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LERARY Mr NCIS UMIVERENTY OF ILUNOS
locales, décidaient de leurs associations, de leurs brouïilles et de leurs réconciliations. Elles font enfin connaître les débuts, dans les conflits intérieurs de la Syrie, de l’homme qui devait, à partir de 1775, se rendre progressivement le maître de presque tout ce pays : Ahmed Djezzar Pacha,
l'adversaire heureux de Bonaparte,
Seyde, le 4 juillet 1773.
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«Les barbaries commises à Baruth par Djezzar Bey, à qui le Grand Enir en avait confié la garde, et le refus qu'il a fait ensuite de rendre cette place ont rapproché les Druses du Cheikh Daher et des Mutualis, qui ont pris enfin le parti de terminer leurs anciens démêlés par un accommodement. Le résultat de cette démarche est la résolution de se réunir pour chasser Djezzar Bey de Baruth. Quelque faible que soit la place, les confédérés seraient cependant venus difficilement à bout de la réduire, s’ils n’avaient trouvé un secours plus puissant que leurs propres forces dans les corsaires russes, qui infestent ces mers depuis quelque temps, et surtout dans un armement plus respectable, destiné par la Russie à secourir Ali Bey !, avant qu’on eût appris la nouvelle de sa retraite et de sa mort. Cet armement consiste en onze bâtiments, parmi lesquels il y a deux frégates, l’une de quarante canons et l’autre de vingt-quatre. Tout le reste n’est que petits bâtiments de dix à seize canons et diverses felouques à rames. Mais il y a douze cents hommes de débarquement, la plupart Russes et bien disciplinés, beaucoup d'officiers d'artillerie, des canons, des mortiers, des bombes et tout ce qu’il faut enfin pour rendre ce corps respectable. Tout cela est sous le commandement d’un officier russe qui a servi longtemps en Angleterre et dont le nom est, si on ne l’a pas altéré, Mikaël Lakiskoff. Il vient de jeter l’ancre dans cette rade dans ce même moment, avec ses deux irégates et huit bâtiments. Il y en avait déjà huit autres, y compris les felouques ou galiotes attachées à chaque vaisseau, dont trois de seize à vingt-quatre canons commandés par les sieurs Giovanni Vainovitch et Marco Vainovitch, sans compter un chébek et deux galiotes, qui sont détachés depuis trois jours de cette division pour aller bloquer, conjointement avec les bâtiments du Cheikh, le port de Baruth. La ville est déjà investie par terre par vingt mille Druses qui, ne sentant pas leur propre force, attendent, pour agir l’arrivée de tous ces vaisseaux, dans lesquels ils mettent toute leur espérance, »
Seyde, le ? septembre 1773.
« Les Russes-Grecs dont j'ai eu l’honneur de vous parler (et, pour dire la vérité, assez peu exactement) partirent d'ici le 6 juillet et furent le même jour à Baruth. Les troupes de débarquement se réduisaient à mille hommes tout au plus et il n’y avait en tout qu’une vingtaine de Russes avec celui qui a le titre de commandant. Je dis le titre, car ce titre, parmi des troupes aussi indisciplinées, ne suppose pas un vrai commandement. Toute leur inquiétude était que les avenues de Baruth fussent assez exactement gardées par les Druses pour que Djezzar Bey ne s’évadât pas avec ses richesses. C’est leur expression. Ils prenaient d’ailleurs sur eux le soin de réduire la ville et même celui de la saccager. Mais les Druses ne voulaient point détruire leur ville et cette opposition de sentiments, quand les Russes-Grecs furent arrivés, exigea une négociation. Elle traîna longtemps. Ils ne furent d’accord que vers la fin du mois... Les Emirs s’engagèrent à donner 600 bourses aux Russes-Grecs
