RAT BLANC
Chez le Rat encore, nous trouvons la même différence qui s'était manifestée chez les autres espèces : les cellules de la médullo-surrénale sont petites, comme collabées, chez les individus adaptés à 8°. La réaction chromaffine y est très peu développée ; chez l’un des trois sujets adaptés à 8°, cette réaction fait même entièrement défaut. Par opposition, à l’aspect des cellules décrites, nous voyons de grosses cellules turgescentes dans la médullaire des Rats adaptés à 28°. La réaction
chromaffine, très développée, nous montre que ces cellules sont riches en adrénaline.
La conclusion générale qui s’impose après cette étude, est la suivante : la thyroïde des animaux adaptés ne présente pas la moindre indication d’hyperactivité chez les animaux vivant à basse température et présentant une calorification augmentée. La surrénale de tous les sujets adaptés révèle une richesse particulière en tissu chromaffine si la température du milieu d'adaptation est voisine de la neutralité thermique, tandis que la médullo-surrénale des animaux adaptés à basse température est particulièrement pauvre en adrénaline.
Le contrôle histologique est en accord complet avec nos observations physiologiques, et plus spécialement avec celles concernant les modifications des manifestations de l’adaptation chez le Hamster (Cricetus frumentarius) soumis pendant 2 heures à la température de 1°. Nous avions vu que l’hyperadrénalinémie réflexe de la thermogénèse de réchauffement réduisait singulièrement l’augmentation de la calorification de l’animal adapté à 8°. Cette observation nous avait révélé la liaison étroite qui existe entre les manifestations de l’adaptation et la régulation chimique. L’examen histologique nous montre la raison profonde de cette dépendance, car si la thermogénèse de réchauffement est liée à de l’hyperadrénalinémie, l’adaptation à température basse est caractérisée par une pauvreté de la médullo-surrénale en adrénaline. Il devient dès lors très tentant d'expliquer par le même mécanisme l’augmentation des échanges de la thermogénèse de réchauffement et de l’adaptation par de l’hyperadrénalinémie. Cette hypothèse correspond exactement à l'interprétation que CRAMER a donnée de ses investigations histologiques, car lui aussi explique la pauvreté de la médullaire surrénale en adrénaline chez les animaux exposés au froid par une exagération de l'élimination d’hormone sans que son élaboration atteigne un rythme aussi rapide.
Cette hypothèse est en accord également avec les observations que nous avons faites sur les surrénales des animaux adaptés à 28° et 8°, mais qui avant d’être sacrifiés pour le prélèvement des pièces ont séjourné 6 heures à 20°. Ces glandes proviennent de 4 Hamsters dont deux étaient adaptés à 28° et 2 autres sujets adaptés à 8°. L'aspect des 8 surrénales examinées a été rigoureusement identique chez les 4 animaux, in-
dépendamment de la température d'adaptation : toutes les surrénales sont très riches en adrénaline et présentent, par conséquent, l’aspect de surrénales d'animaux adaptés à 28°. Si six heures de séjour à 20° sont suffisantes pour faire apparaitre de grandes quantités d’adrénaline dans les surrénales des animaux adaptés à 8°, dont les échanges sont augmentés de 30 p. 100 dans ces mêmes conditions, nous pensons que nous pouvons conclure avec beaucoup de vraisemblance que l'interprétation de CRAMER correspond à la réalité : la pauvreté en adrénaline des surrénales des sujets adaptés à 8° est due au fait que l’adrénaline est éliminée avec une plus grande vitesse dans le sang qu’elle n’est élaborée par la glande. II nous est toutefois impossible d'éliminer avec certitude l’hypothèse de VINCENT [79] qui attribue à l’hypothermie des animaux exposés à basse température la pauvreté en tissu chromaffine.
La même image de la médullo-surrénale se retrouve chez le Rat blanc adapté à 28° et exposé pendant 6 heures à 8°. La thermogénèse réflexe de réchauffement n’a pas été capable de faire disparaître l’image d’une surrénale d'animal adapté à 28°. Nous pensons que la richesse en adrénaline de ces glandes s’explique de la manière suivante : à 28°, température de l'adaptation, le Rat blanc utilise peu d’adrénaline, sa thermogénèse étant réduite à son minimum. L’adrénaline qui est élaborée par la glande n’est secrétée qu’à un rythme lent ; elle a tendance à s’accumuler dans les surrénales. Si nous venons à exposer ce Rat à la température de 8° pendant 6 heures, la thermogénèse de réchauffement que nous déclenchons est insuffisante pour modifier l’aspect de la glande ; il faut prolonger le séjour à 8° pendant un temps beaucoup plus long pour atteindre l’image de surrénale d’animal adapté à 8°. Nous nous trouvons en opposition avec CRAMER pour cette dernière conclusion ; CRAMER prétend, en effet, que l’image de l’appauvrissement de la surrénale en tissu chromaftine est beaucoup plus accusée par la réaction brusque au froid que par « l’adaptation » à basse température, ce qui le conduit à attribuer « l’adaptation » à basse température essentiellement à des modifications structurales de la thyroïde.
N'ayant pu retrouver ni chez les hibernants ni chez le Rat blanc les modifications structurales signalées par de si nombreux auteurs (ADLER [1], CAHANE [15], Bopansxky [11], CRa-
MER [24], Mizcs [58], Barzir [5], KENyYON [47], KuscHINSKY [49], WorrkewiTscH [80], Wozr [81]) nous avons procédé à peu près comme RING [71, 71 a, 71 b] : chez certains animaux nous avons enlevé la thyroïde, chez d’autres nous avons réduit le tissu de la surrénale à son minimum. La thyroïdectomie a été réalisée sur le Loir qui la supporte très bien, les parathyroïdes étant séparées des lobes thyroïdiens. Chez le Hamster, la thyroïdectomie est impossible car les parathyroïdes sont situées dans les lobes thyroïdiens : la thyroïdectomie entraîne par conséquent la tétanie. Nous avons choisi le Hamster doré pour réduire le tissu chromaffine ; pour ce faire, nous avons extirpé totalement la surrénale droite. Les animaux étant complètement remis, nous avons détruit au thermocautère la médullaire surrénale gauche 8 jours après la première intervention. (Toutes ces opérations ont été faites en collaboration avec notre ami M. KLEIN). Les résultats que nous ont donnés ces deux opérations ont été opposés à ceux obtenus par Ring. Dans nos expériences, la thyroïidectomie r’a supprimé ni la régulation chimique, ni l'adaptation. Notre intervention sur les surrénales n’a pas supprimé la thermorégulation chimique, mais les manifestations de l'adaptation. Ces conditions sont étayées sur les résultats expérimentaux suivants :
1° Surrénalectomie.
8 Hamsters (Cricetus auratus) opérés en septembre. Ils sont séparés en deux lots, dont l’un est placé le 15.10.88 à 30°, l’autre à 8°.
À. — Animaux adaptés à 30°.
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Date de la mesure ss ss DE S£ SoMtreste 87
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