‹ Les échelles de Syrie et de PalestineChapitre 120 sur 135 · EXTRAITS DE CORRESPONDANCES CONSULAIRES RELATIVES À DIVERS ÉVÉNEMENTS · texte numérisé non relu

EXTRAITS DE CORRESPONDANCES CONSULAIRES RELATIVES À DIVERS ÉVÉNEMENTS

À Le tremblement de terre de Seyde en 1799.

Seyde, l’ancienne Sidon, l’actuelle Saïda, fut pour les Français, pendant le xvirre siècle, la principale « Échelle » de la Syrie centrale et méridionale, Alep étant la principale de la Syrie septentrionale. Nous avons dit quelle importance économique la petite ville, qui était alors le siège d’un Pachalik turc, devait au commerce des cotons, dont elle était le marché le mieux fourni, dont l’exportation donnait de l’activité à son port et dont le trafic était à peu près exclusivement entre les mains de négociants français, représentant des maisons de commerce de Marseille,

Un tremblement de terre (dont la mention n’a pas trouvé sa place dans notre récit) ayant causé de graves dommages à Seyde en 1759, le Consul de France en rendit compte à la Chambre du Commerce de Marseille dans les termes suivants, dont l’évidente exagération montre du moins la forte

impression que les secousses sismiques et leurs conséquences avaient produite sur l’esprit de ce brave fonctionnaire.

Des jardins de Seyde, le 28 décembre 1759.

Messieurs,

« Depuis le 30 octobre, qu’une furieuse secousse à trois heures trois quarts du matin nous fit craindre un sort pareil à celui de Lisbonne, nous n’avons cessé jour et nuit de ressentir jusqu’à ce jour des tremblements de terre continuels. Il y en eut un le 25 novembre, qui a été plus fort et plus long encore que le premier. Les deux secousses ont ruiné la ville de Seyde, de façon que je doute qu’elle s’en puisse relever, vu la misère du pays et le Gouvernement peu disposé à la diminuer. Il n’y a point de maison qui n’ait été écroulée en tout ou en partie. Le Khan a été extrêmement maltraité, surtout du côté du couchant et du midi;il est inhabitable dans cette partie et dans beaucoup d’autres. Ma maison est dans le même état; tous les appartements ont été endommagés, Il a fallu en démolir plusieurs; quelques-uns ont été abîmés, Nous avons tous abandonné la ville dès le 30 octobre pour nous réfugier à la campagne, sous des tentes que le Pacha m'avait fait prêter. Nous y avons passé quarante-huit jours et, ayant été obligés de rendre les tentes au Pacha, ce que nous avons fait avec une reconnaissance d'environ deux cents piastres, nous nous sommes fait construire des cabanes, qui nous coûtent incroyablement et sous lesquelles il nous faudra hiverner, quoiqu’avec beaucoup d’incommodité pour le lieu et pour la saison et beaucoup de risqué du côté de la peste, qui vient de se manifester à Acre et dans son voisinage, et qui infailliblement sera bientôt ici.

« J'ai déjà eu l’honneur de vous marquer que les tremblements de terre continuent toujours. Nous n’en avons pas encore été exempts pendant vingt-quatre heures et aujourd’hui encore nous en avons ressenti des secousses. Ces tremblements sont généraux par toute la Syrie. Vous saurez des autres Échelles ce qui est arrivé. Je me borneraï à vous dire que, dans ce département, qui paraît avoir été la partie la plus souffrante, Acre a été à peu près comme Seyde, mais un peu moins mal. . Baruth (Beyrouth), Rames, Jérusalem et Jaffe l'ont ressenti, mais avec moins de dommage. Safed

et Napoulouse ont été entièrement ruinées et renversées, Damas l’est aux trois quarts et le fameux Balbek est entièrement détruit. Plusieurs villages ont été abîmés dans les montagnes. Il s’est fait des ouvertures considérables à la terre du côté de Balbek et l’on dit que ces abîmes durent plus de vingt lieues. Enfin l’on suppose qu’il a péri jusqu’à ce jour plus de trente mille personnes dans la Syrie.

« Grâces à Dieu, personne des nôtres n’a pris mal. Mais nous avons tous eu une belle peur. Heureux encore de pouvoir l'avoir! Nous croyions que la sécheresse de la terre contribuait à ces ébranlements; nous soupirions après la pluie. Il en fait de très abondantes, avec des orages continuels, depuis quatre jours, sans que la terre en soit plus stable; et nous n’en sommes que plus en désordre : toutes nos cabanes sont inondées; une seule, grande de la longueur d’une planche en carré, l’est un peu moins et fait tout l’abri que j’ai pour moi, ma femme, quatre enfants dont un à la mamelle, et pour mes domestiques. On ne peut voir de situation plus fâcheuse. »

B Le siège de Baruth (Beyrouth) en 1773,

Nous avons dit ce qu'était Baruth, au xvirie siècle : une charmante petite ville, d’une certaine prospérité, surtout paisible, ce qui la distinguait du reste de la Syrie, troublée à partir de 1770 et agitée depuis une date qu’on peut faire remonter à dix ans plus tôt. Les Maronites, que l’on considérait alors comme une fraction chrétienne de la nation des Druses, distincte du gros de cette nation par la religion seulement, formaient le fond de la population de Baruth, qui appartenait au Grand

Emir des Druses, vassal du sultan de Constantinople. L’Emir avait confié le commandement de

Baruth à Ahmed Djezzar Bey, qui était appelé à une grande fortune, puisque, devenu Pacha de Saint-Jean d’Acre, il devait en 1799 défendre victorieusement cette ville contre Bonaparte. Ahmed Djezzar refusant de restituer Baruth à l’Emir, qui voulait lui en retirer le commandement et y rentrer, l’Emir décida de la lui reprendre par la force et de l’en chasser. I] conclut alliance à cet eftet avec le Cheikh Daher, avec la peuplade des Mutualis, qui combattaient dans le camp de Daher, enfin avec des forbans grecs et dalmates, entrés au service de la Russie, qui fut en guerre avec la Turquie de 1768 à 1774,

Il n’y avait pas de « nation » française à Baruth, qui n’était pas une « Échelle » et ne donnait asile que par intermittence à un facteur de l’Échelle de Seyde.

Le chevalier de Taulez, consul de France à Seyde, fit donc part à la Chambre du Commerce de Marseille du siège et de la prise de Baruth, pour le compte de l’Emir des Druses, par un armement de rayahs au service russe, assistés de tribus druses et soutenus par le Cheikh Daher et les Mutualis Nous citons ici des extraits de trois lettres de lui. Elles rapportent certains épisodes pittoresques des opérations conduites par ces confédérés contre la petite ville, défendue par Ahmed Djezzar. Elles montrent les mobiles, d'ordre très terre à terre, qui animaient les partis aux prises dans ces luttes

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