SCÈNE IV
( Hubert inlrodiiisanl San - Marcel.) HUBERT.
Monsieur va revenir ici dans un instant.
( Il sort. ) SAN -MARCEL (seul).
C'est bon , c'est bon , je reste. — Ah ! mon tiès-cber
[parent.
Vous vous imaginez , en m'enlevant Lucie ,
N'avoir rien à régler avec ma jalousie!
Parbleu! si c'est par vous que je suis éconduit ,
Vous m'en rendrez raison sur-le-champ et sans bruit.
N'est-ce pas en effet inouï , ma parole !
Que sous je ne sais plus quel prétexte frivole ,
Un homme comme moi, qui peut , sans vanité .
S'avouer hautement quelque amabilité ,
Se voie préférer, et sans aucune peine.
Un rival dépassant déjà la quarantaine?
Oh ! hiei) décidément on aura t'ait de moi
Un joueur libertin, sans cœur, àuie, ni toi.
Alors, grâce à Torval , cette pauvre petite
Aura cru fermement ce beau conte au plus vite ;
Elle m'aura tenu pour le roi des vauriens.
On n'est jamais ainsi trahi que par les siens !
Mais je me vengerai d'une injure profonde ;
Et Torval , après tout, est trop homme du monde
Pour ne comprendre pas qu'en cette occasion
Il me faut une excuse ou réparation.
C'est dans ce but que j"ai prévenu tout à l'heure
Par un exprès auquel j'indiquai sa demeure,
Cet ourson qui répond au nom de don Jodet :
Et son inséparable a déjà mon billet ;
Il ne doit pas tarder.
( Entre don Jodet. )
Eh ! parbleu ! c'est lui-même.
— J3i — SCÈNE V
DON JODET (toul essoufflé).
Ou' est-il donc arrivé , qu'en diligence extrême Un de vos gens chez moi n'ayant pu me trouvei- , À la Bourse , où j'étais , m'est venu relancer?
SAN - MARCEL ( d'un ton goguenard ).
L'histoire assurément n'est pas longue à vous dire , Et je vais en deux mots, senor. vous en instruire : Au comte de Torval je propose un cartel.
DON JODET (surpris).
Qui, vous?
SAN -MARCEL (l'imilant).
Oui , moi , Robert , comte de San -Marcel.
DON JODET.
Et pourquoi , s'il vous plaît ?
SAN - MARCtL ; appujanlsur les mots ).
Parce qu'il m'est notoin- Qu'avec insigne astuce et trahison très-noire, Dans l'esprit de Lucie il m'a mis au plus mal.
DON JODET.
Voilà pourquoi, senor,vous provoquez Torval?
C'est le commencement. - Oh! maudit mariage !
S'il m'avait écouté! — Tenez, senor, j'enrage.
J'ai fait ce que j'ai pu pour l'en dissuader,
Sans jamais parvenir à le persuader.
Qu'il s'en prenne à lui seul. — Par ma foi , qu'il s'en
L tire.
SAN -MARCEL
Comme il faut éviter que le fait ne transpire, J'en parlai seulement à l'un de mes amis Qui, de me seconder en secret, m'a promis. \ ous êtes de Torval le témoin nécessaire,
Et nous terminerons le tout avec mystère. Je n'y vois pour ma part aucun empêchement.
D0>' JODET { avec ironie ) .
L'aventure est galante, et cet arrangement Devra lui plaire, ou bien il sera difficile. — Tant pis , il se battra; c'est bien fait, l'imbécile ! Que ne s'en tenait-il à rester vieux garçon, Il s'en applaudirait , et de toute façon ! Au lieu que maintenant il va tirer l'épée, Ou se faire casser sa tète détraquée.
SAN -MARCEL
Pour vous, vous raisonnez en homme de bon sens , Et vous exprimez là tout ce que je ressens ; Je gémis pour Torval qu'il pense le contraire; Mais rien n'empêchera cette fâcheuse affaire.
( Hubert ouvre la porte et dit : )
J'entends sur l'escalier Monsieur qui rentre.
( \\ sort aussitôt. )