septembre
gagnait la nation de Seyde. Vers quel point allait se porter l’armée d’'Abou-Dahab? Ne marcherait-elle pas d’abord sur Seyde? Bientôt la concentration de troupes qui se fait autour de Damas laisse espérer quelque répit aux résidents de Seyde. Ils appellent de tous leurs vœux une action décisive, car, dit le Consul, « le commerce est ici dans une position bien cruelle; tout y est interdit depuis quelque temps 1. » Enfin on apprend que le 6 juin Damas s’est rendu. « La chute de cette capitale, écrit le Consul de Seyde, va soumettre au pouvoir d’Ali-bey toutes les côtes maritimes. Seyde, par l'évasion du Pacha, n'attend que l’arrivée d’un officier de la part du général égyptien pour faire sa soumission. Le peuple est consterné et, dans cette conjoncture, je me suis fermé dans le khan avec toute la nation en attendant que je voie quelque stabilité dans la forme du gouvernement qui me mette hors de danger. Le Musselem qui la gouverne en attendant cette époque m'a envoyé une garde pour mettre le khan à l’abri d’une insulte, que Je crains moins de la part du vainqueur que de celle de la populace?. » Ainsi les autorités ottomanes elles-mêmes donnent l’exemple de la désertion, le peuple est frappé de stupeur, Seyde n’attend qu’une sommation pour se rendre aux vainqueurs de Damas. Il semble que d'ores et déjà la Syrie n’appartienne plus au Grand-Seigneur. La manifestation la plus curieuse de cet état d’esprit est la démarche que le Consul de Seyde projette de faire auprès de son collègue du Caire. « Dès que la ville sera rendue, dit-il $, je m’adresserai à M. Damirat pour lui demander de me procurer pour les nations de ce département des recommandations aux Gouverneurs, pour qu'ils leur conservent les privilèges que les Osmanlis leur accordaient. » Il n’est pas sans originalité de voir, par l'effondrement du pouvoir des Turcs en Syrie méridionale, notre Gonsul en Egypte jouer un instant auprès d’Ali-bey le rôle de notre Ambassadeur auprès du Sultan, quelques-unes de nos Echelles changer pour ainsi dire d'orientation, et l’axe de leur politique se déplacer de Constantinople au Caire.
Mais la fuite précipitée d’Abou-Dahab, trompant toutes les prévisions de nos résidents, opérait un nouveau et brusque changement de scène, Notre Consul à Seyde partagea, en l’occurence, le « grand étonnement de tout le monde. » « Je ne sais, écrivit-il, que penser de ce changement subit, après les dépenses immenses qui devaient coopérer aux projets étendus d’Ali-Bey et tandis que toute cette province était tombée sous son obéissance. » Fallait-il donc admettre qu’une armée entière
se fût mise en mouvement d'Egypte et jointe aux troupes de Daher uniquement pour :
châtier et déposséder la famille d'Osman Pacha? Mais cette hypothèse était démentie par la consternation même des alliés à qui Abou-Dahab venait de fausser compagnie. «Les Mutualis et le Cheikh Daher, observait notre Consul, sont consternés de se voir ainsi abandonnés, après les démarches qu’ils ont faites contre les Osmanlis, dont ils craignent le juste courroux. » Toujours est-il que de la domination des Safédiens
4, Mai 1771. 3. Même lettre, 2eTumA17 71