‹ Les échelles de Syrie et de PalestineChapitre 116 sur 135 · ANNEXE VIII · texte numérisé non relu

ANNEXE VIII

Norte sur LES DRUSES, MARONITES, MUTUALIS ET ARABES GOUVERNÉS PAR LE CHEIKH DAHER

La manière dont se répartissaient, sur le territoire de la Syrie méridionale, le domaine des Druses, celui des Mutualis et celui du Cheikh Daher, est indiquée avec précision dans un bulletin que M. de Taulez, Consul de France à Seyde, joignit à sa lettre du 19 juin 1772 au ministre de la Marine. Ce bulletin contient également quelques données sur la religion des Druses, sur celle des Mutualis et sur l’état politique et social des uns et des autres.

« Peut-être ne sera-t-on pas fâché de trouver ici quelques notions sur la situation de la Syrie relativement aux troubles actuels et à ceux qui y dominent présentement. Qu'on trace une ligne de l'Ouest à l'Est, en passant à travers la ville de Seyde, et cette ligne conduira à peu près à un petit vallon qui est formé par le Mont Saint-Elie à gauche et par d’autres montagnes à droite, à demilieue de Seyde. Ce vallon, à l’exception de quelques lambeaux de terre, qui se trouvent enclavés les uns dans les autres, sépare le pays des Mutualis et le pays des Druses. Les jardins des uns et des autres touchent les maisons de Seyde. Les Druses s'étendent sur la côte jusqu'à Tripoli sur dix à quinze lieues de profondeur. Leur port de mer est la ville de Baruth. Le pays des Mutualis est borné par le cap Blanc, ce qui peut faire environ neuf lieues de côtes, sur environ la même profondeur dans les terres. Le port et la ville de Sour, qui est l’ancienne ville de Tyr, leur appartiennent.

Au cap Blanc commence le pays de Safed. On comprend sous ce nom tout ce qui est de la dépendance du Cheikh Daher, qui s’est rendu absolu dans la ville d’Acre, anciennement Ptolémaïde, dont il n’avait que le gouvernement, Il a joint, il n’y a pas longtemps, le port et la ville de Caïffe à ses usurpations, Il s'était même étendu jusqu’à Jaffe et Gaze, Mais ces deux villes se sont soustraites à sa domination, depuis qu’Ali Bey, obligé de fuir de l'Égypte et abandonné de la plupart de ses partisans, n’a pu continuer à Daher les secours qui l’avaient aidé à s’en mettre en possession. La ville de Tibériade lui appartient. Le lac de même nom, la ville de Naplouse (Sichem), qu'il a assiégée en vain il y a quelques jours, et du désert sont ses bornes.

La religion des Druses est inconnue. Le peuple n’en a, pour ainsi dire, aucune; on ne voit pas que le Druse propre rende aucun culte à l’Etre suprême. On assure même qu'il a des idoles, dont ses prêtres ont la garde, et qu’il ne lui est pas plus permis de les voir que de les adorer. Ceux qui, parmi eux, portent le nom de spirituels sont les seuls qui peuvent aspirer à être initiés dans les mystères de la religion, car tous n’y parviennent pas.

Il y a, dans leur pays, des Chrétiens romains, Grecs, Maronites, qui sont Druses comme les. premiers, mais qui n’en portent pas le nom. On ne les distingue que par le nom de chrétiens et par leur culte.

Les uns et les autres sont soumis, depuis un temps immémorial, à un prince qui porte le nom ou titre de Grand Emir, tandis que le simple titre d’'Emir est celui de tous les princes de sa maison,

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