CHARLES-QUINT
ET
FRANÇOIS r
SCÈÏffS HISTODblIttlj E.
FRANÇOIS I ''''
Vous m'avez lionoré quand vous files appel , Sire , à ma loyauté.
CHARLES V
Vous m'avez paru tel Que la voix de l'Europe à bon droit vous proclame. Franc comme votre nom , noble de cœur et d'àrae , Pareil aux anciens preux , roi chevalier enfin;
94 — Je presse avec bonheur votre vaillante main , En vous disant merci de me donner passage.
FRANÇOIS I'
\ ceux qui prétendaient qu'il n'était pas très-sage De le livrer sans peur à Votre Majesté . Dont le pouvoir immense est partout redouté ; A ceux qui répétaient : a La tête impériale « Est un trop bel otage , est-il rien qui l'égale ? (( Retenez Charles-Quint en France prisonnier; » J'ai toujours répondu : « Je suis François premier, (( Et non pas Henri huit ou bien Louis onzième ; (( Au coté j'ai l'épée , au front le diadème ; (( L'une protège l'autre , et cela me suffit. » Forfaire à mon honneur, fùl-ce à mon grand profit , Serait sortir des lois de la chevalerie , Chères à mon pays comme à votre patrie.
Si Du Guescliii , Bavard , font la gloire des Francs , Le lameux Cid est né parmi les Castillans.
CHARLES V
Ah ! je vous reconnais à ce noble langage ! Sire , vous l'avez dit , 1" honneur et le courage Régnent chez l'Espagnol , comme chez le Français : Ces vertus vont de pair sans se quitter jamais.
FR.oçois r''.
Je le pense, et la preuve est que vous voilà. Sire!
CHARLES V
Ennemi généreux, il faut qu'on vous admire Au milieu de la paix , au milieu des combats. Ainsi vous me laissez traverser vos États, Et peut-être bientôt la sombre politique , Nous divisant tous deux d'un souille tyrannique , Nous mettra forcément les armes à la main.
FRANÇOIS r''.
Parlons d'aujourcrhui. Sire, à Dieu laissons deniain: Lui seul tient l'avenir dans sa droite si haute. En Votre Majesté je ne vois que mon hôte : Venu dans mon palais, vous êtes mon ami: A Madrid est resté le monarque ennemi.
N'écoutons en ce jour que les chants de la fête Qui, pour vous accueillir, par mes ordres s'apprête. Je vous présenterai mes braves chevaliers . Mes artistes chéris, mes sages conseillers , Toute ma cour, entin , s'unissant à son maîlre ; Et vous n'\ verrez pas un visage de traître. Par la merci de Dieu , je suis maître chez moi . Et les plus timorés , mis en joyeux émoi , Par un espoir trompeur qu'ici je vous retienne . N'ont plus de volonté maintenant que la mienne.
CHARLES V
Puisqu'on vous obéil , vous êtes un grand roi! A mes sujets aussi je fais suivre ma loi; Mes États, où jamais le soleil ne se couche, Comme un petit duché l'entendent de ma bouche.
FRANÇOIS !«•■ (souriant).
Et l'aigle impériale , en se faisant milan , Y joindrait volontiers mon duché de Milan... Passez ce jeu de mots à ma gaîté française , Triboulet m'en donna l'habitude mauvaise.
CHARLES V 'souriant à son tour).
En France nous savons qu'on rencontre l'espiit Et bon visage d'hôte.
FRANÇOIS I"" (vivement).
Ah ! Sire, c'est bien dit.
Nous nous servons ici de nos armes courtoises ,
Et nous chassons bien loin les rancunes sournoises. Ainsi , tels que les preux autrefois échangeant Glaives et boucliers dans un accord touchant, Imitant les vieux us de la chevalerie , Comme un gage amical de la toi qui nous lie. Échangeons nos colliers; voici mon Saint-AIichel.
(. Fran(.'ois 1'' passe au cou de Charles-Quinl son ordre de Saint-Michel. )
CHARLES V
(Il passe, à son leur, son ordre de la Toison d'Or au cou de François premier.)
De Philippe le Bon . Sire , voici l'agnel !