pinément, sans doute victime de son gendre, Moharamed-Abou-
1. Ali Bey d'Egypte, ce Mameluk qui, s'étant rendu à peu. Dahab, qui l’avait trahi et lui succéda.
près indépendant au Caire, était venu attaquer les Turcs en Syrie, comme allié du Cheikh Daher, et venait de mourir ino-
et à leur remettre un des leurs en otage, pour sûreté de l’engagement. Les Russes-Grecs, de leur côté, assurèrent qu’ils prendraient Baruth et que ni eux, ni leurs soldats ne toucheraient à rien de ce qui pourrait être dans la ville, Il dut cependant y avoir quelque restriction mentale dans ce traité de la part des Russes-Grecs, puisque, sans en faire part aux Emirs, ils arrêtèrent divers bâtiments pour y charger le butin dont ils croyaient s'enrichir. Ils dirent aux capitaines qu’ils voulaient employer que, l’attaque une fois commencée, deux heures leur suffiraient pour tout terminer. Tant de confiance ne peut se prouver qu'avec un grand courage. Ils attaquèrent Baruth le 2? du mois dernier. C'était un bruit et un feu épouvantables. Seyde, où l’écho portait chaque coup de canon, en tremblaït. Mais quel fut leur étonnement, lorsqu’après avoir tiré dans l’espace d’un jour plus de 4.000 coups de canon, ils virent que Baruth existait encore et ne parlait pas de se rendre! C'était un mécompte dont ils ne pouvaient revenir. Ils prirent le parti de descendre à terre leurs plus gros canons et de dresser trois batteries pour exterminer tout d’un coup par plusieurs endroits à la fois cette malheureuse ville. Un frère du sieur Marco Vainovitch eut le malheur d’être tué en disposant la première. Mais la brèche n’en fut pas moins faite malgré cet accident. Alors les Russes-Grecs dirent aux Druses que la ville était à eux, qu'ils n'avaient qu’à monter et la prendre. Il y eut, dans ce moment, un combat de générosité entre les premiers et les seconds pour se céder mutuellement cet honneur — et ils furent, des deux côtés, si opiniâtres dans leur honnêteté que les Druses s’en furent et que les Russes-Grecs, embarquant leurs canons, se retirèrent dans leurs vaisseaux. Tous depuis ont été tranquilles. Les Russes ont envoyé Marco Vainovitch vers Daher pour faire à Acre une consultation. Il croyait n’y entrer que deux heures et on l'y a amusé douze jours: il est retourné à Baruth très mécontent. Mais enfin Giovanni Vainovitch, plus grand et plus habile homme que lui, vient d’y être comme ambassadeur. On ne saurait répondre du succès de cette seconde négociation. Tout cela
et quelques autres mouvements qui se font de divers côtés ne nous annoncent pas encore la fin des,
troubles, La Syrie au contraire paraît menacée de nouvelles calamités et de plus grands malheurs que ceux qu’elle a éprouvés. » |
Seyde, le 7 décembre 1773. .
epuis le 10 octobre. Ils y ont mis 300 Albanais ! jusqu’au parfait paiement des 600 bourses qui leur avaient été promises pour prix de leurs services. Ils en ont déjà reçu 450 avec des peines infinies, quoiqu'ils aient tout pris, argent, colliers, agrafes, bracelets, marchandises, et ils ont été enfin obligés de se contenter pour le présent de 500 bourses et de donner un petit terme de deux mois pour les 100 bourses restantes, La garnison maugrabine ? de Baruth, ayant Djezzar à sa tête, avait eu liberté de sortir avec armes et bagages; elle avait épuisé la ville pendant le siège même par les extorsions les plus criantes et des brigandages sans exemple. Le Grand Emir, réduit aux dernières extrémités, s'est adressé à ses alliés et à ses amis pour être secouru dans une aussi triste circonstance. Le Cheikh Daher lui a donné des conseils. Il s’est adressé à moi pour un emprunt de 15.000 piastres; je lui ai répondu par un refus. On ne sait pas encore quand les Russes partiront. Mais le pays est tranquille depuis Jaffa jusqu’à Baruth et les peuples
comptent tellement sur cette apparence de calme, qu'ils vont en foule repeupler Seyde, comme s'ils devaient y être à l'abri de tous les orages.
« Baruth est entre les mains des Russes-Grecs d
« Djezzar, en sortant de Baruth, s'était donné à Dabher, qui lui avait conservé le commandement |
1. Les Russes, pour combattre sur leurs armements réguliers Maghreb (Tunisie, Algérie, Maroc) qu'on appelait tantôt Mauou leurs corsaires en Méditerranée, avaient enrôlé les Albanais. grabins, tantôt Barbaresques, en dérivant leur nom, soit de 2. Djezzar était alors le chef d’une bande de guerriers du Maghreb, soit de Barbarie. A
de ses Maugrabins et l’avait même chargé d’une expédition du côté d'Hébron et de Gaza. Là, il s’était joint au Cheikh Haïm, avec lequel il avait été faire le siège de Bethléem, Un Pacha, gouverneur de Jérusalem, est accouru au secours de la ville, Mais il n’y a eu qu’un commencement d’action; car, après les premiers coups de fusil, Djezzar et ses troupes se sont jetés du côté du Pacha et, désertant le parti du Cheikh Daher, ont pris la route de Jérusalem, où la défiance a empêché que Djezzar ne fût reçu qu'avec quelques officiers, en pelit nombre, sans qu'il ait jamais pu obtenir un asile pour sa troupe. Enfin dans ce moment il court un bruit qu’Ali-Daher ! est venu à bout d'arrêter Djezzar et qu'il lui a fait trancher la tête sur-le-champ. Cette nouvelle a été portée par des officiers russesgrecs qui arrivent d’Acre : et c'est une raison sans doute pour devoir en attendre la confirmation. On avait dit hier que Djezzar était heureusement arrivé à Damas ».
