INSURRECTION DE DAHER ET D’'ALI BEY
contre Osman, Pacha de Damas, et envoyé son armée, sous les ordres de son gendre Mohammed-Abou-Dahab, car ce précurseur de Mehemet-Ali avait lui aussi son Ibrahim, à la conquête de la Palestine et de la Syrie.
A Saint-Jean d’Acre, dont Daher lui avait ouvert les portes, cette armée fit sa jonction avec les Mutualis et avec les soldats du Cheikh, appelés Safédiens!. Puis elle marcha sur Damas, où l’attendaient quatre Pachas avec 35.000 à 40.000 hommes: ces troupes se dispersèrent à la première attaque des gens de Daher et d’Abou-Dahab, qui entrèrent dans la ville sans éprouver de résistance. Le château seul tint trois jours, au bout, desquels il capitula. Mais le matin même du jour fixé pour la reddition, Mohammed-Abou-Dahab, contre toute attente, donna à ses troupes l’ordre üe la retraite (juin 1771). « Ce ne fut pas une retraite, dit Volney, mais une fuite, » Les Egyptiens traversèrent la Syrie et le désert plus vite que si l’ennemi les eût poursuivis l'épée dans les reins. Abou-Dahab fit une telle diligence qu’il n’arriva au Caire que trois heures après la nouvelle de sa propre retraite. Force fut à Ali-bey de faire bon accueil à un général entouré de toutes ses troupes. Mais il ne laissa pas de deviner le mobile de cette défection : réfugié aux environs de Damas, Osman avait envoyé à Abou-Dahab un émissaire secret, chargé de lui promettre le pardon et les faveurs du Sultan, s’il trahissait Daher et Ali-bey; et il les avait aussitôt trahis.
La nation française avait ressenti, dans toutes les Echelles, les effets de cette première campagne. Mais dans la plupart elle en avait été quitte pour de vives alarmes: dans un petit nombre, elle avait éprouvé des dommages effectifs. Ainsi, en apprenant qu’une armée égyptienne s’avançait vers la Palestine, les résidents français de Rames s'étaient réfugiés à Acre et à Jaffa. Quelques mois auparavant, la ville avait été assiégée par Osman-Pacha, qui avait fait payer 450 piastres aux Français la protection de leurs maisons contre le pillage de ses troupes?. Aussi nos résidents, ne se doutant pas qu'Abou-Dahab dût entrer à Rames sans coup férir, ne se souciaient-ils pas de se retrouver entre deux partis en guerre et résolurent-ils de se soustraire aux risques d’un second siège. Leur exil fut d’ailleurs de courte durée : ils réintégrèrent leur Echelle, à peine la fortune des armes se fut-elle prononcée pour Daher et ses alliés égyptiens. « Nos nationaux ont couru de grands dangers dans ces divers mouvements * », écrit saint Priest, au sujet des premières opérations de Daher et d’Abou- Dahab contre Jaffa et Rames. |
À mesure que les Egyptiens approchaient de Saint-Jean d’Acre, l'inquiétude