe qui était la base de l'œuvre, tout l'édifice s'écroula, et les Échanges Internationaux disparurent avec leur créateur, en 1864.
Pour arriver à des résultats efficaces, il a fallu ensuite, sous l'impulsion énergique d'hommes intelligents et désireux d'être utiles à la science, obtenir le haut patronage des gouvernements.
On a donc essayé ces dernières années de constituer un service officiel et régulier d'Échanges Internationaux; et nous allons exposer, surtout en ce qui concerne la France, le programme à
(i) Un grand nombre de bibliothèques françaises ne possèdent presque pas de documents étrangers; leur accroissement provient surtout des dons faits par le Ministère de rinstruction Publique et des acquisitions qui ont lieu par les soins des comités d'achat Le Ministère et ces comités leur procurent les ouvrages français qui leur sont le plus nécessaires. Seulement les fonds, dont les bibliothèques disposent annuellement, sont trop restreints, pour qu'elles puissent prétendre à s'enrichir d'ouvrages étrangers, qui, tout en servant à compléter leurs collections sur telle ou telle matière, leur seraient d'une utilité directe. Les échanges effectués par les gouvernements ont commencé à faire disparaître en partie cet inconvénient.
suivre et l'historique des démarches qui ont eu lieu pour le réaliser. Nous rapporterons aussi les règlements qui régissent cette matière, et les succès obtenus avec les faibles moyens dont on a •pu disposer jusqu'à présent.
Il existait en France, depuis un certain nombre d'années, des rapports annuels entre les sociétés savantes, par l'intermédiaire du Ministère de l'Instruction Publique. Mais il était nécessaire d'établir :
I® Entre la France et l'étranger des échanges de publications;
2° Entre toutes les nations, une correspondance manuscrite et régulière qui permît l'échange non seulement des livres, mais des renseignements, et qui créât un système permanent d'enquête scientifique dans toutes les régions du globe.
Tel a été le but : voyons maintenant lés moyens employés pour l'atteindre et les résultats obtenus. En dehors d'un intérêt historique, on trouvera, dans les péripéties par lesquelles ont passé les Echanges Internationaux, des enseignements précieux pour l'avenir.