Un soulèvement des Chérifs à Alep (1770).
Si tous les Musulmans qui se qualifient de Chérifs et se couvrent le chef d’un turban vert étaient d’authentiques descendants de Mahomet, leur nombre à Alep aurait fait honneur à la descendance du Prophète. Nous avons mentionné, au cours de notre récit, le soulèvement des Chérifs d'Alep contre l'administration de cette ville en 1770. Le Consul de France, Petro de Perdriau, en a rendu compte au duc de Praslin, secrétaire d’État de la Marine, et à la Chambre du Commerce de Marseille, dans deux lettres dont nous extrayons les passages suivants :
Alep, le 17 août 1770,
«… Notre Échelle, Monseigneur ?, court les plus grands risques par la révolte des Chérits, qui, dit-on, forment un corps d'environ 50.000 hommes, et leur insubordination aux ordres du gouvernement. Le vendredi 10 du courant, la plus vile populace de ce corps se transporta avec fureur au Sérail, où se trouvaient assemblés les grands. Ils demandèrent avec de grands cris au Musselem qu'il eût à leur délivrer l’étendard de Mahomet (il est depuis 35 ans renfermé dans le château). Pour autoriser leur demande, ils s'étaient munis d’un hodget du Cadi, lequel, nouvellement arrivé, n’aurait pu, sans danger de ses jours, le leur refuser. Le Musselem, avec juste raison craignant pour les siens, s’est trouvé contraint de mettre au bas de cette pièce son bouyourdi, pour autoriser le gouverneur du château à livrer ce pavillon. Vraisemblablement lui ayant fait dire en secret de n’y avoir aucun égard, ce gouverneur le refusa. Cette troupe audacieuse retourna au Sérail pour y assassiner le Musselem. Il eut le bonheur de se soustraire à leur rage et, par voie des terrasses qui se communiquent de maison en maison, il se rendit dans celle de l’un de nos négociants. Ce lieu de retraite ne pouvant que nous occasionner une action de violence de la part de ces mutins, je fis dire au Musselem qu’il n’était point en sûreté dans cette maison, qu’il était de sa prudence de se réfugier dans le Khan de la douane, nos terrasses le joignant. Il s’y rendit par ce chemin; le soir, le tumulte se trouvant apaisé, il retourna alors sa maison, Le 11, de grand matin, il sortit de la ville et, ainsi que les grands, s’en éloigna de trois lieues. De cet endroit, s’étant consultés, ils firent savoir aux Chérifs que, le 13, on leur remettrait l’étendard de Mahomet. Effectivement, ceux-ci le reçurent ce même jour au Kendi, prière qui se fait à quatre heures de l’après-midi. Alors quelques-uns des principaux Chérifs
1, Un des fils du Cheikh Daher. 2. Le duc de Praglin, ministre de la Marine.
se transportèrent à la campagne où se trouvait le Musselem, pour lengager à rentrer en ville. Celui-ci en ayant fait refus, et même s'étant plus éloigné, et faisant publier qu'il voulait se rendre à Antioche, ils firent, le 14, une seconde députation. IT est à présumer qu’elle lui a donné les sûretés qu’il pouvait désirer, étant rentré en ville le 15, suivi d’un grand nombre de ces Chérifs. Les grands n’ont point encore pris ce parti.
