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RÉVOLTE DE KUTCHUK-ALI

le refus, parfaitement fondé, avait cependant provoqué l’avanie, concoururent pour 3.000 piastres comptant. En méconnaissant les Capitulations vis-à-vis d’un protégé de la France, le Pacha et son Musselem, écrivait le Consul Laidet à l'Ambassadeur, «nous ont annoncé par leurs traits de violence que nous ne devions plus avoir pour loi que leur volonté suprême. »

Ils venaient de donner, presque en même temps, une preuve manifeste de leurs mauvaises dispositions à l'égard des Français. Le pavillon tricolore ayant remplacé le drapeau blanc fleurdelysé comme emblême national, il s’agit de le faire reconnaître par la Porte et arborer solennellement dans chaque Echelle. Malgré les obstacles suscités par l'horreur des Turcs pour toute innovation et les intrigues des Ambassadeurs étrangers, Choiseul-Gouffier obtint un Firman de reconnaissance qui fut expédié dans toutes les Echelles : il en coûta un diamant de 2.500 piastres pour le Reis- Effendi et 450 piastres de bakchich pour quelques officiers subalternes. Chaque Pacha ne laissa pas cependant de se faire payer aussi pour se soumettre au Firman. A Tripoli, par la situation de la maison consulaire, le mât du pavillon se trouvait planté presque verticalement sur la principale porte de la ville. Déjà quelques fanatiques évitaient d’y passer pour que l’emblême d’une nation infidèle ne flottât pas sur la tête des croyants. Quand il s’agit d’arborer le nouveau pavillon, le gouvernement ne manqua pas d’objecter les révoltes qui pourraient en résulter. En l'absence du Pacha et des troupes, « arborer un nouveau pavillon dans lequel les ignorants verraient quelque analogie avec celui des Russes, c’eût été insulter à la détresse de l’Empire et exciter une sédition :. » Le Consul n’obtint des puissances du pays qu’au prix de mille piastres que le pavillon tricolore fût salué par les forteresses au moment où il se montra. À Saint-Jean d’Acre, Djezzar en avait fait briser le mât et précipiter l’étoffe dans la poussière.

La Syrie donna, depuis 1790, plus de tracas à Choiseul-Gouffier que toutes les autres provinces de l'Empire Ottoman. La région d’Alexandrette et d'Alep n'avait pas été préservée de cette effervescence qui transformait chaque Pachalik en un foyer d'indépendance et de despotisme. Le Pacha du Paya, Kutchuk-Ah, était entré en rébellion contre la Porte en 1789. Il s’empara, au mois de juin 1790, d’un navire français qui avait mouillé dans la rade du Paya, à quatre lieues d’Alexandrette. Comme il refusait de restituer sa prise, le Consul d'Alep, Saint-Marcel, adressa une réclamation à la Porte, qui envoya deux bombardes, deux caravelles et un gros bateau pour assiéger le Paya par mer, tandis que les Pachas d’Adeno et du Beÿlam linvestiraient par terre. Pour écarter de lui ce danger, Kutchuk-Ali feignit de vouloir traiter avec le Consul de la restitution des marchandises. Déjà la Porte, renonçant à son énergique résolution, lui faisait offrir son pardon s’il remboursait les Français : mais Kutchuk-Ali, éludant toute offre sérieuse du Consul, vendait pendant ce temps toutes

4, Laidet, juin 1791,

les marchandises aux habitants de son Pachalik. Le gouverneur d’Adeno, Battat- Pacha, chargé d’entamer enfin les hostilités contre lui, s’empara alors du Paya : mais Kutchuk-Ali se réfugia dans les montagnes.

Les Français n’avaient, pour la restitution des effets volés, plus d’espoir que dans la Porte. « Si nous n’avons un exemple de justice authentique, écrivait Saint- Marcel, notre position dans le Levant, qui n’est déjà que trop précaire et trop humiliante, recevra le dernier échec ! ». Choiseul-Gouffier essaya de faire prévaloir le principe posé par la nation d'Alep : que la Porte était responsable des déprédations commises par ses agents. Mais, bien loin d’être un officier de la Porte, Kutchuk- Ali était un brigand avéré, un ennemi du Grand-Seigneur, plusieurs fois attaqué par des armées de 12.000 à 15.000 hommes. La Porte, répondit le Reis-Effendi, Reschid- Pacha, ne peut être rendue responsable des délits commis par ses ennemis 2. L’Ambassadeur se borna donc à demander par un mémoire que la Porte prît des mesures énergiques pour contraindre Kutchuk-Ali à la restitution de 178.820 piastres. Il obtint un commandement qui ordonnait aux acquéreurs des effets déprédés de les rendre soit en nature, soit en argent. Mais Battat-Pacha d’Adeno, à qui exécution en avait été confiée, ne la fit pas exécuter. Saint-Marcel rentra en pourparlers directs avec Kutchuk-Ali, mais apporta dans ces négociations un scepticisme que Choiseul-Gouffier lui reprochait. L'Ambassadeur luienvoya encore à plusieurs reprises des commandements du Sultan à ses turbulents sujets : ces actes impériaux restèrent sans aucun effet. Au mois de mai 1792, date de la dernière lettre de Saint- Marcel à Marseille, les Français n’avaient pas encore obtenu une satisfaction jugée indispensable pour leur situation dans cette partie du Levant.

Moins éprouvés que dans les Echelles du Sud, ils ne sont cependant pas en brillante posture dans celles du Nord.

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