‹ Les échanges respiratoires des hibernantsChapitre 92 sur 111 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

Introduction.

Dans les pages qui suivent nous essaierons d’aborder le mécanisme physiologique du sommeil hibernal. Nous nous limiterons à l’étude de ce problème chez les Mammifères hibernants, en renonçant délibérément à l'étude de la même question chez les poïkilothermes qui — en dehors des poissons — présentent également un état de torpeur en hiver. Nous ne ferons pas mention du sommeil «estival > du Tanrec de Madagascar, nié par certains et attribué par d’autres à la sécheresse qui entraînerait une véritable déshydratation du Tanrec.

Nous nous proposons d'étudier le mécanisme par lequel un certain nombre de mammifères devient d’homéotherme, poikilotherme ; ce problème a déjà préoccupé les Anciens

ARISTOTE [3] sait qu’il existe des mammifères — le Loir par exemple — qui entrent en automne en état de sommeil hi-

bernal. Il n’ignore pas qu’il s’agit d’une adaptation de l’organisme aux conditions spéciales du milieu : pour échapper aux conditions de vie défavorables créées par l'hiver, certaines espèces se retirent dans des cavernes et y passent l’hiver. Elles ne reparaissent qu’au printemps. Parmi ces espèces ARISTOTE compte les Hirondelles ; non pas celles de Grèce qu'il sait appartenir aux oiseaux migrateurs, mais certaines espèces provenant de pays plus froids. Les recherches biologiques des cent dernières années, en particulier à partir de Barkow [4] semblaient infirmer complètement l'affirmation du philosophe grec : on admettait en effet jusqu’à ces toutes dernières années que seuls les oiseaux dans tout le règne animal ne comportaient pas de représentants qui hibernent. Dans la description même d’ARISTOTE nous distinguons deux points essentiels : 1. les Hirondelles que l’on trouve en état de torpeur en hiver dans les grottes y sont très nombreuses ; 2e les animaux saisis par le froid sont « nus et dépourvus de plumes ». Cette dernière affirmation pourrait faire penser qu’il y a eu confusion avec les Chauves-Souris qui, comme

chacun sait, vivent en grand nombre dans les grottes. Mais cette hypothèse semble injustifiée car ARISTOTE connait fort bien les Chauves-Souris de sorte qu'une confusion est peu probable. Il ressort des relations récentes de LORENZ et de KEY- SERLING (cités par DuPOND) que contrairement à l'opinion ofticielle il est parfaitement possible de rencontrer parfois en automne des Hirondelles en grappe surprises par le froid au cours de leur migration de l'Europe centrale vers le bassin méditerranéen. D’après les faits relatés par Dupoxb (*) il s’agit de toute évidence chez les Hirondelles d'animaux « figés » temporairement par le froid et non de « léthargie hibernale ». Tout récemment trois auteurs HUXLEY, WEB8 et BEST [51] décrivent chez certains oiseaux un état de poïkilothermie passagère « ressemblant quelque peu à l'hibernation des mammifères ». Les auteurs énumèrent les facteurs essentiels et caractéristiques de l’état de torpeur et ils en déduisent qu'il s'agit d’un étal d'adaptation. Pour nous, certains points de leur énumération indiquent au contraire qu'il ne s’agit pas d'un mécanisme spécial d'adaptation, mais d'animaux partiellement forcés par le froid : c’est ainsi que nous croyons devoir interpréter le rôle du manque de nourriture, des mauvaises conditions de vie, de basse température et le fait que les sujets de petite taille sont plus enclins à cet état de torpeur que ceux de plus grande taille, car nous croyons reconnaitre dans ce dernier facteur l'importance de la surface déperditrice. L'interprétation que nous donnons de cet état « poïkilotherme passager » est la même que celle que donne BENE- DICT [5] de la question si longtemps discutée du sommeil hibernal de l’Ours.

Le seul hibernant dont ARISTOTE donne une description sommaire est le Loir. Il n’en dit que deux mots, mais’ qui sont vrais, Comme s'exprime son traducteur et commentateur Ca- MUS en 1783 [14] ; le naturaliste grec dit, en effet « que le Loir se retire dans les trous des arbres et y devient très gras ».

Cette phrase lue du point de vue auquel nous pouvons nous placer 2300 ans plus tard contient les deux causes essentielles de l’origine du sommeil,

le facteur externe, saisonnier, et

le facteur interne, hormonal.

(*) Dupoxp Ch. — L'’engourdissement des Hi > DS 1937, Fase. 4, p. 226-227. + ent des Hirondelles. «Le Gerfaut »,

C’est ainsi que nous interprétons aujourd’hui observation d'ARISTOTE concernant ladiposité hibernale du Loir. La valeur que nous attribuons à cette distinction ressort, croyonsnous, le mieux du fait que c’est d’après cette classification des facteurs en exogènes et endogènes que nous analyserons les principales observations et expériences qui nous serviront à expliquer l’origine du sommeil hibernal.

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