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INTRODUCTION

Considéré du point de vue énergétique, le règne animal se divise en deux grands groupes : les représentants de l’un ont une température centrale relativement basse, inférieure à celle de l’homme ; leur dépense d’énergie varie parallèlement avec la température du milieu. Ces deux caractères les ont fait appeler animaux à sang froid ou poikilothermes, de rowios qui signifie bigarré, varié. Les représentants du second groupe sont beaucoup moins nombreux ; cette catégorie ne comprend que deux classes de vertébrés, les mammifères et les oiseaux. Leur calorification est intense, leur température centrale élevée et constante ; elle est devenue indépendante des conditions thermiques du milieu. On dit que les mammifères et les oiseaux sont des animaux à sang chaud, qu’ils sont homéothermes, de ôuotos, semblable, constant.

L’abaissement de la température en hiver, entraîne un ralentissement dans la vie des poïkilothermes, un état de vie latente, de torpeur hivernale. Seuls les poissons, qui vivent dans des conditions thermiques plus constantes, échappent à cette loi ; seuls parmi les poïkilothermes ils n’hibernent pas.

Chez les animaux à sang chaud, on trouve quelques espèces qui sont homéothermes pendant une partie de l’annnée et poïkilothermes pendant l’autre. Certains mammifères passent d’un état de grande activité physiologique, caractérisé par une température centrale élevée et constante, à un état de vie latente avec température basse et combustions réduites. Ce changement d'état est si brutal qu’il a déjà frappé les naturalistes de l’antiquité : ARISTOTE sait qu’il existe des mammifères qui entrent en automne en état de sommeil saisonnier. PLINE, qui écrit son encyclopédie au début de notre ère, dit que les Marmottes (Rats des Alpes) et les Loirs (Rats du Pont) se cachent pendant l’hiver ; il parle des réserves que font les Marmottes et les Hérissons en automne. Saint IsIDORE relate le sommeil

du Loir ; mais ce qui le frappe le plus est l’adiposité automnale de cet hibernant. Aussi appelle-t-il le Loir « glis » (gras, d’après « glisci » engraisser). Six siècles plus tard, les deux encyclopédistes contemporains de Saint Louis parlent de nouveau des hibernants ; reprenant les textes d’ARISTOTE, de PLI- NE et d’IsIDORE de Séville, BARTHÉLEMY l’Anglais et VINCENT de Beauvais s’étonnent que le Loir engraisse en hiver, pendant un sommeil profond, où il est couché comme mort. (Notons que ce n’est qu’en 1938 qu’il a été démontré définitivement par BENEDICT que les hibernants n’augmentent pas de poids durant le sommeil !). C’est VINCENT de Beauvais qui exprime avec le plus de netteté le contraste qui existe entre la dépense d’énergie du Loir réveillé ou endormi ; il dit que le Loir est immobile, comme mort en hiver, mais qu’il revit en été.

Les humanistes de la Renaissance comme Sébastien MuNs- TER et surtout Conrad GESNER initient l’ère moderne en 1550 ; les publications, d’abord encore assez rares, deviennent de plus en plus nombreuses à partir de BUFFON et des encyclopédistes du 18° siècle. En 1807, « l’Institut national de France invite les savants de l’Europe à examiner avec le plus de soin, 1° les phénomènes que présentent en hiver les animaux en léthargie ; 2° la cause de cette léthargie ; 3° pourquoi elle est particulière à ces animaux ». Les réponses de MANGILr et de Saissysont restées classiques et gardent encore aujourd’hui un grand intérêt. Le problème du sommeil hibernal est resté d’actualité ; on lui a consacré trois grandes monographies depuis 1930 (GORER, FERDMANN- et FEINSCHMIDT, BENEDICT et LEE).

Le travail que nous présentons est consacré à l’étude du métabolisme énergétique d’un certain nombre de mammifères hibernants. Ils seront examinés sous leur double aspect, d’homéotherme et de poïkilotherme ; dans le dernier chapitre, nous essaierons de comprendre par quel mécanisme ces animaux si curieux passent de l’état de grande activité physiolovique à celui de sommeil hibernal.

Pour des raisons qui ont été en dehors de notre volonté, nous avons été obligés d’écourter beaucoup nos recherches expérimentales ayant trait au mécanisme du sommeil hibernal. Il en résulte que le dernier chapitre de notre étude est resté à l’état d’ébauche. Nous poursuivons nos expériences à l’heure actuelle avec notre ami KLEIN ; nous espérons pouvoir en donner très prochainement de nouveaux résultats. L’ensembie de nos recherches sur «la calorification et les glandes endocrines chez

les hibernants » sera publié ailleurs sous la triple signature de ARoN, KaysER et KLEIN (*).

ARISTOTE. — listoire des animaux (avec traduction française) par M. Camus. 2 vols. Vve Desain édit. Paris, 1783.

PLINE. — Caii Plinii Secundi Naturalis historiae. Lib. VII-XV, Teubner édit. Leipzig, 1909.

ISIDORE DE SÉVILLE. — Jsidori Hispalensis épiscopi Etymologiarum sive originum Libri XX. Oxford University Press édit., 1911. BARTHELEMY l'Anglais. -- Proprietates rerum Domini Bartholomaei an-

glici Liber XVIII. édition incunable de la Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg.

VINCENT DE BEAUVAIS. — Speculum majus. 1. Speculum naturale. chap. 131. Edition incunable de la Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg.

MuxsTer Sébastien. — Cosmographia universalis. Libri VI. 1 vol. 1163 pp. Bâle 1550.

GESNER Conrad. —- Historiae animalium Liber I. 1 vol., 1104 pp., Zurich,

WICKERSHEIMER E. — Dictionnaire bibliographique des Médecins en Fran-

ce au Moyen Age. 2 vols. E. Droz, édit. Paris, 1932.

(*) L’évacuation de Strasbourg en septembre 1939 a interrompu ces recherches.

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