« I] me paraît que le principe de cette émeute populaire vient du pain, que l’on voulait renchérir, augmentation qui naturellement prend sa cause de l’achat que les grands ont fait des blés destinés à la subsistance du peuple, pour les resserrer en magasin et les vendre au prix qu'ils voudraient,
« Pendant tout ce tumulte, où toutes les boutiques du bazar ont été fermées (elles ne se sont rouvertes que le 14) et nous renfermés, il n’y a eu aucun sang répandu. Mais plusieurs Chérifs ont dit hautement qu'ils prétendaient que les Européens ne montassent plus à cheval, ni même sur des ânes; que le premier qu’ils y rencontreraient aurait lieu de s’en repentir; que, de plus, ils ne voulaient pas qu’aucuns Français, ni Chrétiens sortissent de leurs maisons après l’oraison du soleil couché, S'il en est ainsi, je vous laisse à juger, Monseigneur, du triste état où nous nous trouvons, les Tures se persuadant que nous avons tous été massacrés à Smyrne 1,
« Pour convaincre Votre Grandeur de notre attention à éviter toutes les occasions qui pourraient nous compromettre, nous nous sommes dispensés, le jour de l’Assomption, de nous rendre en corps et en cérémonie, ainsi que le porte l’ordonnance de M. Bigot de Gâstines, à l’église de Terre-Sainte en conformité du vœu de Louis XIII, et nous nous proposons d’agir ainsi le jour de la Saint-Louis, à moins que les circonstances ne nous permettent de faire cette fonction suivant l'usage, »
Alep, le 29 novembre 1770.
«… Abdurrahman, Pacha du Beylam, ayant été nommé, Messieurs ?, pour commander notre Échelle en qualité de Kaimakam, sans pompe ni cérémonie y est entré le 5 de ce mois à quatre heures du matin, avec un corps de troupes d'environ 900 hommes. Il s’est trouvé contraint de rester neuf jours au Khantoman : pendant ce temps, les Chérifs s'étaient opposés à sa réception. La division s’étant mise entre eux, le parti dominant a consenti de l’admettre.
« Le résultat d’une assemblée des plus mutines, tenue la nuit du 4 au 5, a été de rester armés. Le 6, entre quatre et cinq heures du soir, les Chérifs sont venus assaillir le sérail, Le Pacha s'y trouvant enfermé avec son monde, il s’y est tiré plus de 2.000 coups d’armes à feu. Ces révoltés, rentrés chez eux la nuit, sont revenus le 7. Mais cette seconde attaque ne leur ayant pas mieux réussi que la première, ils n’ont pas jugé devoir en tenter une autre. J’ignore le nombre des blessés de part et d'autre.
«Le Nahib des Chérifs, arrêté furtivement de nuit et trouvé avoir des armes sous ses habits, a été conduit au château; il y est aux fers. L’étendard de Mahomet, qui en avait été enlevé de force ct déposé chez lui depuis le 10 août, y a été remis. Les plus forcenés, pris les armes à la main, suppliciés par le pal et la corde, les plus riches punis par la bourse, des règlements de police faits avec justice nous rendent notre première tranquillité. Le commerce reprend avec vigueur et nous sortons sans aucun risque,
« Le 13 nos drogmans furent faire à ce Kaimakam nos compliments de félicitation. Ils en furent accueillis avec affabilité et il nous fit assurer qu'il n’avait d'autre désir que celui de nous obliger. Il nous a octroyé des bayraks pour conduire notre caravane jusqu’à Antioche, a donné ordre au
1. Le bruit avait couru à Alep d’un massacre des Français à 2. Les membres de la Chambre de Commerce de Marseille,
Smyrne, ce qu’avait démenti une lettre de l'ambassadeur de France à Constantinople, Saint-Priest.
