Diminution de la pression partielle de l'oxygène
Dans sa description de 1551, Conrad GESNER [42] insiste sur le fait que les Marmottes qui construisent leurs terriers les obturent de telle façon qu’il est plus facile à l’homme qui veut les déterrer de creuser la terre vierge que de percer les orifices obturés par les Marmottes. Il s’étonne que ces animaux n’asphyxient pas dans ces conditions ; et cela lui paraît d'autant plus curieux qu'ayant lui-même enfermé une Marmotte qui allait dormir dans une caisse à moitié remplie de foin, elle mourut par asphyxie. Le rôle du confinement comme agent déterminant du sommeil hibernal est étudié, en partie expérimentalement par DAUBENTON [24]. Il adopte pour les Loirs, Lérots et Chauves-Souris l’explication de BuFFoN de l’origine du sommeil hibernal. Mais cette interprétation lui semble tout à fait insuffisante pour le Hamster. Pour mettre cet animal en état d’engourdissement, <«l’expérience prouve qu'il faut encore que l'air extérieur n’ait aucun accès à l'endroit où il s’est retiré ; on peut s’en convaincre en enfermant un Hamster dans une caisse remplie de terre et de paille ; on aura beau l’exposer au froid le plus sensible de l’hiver et assez fort pour glacer l’eau, on ne parviendra jamais à le faire dormir ; mais dès qu’on met cette caisse à quatre ou cinq pieds sous terre, qu’il faut avoir soin de bien battre pour empêcher l’air extérieur d’y pénétrer, on le trouvera au bout de huit ou dix jours engourdi comme dans son terrier ». SAISSY [84] nous relate dans son travail un passage de GEOF- FROY [4] emprunté à Silvestre qui affirme que c’est le manque d'oxygène qui induit le sommeil du Hamster. Mais SAISSy lui-même ne considère le mandue d’oxygène que comme cause secondaire. À la fin du siècle dernier, l’idée de Dau- BENTON est reprise par P. BERT [7]. Dans ses « Lecons sur la Physiologie comparée de la Respiration », il dit qu’en fixant l’acide carbonique dans un espace confiné, on peut endormir un hibernant (Lérot, mus nitella) par manque d'oxygène. Il est nécessaire de fixer le CO, qui est un poison.
Depuis une quinzaine d'années (voir à ce sujet la bibliographie à la fin de l’article de L. CHEVILLARD, F. HAMON et A. MAYER [18 b]) d'assez nombreux auteurs se sont attachés à
l'étude des échanges respiratoires chez les homéothermes exposés pour des temps courts ou prolongés à des pressions barométriques abaiïssées, ce problème étant devenu d’actualité par suite du développement de l'aviation. Il ressort des travaux convergents de LiINTZEL [66], de MAYER et de ses collaborateurs [18, 18 b], de Graga [43 a, 43 b], que la diminution de la pression partielle de l’oxygène réduit l'intensité de la thermorégulation chimique. Selon CHEVILLARD [18 a], la thermorégulation est perdue à toutes les températures si la pression partielle de l’oxygène est tombée à 5 p. 100. LINTZEL et CHEVILLARD [18 a] ont aussi étudié l’effet de séjours prolongés à des pressions réduites d'oxygène. Il ressort nettement des travaux de LiNTZEL [66] qu’un séjour d’une semaine réduit l'effet de l’abaissement de la pression sur la calorification, sans le supprimer entièrement toutefois. Les effets indiscutables de l’abaissement de la pression partielle de l’oxygène sur la thermorégulation chimique se manifestent pour des pressions correspondant à 4.000 m. d’altitude environ, soit à des altitudes où l’on ne trouve plus d’hibernants. Il semble par conséquent que la diminution de la pression partielle de l’oxygène n’intervienne pas dans le mécanisme du sommeil.
Nos propres animaux ont dormi à Strasbourg et à Utrecht, soit à des pressions barométriques de 750-760 mm. Hg. en moyenne. On ne peut évidemment nier de façon absolue le rôle de pressions réduites de l’oxygène dans le déterminisme du sommeil ; mais nous ne croyons pas que l’on doive ajouter à ce facteur plus d'importance que celle d’un facteur adjuvant secondaire.