‹ Les échos d'Espagne (los ecos de España), poésiesChapitre 22 sur 31 · SCENE 1^ TORVAL , D0\ JODET · texte numérisé non relu

SCENE 1^ TORVAL , D0\ JODET

DON JODET.

C'en est donc fait, Torval , vous épousez Lucie'

TOKVAL.

Oui , mon cher don Jodet , je l'aime pour la vie. Je pense en être aimé...

DON JODET.

Ma foi , vous êtes fou !

Vous savez cependant qu'elle n'a pas le sou;

— 1 1 8 — Son père , vieux soldat , n'eut jamais que des dettes. Elle est jeune et jolie, il lui faut des toilettes, Des spectacles, des bals , concerts , et avtera ; Et votre patrimoine entier y passera.

TORVAL.

Que voulez-vous ? tant mieux si je la rends heureuse; Mais bridez une fois votre langue grondeuse : Vous aimez trop l'argent ; moi , je m'en trouve assez; J'aime à le dépenser, et vous , vous l'entassez ; Chacun vit à sa guise , ainsi marche le monde , Vous ne referez pas notre machine ronde , Ni vous , ni vos pareils , et j'en rends grâce à Dieu. Déjà dans notre siècle on ne voit que trop peu De citoyens contents de leur part de richesse ; Gens qui ne cherchent poinf à l'accroître sans cesse.» Je suis de ces derniers : un sordide intérêt

^'e m'a donc point guidé dans le choix que j'ai lait.

DON JODET ( haussant les épaules \

Pauvre ami ! courez donc où le démon vous pousse. Pour moi , j'aimerais mieux épouser une rousse Apportant une dot en écus trébuchants.

Qu'une temme fort belle avec de longues dents . Rien à mettre dessous, pied mignon, taille mince. Élevée à Madrid comme tille de prince , Séparant à l'envi de vains colifichets, Pour mieux se dessiner aux yeux des freluquets. Tel est pourtant le ton de votre prétendue. Entiu , si votre ardeur ne peut en être émue , En dernier argument j'ajouterai : Siiugez Que vous avez vingt ans plus qu'elle bien comptés.

TORVAL

Modérez vos transports, je sais fort bien mon à^e.

DON JODET.

Malgré lui cependant vous n'êtes pas plus sage.

TORVAL ( souiiaiil).

Tout en rendant justice à vos intentions,

Je ne saurais souscrire à vos préventions :

Lucie a la gaîté qui sied aux jeunes filles ;

Je n'y vois point de mal , et je hais ces familles

Où, dans un faux esprit de tout exagérer,

On transforme en Agnès la fille à marier.

Une sévérité souvent mal appliquée

A pour fruit de corrompre aussitôt la pensée.

Le père de Lucie éleva son enfant

Avec la loyauté de son cœur excellent.

Elle apprit par ses soins, dès la plus tendre enfance.

A n'accorder qu'à lui sa juste confiance ,

A n'avoir point pour lui le plus léger secret;

Et de cette condiiile il n'est pas au regret. Il ne lui sembla pas à lui , vieux militaire. Que la rigueur était pour elle salutaire. Et ne redoutant pas l'abus de sa bonté , De Lucie il comprit la sensibilité ; Le succès aujourd'hui couronne son ouvrage , Et sa fille chérie , acceptant mon hommage. D'une raison précoce offre une preuve ici , Que, j'espère, admettra mon plus tincien ami.

U0\ JODET.

Chansons que tout cela ! voyez la belle preuve ! On vous sait opulent, il n"est fille ni veuve Oui ne vous épousât malgré vos quarante ans , Soit dit sans mépriser vos nombreux agréments.

TORVAL ( souriant).

Grand merci ! je me tiens à celle qui me touche ;

Mais je veux qu'avec moi votre amitié farouche Rende bientôt justice au mérite réel :

Vous connaissez , je crois , Robert de San -Marcel , Un mien parent , lion à la mode et fort riche ?

DON JODEÏ.

Oui , oui , qui joue au whist à dix louis la fiche ; Un jour je lui prêtai deux cent mille réaux , Mais bien hypothéqués sur ses bois domaniaux.

TORVAL ( d'un ton railleur)

Toujours de la prudence !

Eh bien ! ce San -Marcel , cette fleur d'élégance , De Lucie elle-même était fort amoureux , Ayant tout ce qu'il faut pour séduire les yeu\ D'une jeune personne, à l'esprit plus futile , Et de lui résister il était difficile.

Eut le nous, n'est-cepas?vouscon viendrez, mon cher.

Qu'il est des mieux tournés , et qu'il a plus grand aii"

Que votre ami Torval. — Et j)Ourtant sa demande

Faite an père, d'abord, de ce ton qui commande

Becounaissant accueil et prompt consenlement ,

^'éprouva qu'un refus de la part de l'enfant.

Tel est le tact exquis de celle que j'épouse:

Et vous-même , animé d'une humeur moins jalouse ,

Vous lui présenterez un visage adouci.

Aussi bien... jeTentends, demeurez, la voici.

( Hubert ouvre la porie à deux ballants, ei son quand les nouveaux venus sont iulroduils. )

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