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comm andant de cette ville, qui est de son département, de la faire escorter jusqu’à Alexandiette ainsi que celle qui partira de ce port pour ici. Nous ne pouvons que nous estimer heureux d’avoir un Pacha pour commandant, m'ayant été assuré que, si nous en eussions été privés un peu plus longtemps, les Chérifs se proposaient de mettre à contribution toutes les maisons des Francs, en faisant payer 1.000 piastres à chacune d'elles, Quel qu’en pât être l’objet, il ne pouvait que nous
devenir des plus onéreux. »
On appréciera mieux la chance que Consul et négociants français avaient eue de s’en tirer sans vexation ni dommage, quand on connaîtra l’incident que les Chérifs avaient suscité au Consu d'Angleterre, dix mois avant leur soulèvement d’août 1770. Cheminant à travers les rues d’Alep suivi de sés janissaires et de ses domestiques, ce Consul, un jour, rencontre une charge de bois de charpente, conduite par un chérif. Refusant de se ranger, il bouscule ou frappe le chérif, qui appelle et ameute ses congénères, en sorte que le Consul a toutes les peines du monde à pouvoir se retirer chez lui, Sur ce, le Cadi cite le Consul à comparaître devant son tribunal, en violation des Capitulations anglo-turques. Le Consul ayant eu la faiblesse de se rendre à cette citation irrégulière, il s’en faut de peu qu’il ne soit assassiné, Le Khan et les magasins anglais sont fermés. Le Cadi fait tenir le Consul à sa disposition jusqu’à ce que des ordres aient eu le temps de lui parvenir de Constantinople. Enfin, les démarches et sollicitations de l'Ambassadeur d'Angleterre, ainsi que des présents évalués à 3.000 piastres, tirent le Consul de ce pas épineux. Son collègue français, Petro de Perdriau, qui rend compte de cet incident le 23 octobre 1769 et se félicite égoïstement de ce que l’agent britannique dans l’embarras n’ait pas fait appel à lui, signale ce cas comme un exemple des inconvénients auxquels l’absence d’un Pacha expose les nations franques, c’est-à-dire européennes, à Alep, où la faiblesse du Musselem permet, dit-il, « au corps des Chérifs de s’y attribuer une autorité des plus insolentes ».
Leur susceptibilité rendait dangereuse pour la nation française toute inconséquence d’un ou de plusieurs de ses membres, Ainsi, en 1770, quelques négociants français d’Alep ayant été passé la journée aux environs de la ville, à Babalah, la fantaisie leur prit de sonner la diane, la retraite, et de faire parler la poudre. Querelle leur fut cherchée, sous prétexte qu’ils avaient pu vouloir manifester ainsi leur joie des défaites que la Turquie essuyait alors de la part des Russes, et leur Consul eut du mal à préserver l’Échelle d’une avanie,
Une émeute des janissaires et de la populace à Tripoli de Syrie en 1731.
Il y avait à Tripoli de Syrie, comme en plusieurs autres Échelles, un corps de milice locale ou janissaires, qui contrebalançait l’autorité du Pacha et l’exposait au désagrément d’émeutes, auxquelles la populace avait tôt fait de se joindre, pour pêcher en eau trouble, En 1730 s’était déjà produite une de ces insurrections, au cours de laquelle le Gouverneur, Tbrahim Pacha, avait été fait prisonnier et enfermé au château. La Sublime Porte l’avait ensuite déposé et remplacé par Osman Pacha, contre qui éclata, le 4 avril 1731, une nouvelle émeute, dont nous avons fait mention dans notre récit, Le Consul de France à Tripoli en adressa, le 12 avril, au ministre de la Marine et à la Chambre du commerce de Marseille, une relation d’où nous extrayons les passages suivants.
« Depuis les troubles qui s’élevèrent dans cette ville et sous lesquels succomba Ibrahim Pacha, alors Gouverneur de cette province, il était toujours resté, dans les esprits et dans les cœurs des
principaux moteurs de la révolte, un certains levain de sédition... Osman Pacha, destiné à succéder à celui qu’on venait d’enfermer prisonnier au château, connaissant les dispositions de cette populace fière et turbulente, vint prendre possession de son gouvernement avec toutes les précautions convenables au pays où il venait commander, menant avec lui un train superbe et magnifique, escorté par un corps considérable de troupes. Après son entrée, il parut vouloir éviter toute sorte de brouillerie avec les habitants et la milice de cette ville. Pour cela, il réitéra plusieurs fois les défenses les plus expresses à tous ses gens, et sous peine même de la vie, de n’avoir aucun démêlé avec personne. Les choses demeurèrent ainsi tranquilles, lors même qu’il prit possession de son gouvernement, temps auquel les puissances croyaient qu'il ferait quelque coup d’état contre les chefs de la précédente révolte. Il ne se passa rien cependant et les choses étaient toujours sur le même pied, les janissaires et le reste de la jeunesse se tenant