Juin
cendant de Nadir, et sur un certain Azat-Khan, défini- 2. Octobre 1735.
tivement battu à la fin de 1759. Elles insistent sur 3. 15 mars 1747, l'anarchie de la Perse pendant le temps de ces luttes. 4. 14 janvier 1751, « Tout est dans la plus grande combustion en Perse » 5. Les correspondances consulaires signalent les vic- (17 mai 4754).
toires de Kerim-Khan depuis 1752 sur Ali-Khan, des-
L'HINTERLAND D’ALEP. LA ROUTE DE L'INDE pi:
bruits qui se répandirent de sa mort ranimèrent-1ils plusieurs fois les troubles après 17601.
Ces guerres ou ces révolutions permanentes, l’interruption du trafic d’Alep avec la Perse, les brigandages des Kurdes désormais sûrs de l’impunité, l’oppression financière et la tyrannie des Pachas, la disette, l’épidémie presque continuelle, avaient transformé en quelques années la situation d'Alep. « Notre commerce est extrêmement tombé ici, écrit le Consul? en 1758, et nos négociants n’ont pas vendu depuis six mois pour 10.000 piastres de marchandises. La famine, qui règne tant ici qu’à Bagdad, Mossoul, Diarbekir et sur les côtes de la Syrie et de la Palestine, esten partie cause de cette stérilité de commerce. Les rues de cette ville sont jonchées de pauvres, dont il meurt de treize à vingt tous les jours de faim èt de froid. Si on ajoute à cela les vexations énormes dont les grands ne cessent de fouler inhumainement le peuple, on n’aura pas de peine à se former l’idée la plus affreuse des maux dont une ville puisse être accablée. Aussi nombre de riches marchands l’ont-ils désertée pour se retirer en Egypte et autres pays. Il est à craindre que la peste, qui est une suite naturelle de la famine, ne mette le comble à tout cela. » Qui reconnaîtrait dans cette description la cité renommée pour la richesse de son commerce, l’aisance et la douceur de ses habitants, la beauté de ses rues propres et bien entretenues, de ses maisons, de son bazar couvert, l’Echelle préférée des Européens pour tous ces avantages?
Cette transformation s'était opérée sous l’influence d’événements locaux qui avaient bouleversé ce que nous appellerions aujourd’hui « l’hinterland » d’Alep. Mais lorsqu'il s’agit d'Alep, ce mot d’hinterland doit être entendu dans un sens aussi vaste que le sont les régions dont cette ville est le débouché. On est surpris de voir que, pendant la guerre de sept ans, la nouvelle de batailles livrées aux Indes parvenait souvent à Versailles par les lettres de notre Consul d'Alep. Après le traité de Paris, il continue à transmettre à la Chambre et à la Cour les nouvelles qu'il recoit, via Bassora, des guerres de l’Angleterre contre Haïder-Ali et Tippo-Sahib.
Ce fait semble n’avoir pas été étranger à un projet que le duc de Praslin s’efforça de mettre à exécution. Quand la fin des guerres de la Turquie contre la Perse eut rouvert au commerce la route de Bagdad et de Bassora, il songea à diriger les marchandises de l’Inde vers ce port, où des caravanes viendraient les prendre pour les transporter à Alep et de là en France. Nous avions été contraints de céder l’Inde aux Anglais : notre compagnie des Indes ne pouvait soutenir la concurrence maritime, par le cap de Bonne-Espérance, avec la compagnie anglaise, maîtresse de tout le pays, puissante, vigoureusement aidée par le gouvernement. Mais que nous eussions un moyen de détourner le commerce de l’Inde vers la Méditerranée, et nous
1. En 1764 et 1765 le Consul: mande à la Chambre arméniens partis de Bassora pour Ispahan ont dû rétroque le bruit a couru de la mort de Kerim Khan, mais grader, tous les chemins étant interceptés (Janvier 1764, qu’il est seulement vieux et sans enfant, ce qui suffit février à juin 1765). pour ranimer les troubles en Perse, Des marchands 2. 3 mars 1758.
pouvions ressaisir l'avantage. Le Duc de Praslin revenait au projet de Louis XIV et de. Colbert : mais, au lieu de chercher à obtenir le droit de transit par l’isthme de Suez, il voulait employer la route déjà libre du golfe persique, de Bassora et d'Alep. Il sut par l’Evêque de Babylone que le Pacha « souhaïtait pour ses intérêts voir refleurir le commerce des Français à Bassora et à Bagdad? »; qu'il s'était plaint qu'on envoyât à Bagdad du drap de moins belle qualité qu’à Constantinople, alors que Bagdad était aussi une capitale et contenait une Cour riche et nombreuse; enfin que les Anglais étaient en guerre avec un Prince arabe des environs de Bassora, Soliman Chaïb, qui capturait leurs vaisseaux et tenait leur escadre en échec. Ces raisons décidèrent le duc de Praslin à s’ouvrir de son projet à la Chambre du commerce : « J’ai toujours été surpris, lui écrivit-il®, en examinant la position de l’Echelle d'Alep, qu’elle n’eût pas servi d’entrepôt pour pousser les établissements français plus loin et le débouché de nos marchandises dans les contrées d’Asie où il semble que cette Echelle est à portée de fournir de proche en proche à la consommation des habitants. Bagdad entre autres est un centre commun où l’on peut croire que des factoreries françaises protégées et accréditées auraient pu embrasser un commerce considérable, jusque dans des pays assez éloignés, ou du moins augmenter de beaucoup celui dont ces dernières provinces … de l'Empire Ottoman peuvent être susceptibles pour nous. Peut-être même Marserlle parviendrait-elle avec du travail et de la constance, et plus aisément qu’elle ne croit, à attirer dans la Méditerranée un commerce qui n’a pu y être encore déterminé et partager une partie de celui de l’Inde par la voie d'Alep et celle du port de Bassora et des caravanes... Marseille, comme tout autre port, ne peut naviguer par le cap de Bonne-Espérance, ni entreprendre des expéditions réservées au privilège exclusif de la compagnie des Indes. Mais le commerce d’Inde en Inde, étant devenu libre, offre encore plus de facilités et d’objets pour tout le trafic possible par le port de Bassora eb la voie de terre, sans que la concession de la compagnie s’y oppose. » Le Ministre ne trouva pas dans la Chambre une auxiliaire très empressée à l’exécution de ce projet, dont il faisait cependant ressortir habilement l'intérêt spécial pour Marseille. Dans le mémoire qu’elle adressa en réponse au duc de Praslin, la Chambre insista plus sur les obstacles qui s’opposeraient à l’extension de notre commerce dans l'Asie orientale, que sur les moyens de le faire pénétrer « gradativement » jusqu'aux vallées de l’Indus et du Gange. Il faut dire à sa décharge que les marchands vénitiens, établis à Bassora sous la protection de France, se plaignaient que la vente des marchandises du Bengale ne rendit pas un bénéfice suffisant pour couvrir les frais du transport “.
1. Ce projet avait aussi été conçu sous Louis XIV. Voyez la mission de Fabre et l’aventure de Marie Petit dans Une Ambassade française en Orient sous Louis XV par À. Vandal,