L’'INSPECTION DE BENOIST DE MAILLET
dit aux réformes du Levant. En 1717, le conseil de Marine, qui, sous la présidence du comte de Toulouse, avait pris la place du secrétaire d'Etat, confia à M. Benoist de Maillet, ancien Consul de France à Alger et au Caire, la visite de toutes les Echelles du Levant et de Barbarie:. C’est, avec l'inspection du baron de Tott, la plus importante du xvrrr® siècle.
L'intention de revenir sur quelques-unes des principales mesures des Ministres de Louis XIV ressort clairement des entretiens que Maillet eut à Marseille, avant son départ, avec l’Intendant de Provence, M. Arnoul, et l’Archivaire de la Chambre du commerce, M. Isnard. « La visite que je dois faire aux Echelles du Levant, écrit-il, aura sans doute pour un de ses objets de réduire les charges de la bannière au plus bas point où la protection pourra le permettre. » Or il s’accordait avec l’Intendant et l’Archivaire pour attribuer le déclin de notre bannière, (nous dirions aujourd’hui de notre pavillon), à l'indifférence des Consuls, depuis qu’on avait remplacé par des appointements fixes les droits jadis perçus par eux sur les navires qui chargeaient dans leur Echelle. Cette constatation appelait le rétablissement des choses sur l’ancien pied: Maillet allait même jusqu’à proposer d’affermer tous les Consulats à une compagnie, projet que l’Archivaire désapprouvait absolument. Un Arrêt du conseil de Janvier 1718 réalisa la modification sur laquelle ils étaient d'accord. La Chambre fut de nouveau déchargée du paiement des Consuls, au profit desquels les anciens droits de Consulat furent rétablis. Maillet eut, entre autres soins lui incombant, à mettre les Consuls au courant du taux de ces droits. Pour abréger sa lourde et complexe tâche, il leur écrivit de lui préparer des états du commerce et des dépenses de leurs Echelles.
Le partage des pouvoirs entre Maillet et le commandant du vaisseau qui devait le transporter, M. Duquesne, donna matière à des contestations. L’officier de Marine qui commandait le vaisseau du Roi désigné pour recevoir l’Inspecteur à son bord n’avait pas seulement la direction maritime de la croisière : il devait aussi participer, dans une plus ou moins large mesure, à l’élaboration des règlements concernant les capitaines marchands, les matelots déserteurs, la navigation. En outre, Maillet venait de remplir avec Duquesne une mission à Tunis et Alger, pendant laquelle le commandant avait été investi de pouvoirs diplomatiques pour traiter avec les Princes Barbaresques. Le conseil de Marine ne se contenta pas de recommander à Maillet « de la déférence pour le caractère de M. Duquesne.» Limitant ses pouvoirs, il lui défendit de ne rien régler que de l’agrément de cet officier. Maillet, qui avait derrière lui une longue carrière politique, fit observer avec raison combien il était illogique de lui retirer, « lorsqu'il s’agissait de négoce, un pouvoir propre qu'on lui avait reconnu lorsqu'il s'agissait de négociations. » Il y avait selon lui, une contradiction entre l'autorité conférée au commandant et l’ordre donné aux marchands
4. Maillet définit ainsi, dans une circulaire aux Con- Barbarie et examiner l’état présent du commerce de la suls, le but de sa mission : « J’ai eu l’honneur d’être nation et ce qui peut être fait pour son augmentation choisi pour faire la visite des Echelles du Levant et de et pour la plus grande faveur du pavillon de Sa Majesté ».
d’obéir à l’Inspecteur, « puisque cela suppose, disait-il, que M. Duquesne m’ordonnera de leur ordonner, ce qui n’a rien de naturel. » Sur ses instances, une disposition plus équitable fut prise par le conseil de Marine, qui s’en rapporta à lui pour terminer à l'amiable toute difficulté ultérieure avec Duquesne.
Maillet aurait eu mauvaise grâce à ne pas se contenter de cette satisfaction. Mais, soit excès de prétention de sa part, soit mauvaise volonté de la part de Duquesne, il eut encore à invoquer les exigences de son prestige pour obtenir à bord une installation qui lui conviînt : son logement sur le vaisseau sera, dit-il, « la règle de la considération que les nations et les Consuls auront pour moi. » Aussi fut-il comblé d’aise par une démarche courtoise des Echevins de Marseille, qui,rapporte-t-il, « dans la vue sans doute d'augmenter aux yeux des nations du Levant ma considération par celle qu’ils marqueraient ici pour mon caractère, sont venus me voir en corps et sont venus en chaperon, ce qu’ils n’avaient pas fait pour M. de Gastinest. »
Réconforté par cet hommage, Maillet partit donc avec Duquesne et, après avoir visité les Echelles d'Egypte, parcourut du Sud au Nord toutes celles de Syrie et de Palestine. Ses escales et ses pointes à l’intérieur des terres ne furent point des sinécures. « J’ai travaillé Jour et nuit dans les Echelles, écrira-t-il plus tard, pendant le
temps que j'y ai resté, à m'informer moins véritablement des bonnes et Justes dépen-
ses que des mauvaises. J’ai vu divers comptes; j'ai lu d’un bout à l’autre les livres des délibérations depuis le commencement du siècle. » Tenir des conférences avec les Consuls et les marchands, apaiser les différends qui peuvent s’être élevés entre eux, lire les mémoires rédigés à son intention sur les questions intéressant l’Echelle, se rendre un compte exact de l’état du commerce, examiner avec soin les dépenses consulaires, les dépenses nationales et la gestion financière des députés : telles sont,
dans chaque Echelle, les occupations de Maillet. « J'ai, dit-il, employé à Seyde sept |
jours que j”y suis resté à m'instruire des affaires de cette Echelle, de celles de Saint- Jean d’Acre et de Rames qui dépendent de la première, sans que durant ce temps je sois sorti de mon appartement. » Sept jours aussi lui ont été nécessaires à Tripoli de Syrie, bien que le vice-consul, M. de Monhenault, eût fait dresser des mémoires qui facilitèrent beaucoup sa tâche. Il n’est pas resté moins de douze jours à Alep, où il a trouvé, écrit-il, « beaucoup de contestations entre le Consul et la nation, tant au sujet de l'estime des monnaies dont ses attributions devront être payées, que sur les dépenses qui devront être supportées par le Consul ou la nation ».
Quel accueil l’Inspecteur, annoncé depuis des mois, attendu avec une curiosité
sans doute mélangée d’un peu d’appréhension, arrivant sur un imposant vaisseau
de guerre, recevait-il des Consuls, des nationaux, des indigènes, et quelle attitude
croyait-il devoir tenir envers les uns et les autres? Si soucieux qu’il fût de tout ce qui.
pouvait accroître son prestige auprès des chefs de postes et des marchands, Maillet,
4, Inspecteur des Echelles sous Louis XIV.