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LES FRANÇAIS ET LA CAMPAGNE D'ABOU-DAHAB

de Daher, qui, l'avaient occupée quelque temps, Seyde passait à celle des Druses, qui s’en déclarèrent protecteurs et y tinrent une petite garnison en attendant la venue d’un Pacha. « La nation en a été quitte pour de continuelles alarmes, écrit le Consul! et pour les précautions que je crus à propos de prendre pour sa sûreté en m’assurant une garde du Musselem et des Druses. » Au mois d’août 1771, tout y était rentré dans l’ordre, par le retour du Pacha, Mehemet-Dervich.

Il n’en était pas ainsi en Palestine, où le désordre n’avait fait qu’empirer après la retraite d'Abou-Dahab. En passant par Rames et par Jaffa, ce général avait relevé les officiers et les quelques hommes chargés de gouverner ces villes au nom d’Ali-bey et d’y maintenir l’ordre : il était parti sans laisser un seul Egyptien dans le pays. À partir de ce moment tout retomba dans l’anarchie. « La Judée, écrit le Consul de Seyde, est sans dessus dessous par les courses continuelles des gens de Daher, des Arabes et des officiers d’'Osman-Pacha, qui ont un petit corps de troupes avec eux, Le sieur Méollan me mande de Rames que la nation y est toujours dans de continuelles alarmes, Dieu délivre bientôt la Syrie du fléau qui l’afflige ?. »

Après avoir tremblé pour leur sécurité à l’approche des Egyptiens, puis s’être rassurés et habitués à la domination des conquérants, en constatant qu'ils n’avaient « fait de mal dans aucun des endroits où ils avaient passé », les quelques Français établis à Rames et à Jaffa vivaient, en juillet 1771, dans la crainte des excès dont pouvait s'accompagner le prochain retour des Turcs et souffraient, en attendant, de l'anarchie où se débattait un pays sans chef aucun. Les Arabes, annonçait Méollan, « barrent tous les chemins ». « Tous ces désordres, observait le Consul de Seyde, portent un coup cruel au commerce. » Bien qu’il écrivit en hâte au Consul du Caire pour annuler la demande de recommandations qui fussent désormais arrivées à contretemps, force lui était de convenir que le départ subit des Egyptiens avait aggravé - la situation dans le Sud de son département, « La position de la Judée esE pitoyable, rapportait-1l, depuis que les Egyptiens l’ont abandonnée. La ville de Jérusalem a éprouvé diverses séditions. Les choses n’ont pas heureusement eu de suites fâcheuses pour la Custodie de Terre-Sainte : elle le doit aux argents qu’elle fait répandre dans ces sortes d'occasions, La nation de Rames change de-huit en huit jours de Gouverneurs. Tantôt ce sont les officiers d’'Osman Pacha de Damas qui commandent, tantôt les enfants du Cheikh Daher, qui sont en possession de Jaffa, où ils se fortifient du mieux qu'ils peuvent. » Et comme il n’y avait encore nulle part sécurité du lendemain, même dans les villes où le maître légitime avait ressaisi le pouvoir, notre Consul à Seyde pouvait constater : « l’état actuel de la Syrie est déplorable. »

Le contre-coup de l'expédition d'Abou-Dahab ne s'arrêta pas à la Syrie méridionale. À Tripoli, la populace refusait d'accepter un Pacha qui venait d’être nommé au gouvernement de cette ville; les victoires des Eoyptiens l’encourageant dans sa

4. Juillet 1771. avec le Consul de Seyde, était un négociant qui assu- 2. Août 1771, Méollan, qui était en correspondance rait à Rames les fonctions d’agent de ce Consul,

résistance, elle force les résidents français, sous menace d’avanie, à signer une déclaration attestant qu’elle s’est révoltée dans l'intérêt de la Porte. Son audace résultait d’une conviction que la nation partageait : pas plus que les indigènes, les Français ne doutaient que Tripoli dût tomber aux mains des rebelles. « Le Grand-Seigneur, dit le consul Cousinéry, s’est flatté que les sept Pachas, qu'il a nommés pour défendre la Syrie, étaient en état d'exécuter ses ordres. La chose est impossible : Ali-bey s’en rendra entièrement maître et il dépend de lui de se faire déclarer Sultan d'Egypte et de Syrie’. » MES

À Alep même, que son éloignement semblait mettre hors de la portée des rebelles, on s'attend à les voir paraître d’un instant à l’autre. Par les lettres d’un marchand vénitien du Caire, Rossetti, jouissant de toute la confiance d’Ali-bey, on a appris que ce Mameluk a l'intention de s'emparer de toute la Syrie et de pousser jusqu’à Alep. Tout en considérant ce renseignement comme une « fanfaronnade », le Consul. de France, Deperdriau, se tient prêt à toute éventualité. À défaut d’autre mdice, le

départ du Pacha d’Alepet celui des Gouverneurs d’Orfa, de Killis et du Beylam, avec

leurs troupes, eût renseigné les habitants sur la présence d’un grand danger non loin d'eux. Dès le début de 1771, Abdur-Raman avait reçu l’ordre de marcher contre Abou-Dahab. Heureusement les défaites des Turcs, de janvier à juin 1771, ne rallumèrent pas à Alep la sédition de l’année précédente. |

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