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ABOU-DAHAB EN PALESTINE. DESTRUCTION DE DAHER

Sur le premier point, leur attente fut quelque peu trompée, d’abord parce que les corsaires grecs continuèrent quelque temps pour leur compte les pirateries qu’ils ne pouvaient plus exercer au nom de la Russie, ensuite parce que la guerre éclata en 1778 entre l’Angleterre et la France et que la navigation fut de nouveau exposée au danger de la course.

Sur le second point, leur espoir ne fut pas déçu. « La Russie, écrivait Saint- Priest peu de temps avant la paix de Kaïnardji, la Russie paraît avoir fait beaucoup

-de fond sur les intelligences avec Alhi-bey et le Cheikh Daher et sur le projet de réta-

blir le premier en Egypte.» Mais elle n’avait pas, selon lui, tiré de cette diversion tout le parti possible : « La guerre de Syrie, ajoute-t-1l en effet, ne saurait être mise sur le compte des Russes, malgré leur coopération au siège de Baruth. Ils manquèrent essentiellement à leur intérêt par leur retard à secourir Ali-bey pour son rétablissement en Egypte t. » Si insuffisante qu’ait été la participation de la Russie aux campagnes de Daher et d’Ali, l'efficacité de son appui peut se mesurer aux suites que sa sortie de la lutte entraîna pour Daher.

Le Cheikh était disposé à traiter : la Porte endormit sa vigilance en lui accordant tout ce qu’il pouvait désirer; elle lui reconnut la possession de toute la Galilée, de Seyde, du territoire des Mutualis, et lui conféra le titre de Pacha. Mais en même temps elle négociait avec Abou-Dahab, désireux de recommencer pour son compte l'expédition de 1771, et avec les fils de Daher, entrés en rébellion contre leur père. Ménageant ses armées épuisées par une longue guerre, elle se bornait à envoyer sa flotte, commandée par le Capitan-Pacha Hassan ?, sur les côtes de Syrie. Ge n’était d’ailleurs pas faire un mince honneur à Daher que de lui donner pour adversaires un Grand-Amiral, qui était le seul homme de guerre dont la réputation eût survécu aux défaites turques des dernières années, et le Bey Mameluk qui gouvernait l'Egypte. En février 1775, l'armée d’Abou-Dahab parut en Palestine. Abandonné par ses fils, par les Druses, par les Mutualis, Daher vit tomber tour à tour Gaza, Jaffa, dont les habitants furent égorgés, Saint-Jean-d’Acre même, qu’une émeute le contraignit à quitter. Pendant ce temps, l’Aga Degnesli, assiégé dans Seyde par la flotte d'Hassan, capitulait faute de vivres. Tout à coup, la fortune de Daher parut se relever aussi brusquement qu’elle avait été anéantie : Abou-Dahab mourait subitement, en plein triomphe, et toute son armée prenait la fuite vers l'Egypte. Daher rentra dans Acre.

La cupidité d’Abou-Dahab, soupçonnant les Français de cacher le trésor d’Alibey, y avait mis un instant la nation en péril. Du 22 mai au 15 juin 1775, la nation d’Acre avait été exposée à ses violences. Elle avait dû lui faire des donatives « pour garder les deux khans d'habitation des Français et assouvir la rapacité des officiers de l’armée égyptienne qui les ont, pour ainsi dire, mis à contribution. » Dès leur première visite, le Mameluk leur avait réclamé les trésors d’Ali-bey et d’Ibrahim Sebaq,

4, Mémoire sur son Ambassade pour 1773. 2, Le Capitan Pacha était le Grand-Amiral de Turquie.

qu’ils passaient pour détenir. Ils avaient affirmé n'avoir reçu aucun dépôt; mais Abou- Dahab, prétendant qu'Ibrahim Sebaq avait caché de l'argent dans le couvent de Terre-Sainte, était résolu à faire piller le khan français, après un massacre général. La date en était fixée au 11 juin : c’est le 10 au soir qu’Abou-Dahab mourut. « Nous avons premièrement mis notre confiance en Dieu, écrivent à la Chambre les députés de la nation; mais comme elle n’exclut pas les secours humains, nous avons aussi compté sur celui de la caisse nationale ou sur son crédit ».

Ce fut donc sans regret que nos nationaux d’Acre y virent rentrer Daher. Mais le Cheikh ne devait pas longtemps en rester maître. Car à peine y était-il que la flotte d’'Hassan vint l'y assiéger : trahi par Degnesli, qui défendit à ses Barbaresques de tirer sur les Turcs, il fut tué par l’un d’eux d’un coup de pistolet dans le dos. Sa tête fut tranchée et portée à Hassan, qui la fit saler et la remit au Sultan (août 1779). Après sa mort, le Capitan-Pacha appela Djezzar au Gouvernement d’Acre et de Seyde et lui donna mission d’achever la destruction des rebelles. Le nouveau Pacha amena trois des fils de Daher à se rendre; en 1776, il assiégea le dernier, Ali, dans Deir- Hanna, avec l’aide de Hassan ?. N'ayant pas réussi à le prendre, il le fit assassiner. Moins de deux ans après le traité de Kaïnardji, la Porte était rentrée en possession directe de tous les territoires que Daher et Ali-bey lui avaient arrachés.

Les Echelles de Syrie étaient en droit d’espérer une existence plus calme sous l'administration de Djezzar-Pacha.

4, 15 juillet 1775, pour coopérer à l’extinction des derniers foyers d’insur- 2. Le Capitan Pacha était revenu en Syrie en 1776 rection.

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