‹ Les échelles de Syrie et de PalestineChapitre 72 sur 135 · L'INSPECTION DU BARON DE TOTT. L'ADMINISTRATION DE DJEZZAR PACHA · texte numérisé non relu

L'INSPECTION DU BARON DE TOTT. L'ADMINISTRATION DE DJEZZAR PACHA

1. — Sous l'influence d'événements locaux qui avaient hâté pour elles l’heure du déclin, les Echelles de Syrie et de Palestine avaient été les plus éprouvées des Echelles du Levant, si l’on excepte celles de Morée. Mais toutes avaient ressenti à un moindre degré les effets de la crise extérieure et intérieure subie par l'Empire Ottoman, si bien qu’au début du règne de Louis XVI la situation générale du Levant mérita de fixer l’attention du Roi et de ses Ministres.

Les affaires commerciales et consulaires du Levant ressortissaient toujours au ministère de la Marine, dont continuaient à dépendre les Consulats. La tradition qui voulait qu'elles fussent suivies avec vigilance, comme un objet d'importance primordiale et nationale, ne s’était pas démentie un instant et se conserva jusqu'aux tout derniers jours de la Monarchie. Loin d’avoir perdu de sa raison d’être, cette tradition en avait, d’ailleurs, acquis davantage, avec l’augmentation du commerce du Levant, dont l’ensemble s’était considérablement accru pendant les trois premiers quarts du siècle et dont les progrès allaient se poursuivre pendant le dernier, au point que la Révolution Française le trouva à son apogée. Les résultats en justifiaient donc plus que jamais, au moment où la décadence de l’Empire Ottoman coïncidait et contrastait avec un effort de relèvement en France, les soins de Ministres attentifs à ne pas laisser péricliter entre leurs mains une partie très prisée du patrimoine économique du Royaume. Aussi, de la chute de Choiseul à l'avènement de Louis XVI, l'administration métropolitaine des Echelles n’avait-elle pas dégénéré, sous deux Ministres dont un, l’abbé Terray, ne fit qu’y passer, et dont l’autre, le comte de Boynes, se maintint trois ans à sa tête. Son activité, à laquelle présida ensuite Turgot pendant un an, gagna à la longueur du temps pendant lequel la dirigèrent successivement deux remarquables Ministres de Louis XVI, M. de Sartine durant six ans et le maréchal de Castries durant sept. Beaucoup moins stables, leurs successeurs, le comte de Montmorin, le comte de la Luzerne, M. de Fleurieu, l’Amiral Thévenard, Bertrand de Molleville, devaient avoir à faire face aux difficultés qu’entraînèrent les dissensions intérieures de la France et l’affaiblissement de son prestige extérieur, et les derniers de la série verront compromettre et dilapider le dépôt qu’un

mot d’ordre de jalouse sollicitude transmettait depuis Colbert de secrétaire d'Etat en secrétaire d'Etat.

De l’un à l’autre, des premiers commis longtemps maintenus en charge et fort au fait de leur emploi assurèrent la continuité des vues et perpétuèrent l’expérience, la compétence. Sur eux doit être reporté, pour une large part, le mérite de l’application qui caractérise le travail ministériel. Le même fonctionnaire, Leguay, avait occupé de 1752 à 1773 ce poste où il succédait à son père; un seul fonctionnaire, Saint-Didier, neveu du précédent, l’occupa de 1773 à la fin du règne de Louis XVI, exerçant sur les affaires une influence que son labeur et son esprit d'initiative rendit prépondérante et dont la trace se retrouve jusqu’en des matières essentiellement politiques. :

Ge n’était pas non plus au moment où les échanges avec la Turquie atteignaient un développement presque inespéré que nos Ambassadeurs à Constantinople allaient négliger cette partie capitale de leur tâche qu'était la protection du commerce du Levant. L’inégale série des six diplomates qui avaient représenté Louis XV auprès du Sultan se clôt sur le nom du comte de Saint-Priest, que Louis XVI maintint en fonctions. Sa mission, qui se prolongea ainsi seize ans sous deux règnes, lui remit pendant plus longtemps qu’à aucun autre Ambassadeur le contrôle et la défense des intérêts de nos Echelles, qui n’eurent pas, somme toute, à s'en repentir. Dans une situation politique rendue délicate par les défaites que l’amitié de la France n’épargnait plus aux Turcs de la part de leurs ennemis, Russes et Autrichiens, le comte de Saint-Priest sut garder assez de crédit pour obtenir de la Porte ottomane autant d'appui qu’elle en pouvait encore accorder à nos marchands et à leurs Consuls. Très exact à correspondre avec ceux-ci et avec la Chambre du commerce, très zélé à soutenir la cause du négoce et des résidents qui s’y livraient, il a en somme rempli sans défaillance le devoir que lui-même définissait en ces termes : « l’objet du commerce de la France en Levant ne laisse point de relâche à l'Ambassadeur du Roi sur la vigilance constante qu’il y doit apporter. » Son successeur, le comte de Choiseul-Gouffier, ne dérogea pas non plus à ce devoir, dont il s’acquitta avec un dévouement et une sagacité qu'on n’eût pas attendu d’un homme de Cour. Les affaires commerciales absorbèrent une grande part de son activité, qui s’exerçait simultanément sur le terrain politique dans des conjonctures de moins en moins favorables. Nous le verrons aux prises avec le contre-coup dela Révolution Française dans les Echelles. La Chambre du commerce se louait de son soutien et quand, à la veille de l’émeute qui emporta la Monarchie,il fut question de le transférer à Rome ou à Londres, puis de l’appeler au ministère des Affaires Etrangères, elle lui exprima la gratitude que méritaient ses services.

Enfin à Marseille la Chambre du commerce :, réformée par Ordonnance Royale

1. À la veille de l'ouverture des Etats-Généraux, en extrêmement élogieux, dont M. de Rostagny, son député décembre 1788, le comte de la Luzerne, Ministre de la à Paris, se faisait l’écho auprès d’elle. Cf. Paul Masson, Marine, faisait le plus grand cas de la Chambre du com- Histoire du commerce français dans le Levant au merce de Marseille et s’exprimait sur elle en des termes XVZ1IR siècle, p. 75 et 76.

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