CHAPITRE II
LA VIE DANS LES ÉCHELLES DE SYRIE ET DE PALESTINE RAPPORT DES FRANÇAIS ENTRE EUX ET AVEC LES PROTÉGÉS
I. — Les Echelles du Levant participent à deux histoires : celle de la France et celle de l’Empire Ottoman. Elles subissent le contre-coup, à la fois, des événements auxquels la France est intéressée et de ceux qui se produisent dans les lieux de leur établissement. Le xvirie siècle n’épargna ni les uns, ni les autres aux Echelles de Syrie et de Palestine. Mais il semble que les premiers eurent sur elles une influence moins directe que les seconds, puisqu'elles traversèrent dans de meilleures conditions la période de 1715 à 1768, pendant laquelle la France soutint deux grandes guerres, que celle de 1768 à 1795, pendant laquelle la Syrie méridionale et la Palestine furent mises à feu et à sang par les ennemis intérieurs et extérieurs de la Turquie. |
Jusqu'en 1740, événements de l’histoire de France et événements de l'histoire locale furent également propices aux Echelles de Syrie et de Palestine. Du côté de la France, pas de guerre; du côté de la Turquie, une guerre contre les Russes et les Autrichiens, mais sur un théâtre éloigné de l’Asie Mineure, en Serbie, sur le Bas- Danube, à une époque où la Marine russe n’ose pas encore se risquer au delà du Bosphore. À partir de 1740, c’est en Occident que la situation se trouble. Du côté de la Turquie, pas de guerre, sinon avec les Persans, qui sont toujours en guerre ou en révolution; du côté de la France, deux guerres, toutes deux maritimes et l’une malheureuse. Toutefois, les pertes très sensibles qu’elles firent subir au commerce n’annulèrent pas le profit de la sécurité que valait à nos résidents le calme relatif de l’Empire Ottoman. Tranquillité des provinces asiatiques de la Turquie, bons rapports de la France avec la Sublime Porte, fixité du régime en vigueur dans le Levant : telles sont les conditions qui font de la période 1715-1768 celle où les Echelles de Syrie et de Palestine vécurent de leur vie normale et ne souffrirent guère que des dommages inséparables de l’état social des Turcs.
IT. — [1 s’en fallut de peu que la législation, à peine fixée, fût déjà bouleversée. Laréaction dont la Régence donna le signal contrel’œuvreentière de Louis XIV s’éten-