sur leurs gardes, les politiques du pays disant que le Pacha méditait un coup violent contre certaines premières têtes et les chefs des troupes de la ville, qu’il attendait après les fêtes du Ramadan pour exécuter son projet. Enfin, lorsqu'on s’y attendait le moins, une bagatelle donna occasion à un éclat formel, qui attira un grand désordre. Un paysan venant de la campagne, roulant les rues pour vendre une charge de bois, entra en marché avec une espèce de soldat de la ville, Dans ce moment, un homme de la maison du Pacha se présenta pour acheter le même bois, La dispute commença entre les deux acheteurs; un soufflet, suivi de quelques coups de poing de part et d'autre, alluma une grande querelle; ils en vinrent aux armes, il y eut quelques coups de sabre et de couteau. Il n’en fallut pas davantage pour attirer du secours à l’un et l’autre combattant. On commença de part et d'autre à s’attrouper, surtout les gens du Pacha, qui, étant tous ramassés dans leur konak, furent plus tôt rendus aux postes convenables. D'abord ils firent feu sur quelques janissaires du pays et en tuèrent deux ou trois, puis
se saisirent en diligence de plusieurs avenues des rues, où ils se portèrent en corps, leurs officiers à
leur tête. Pour obtenir du Pacha un ordre exprès de tirer et de faire main basse sur les janissaires et les gens de la ville, ils portèrent devant lui deux ou trois corps des premiers tués, disant que c'était ‘leurs camarades qu’on avait ainsi massacrés, qu’ils voulaient vengeance pour l'honneur de leur maitre. Là-dessus, il leur donna ordre de faire feu, Ce qu'ayant exécuté, depuis l'après-midi jusque
vers les cinq heures du soir, ils tiraient sur tout ce qui se présentait le long des rues. Ils tuèrent ce
jour-là, qui était le 5e d'Avril, sept à huit hommes et en blessèrent environ autant, Personne n’osait plus paraître devant eux ..»
Le Pacha trouve alors le moyen d'attirer les janissaires de la ville au château, sous prétexte de recevoir leur paye, et les y enferme, en faisant garder les portes par des soldats à lui.
« Cela n’empêcha que les chefs et presque tous les autres janissaires ainsi enfermés, apprenant ia mort de quelques-uns de leurs camarades, ne se révoltassent et ne trouvassent des moyens de se faire descendre par des cordes à la faveur des ténèbres. Le lendemain, ayant ramassé leurs gens, ils recommencèrent le combat, qui fut tout aux dépens des troupes du Pacha. Ceux de la ville attaquèrent celles-ci vigoureusement, les chassèrent de tous leurs postes, les rencoignèrent jusques au
quartier du Sérail où habite le Pacha, et les tinrent là bouclées le reste du jour. Cependant d’autres.
d’entre eux attaquèrent les Konaks, logements ordinaires des soldats du Pacha, où il en était resté quelques-uns de garde. On tua ce qui ne put se sauver, on pilla, la fureur même alla jusqu'à couper par quartiers les mourants et les jeter à la rivière. Le carnage dura tout ce jour-là. Sur le soir, le Pacha demanda quartier, y ayant eu environ 25 à 30 hommes de tués et presque autant de blessés à mort... 6 ou 7 soldats de la ville tués. Le samedi septième du mois, il n’y eut personne de tué ni de blessé, les gens du Pacha se tenant renfermés dans le Sérail. On tira quelques coups de fusil, de mosquées voisines, sur ceux de la ville, Ces derniers roulaient cependant de tous côtés, bien armés. Vers Le midi, il se présenta à la porte d'Alep quelques troupes pour entrer, ce qui jeta de nouveau
l’alarme dans la ville : c'était trois ou quatre bannières des gens du Pacha, qu'il avait envoyé prendre à une journée d'ici, pour avoir du secours au besoin, On les empêcha d’entrer et, de part et d'autre, on composa. La conclusion fut que le Pacha déposerait son lieutenant ou kiaya, qui est son propre frère, et quelques autres de ses officiers, qu’il ferait sortir de la ville ses troupes et que, s’il en avait besoin pour sa garde ou autre service, les soldatscomposant la milice de cette villeétaient prêts à marcheret à lui obéir au premier ordre. Le Pacha en est venu jusqu’à revêtir de belles hardes et de vestes les principaux chefs de la sédition, qui, dans cet équipage, escortés de 50 à 60 janissaires de leurs camarades les plus aguerris, ont été rendre visite à plusieurs grands de la ville et au consul anglais, et fort librement arracher d’eux des présents en draps, argent ou vestes. »
Les chefs de cette mutinerie se présentèrent aussi chez les négociants français, comme nous l'avons relaté dans notre récit, et le consul de France fit délibérer par l’assemblée de la nation de leur faire cadeau de 60 piastres de drap.
La Sublime Porte, à la suite de cette émeute, déposa Osman Pacha et le remplaça par Soliman Pacha, sous lequel Tripoli de Syrie recouvra la tranquillité,
ÉCHELLÉS DE SYRIE 28
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