‹ Les échos du Pas de RolandChapitre 16 sur 21 · ENTRETIEN DANS LA GROTTE · texte numérisé non relu

ENTRETIEN DANS LA GROTTE

1^ Le cdel était blea^ et le aoleil, yersant des fiotft de lumière,, faiaait l»riller les gouttes d'eau enehâsfiéeSr<^QmiBe autantde diâfinafite, dans le feuillag^w Les oiseaux, gazouillaient, ka buîseons se balançaient mollemefit au sûiaffîe de la brifie.. Les torrents granàaiônt aa M pcéetpitant dans la plaine. La rivi^e bourbeuae éeumait et s'esQfuyait en roulant onde sur onde^ semblable à un troupeau de moutons doni la laine a perdu sa bian-

cheur, qu'un cri sauvage a mis dans un complet désordre.

Et le funèbre convoi était là, immobile, attendant le signal du prêtre pour se remettre en marche. Quelle ombre dans ce tableau plein de lumière, de mouvement et de vie!

Soudain, un grand capuchon noir se détache insensiblement du cortège et se dirige vers le point où venait de briller cet œil mystérieux à travers les buissons.

— C'est moi, dit doucement la princesse.

— Venez vite, madame, répond une voix bien connue, je vais vous conduire en lieu sûr ; votre cachette est prête.

Et Ganich, prenant la main de la princesse, la fait disparaître rapidement dans le massif, et rintroduit dans une grotte dont l'entrée est cachée par des plantes grimpantes et des arbrisseaux au feuillage touffu. Le sol de cette grotte est couvert d'un sable fin;

au fond, un banc de gazon frais sur lequel sont étalées quelques provisions de bouche.

— Vous êtes ici en sûreté, madame, dit Ganich ; cet asile n'est connu que de Rafaela et de moi. Le courant ne tardera pas à diminuer ; je suis iiabitué à ses caprice s. Voyez, déjà Teau devient plus limpide, les oiseaux de mer ont disparu, l'hirondelle a élevé son vol : c'est bon signe ; le ciel est brillant^ et l'Espagne.est là devant vous, ajoute Ganich, en montrant à la reine le sommet des montagnes.

— Que Dieu vous récompense, homme généreux qui avez affronté mille dangers pour me sauver 1 II y a de la noblesse dans votre cœur, vous étiez digne de gouverner un royaume, et si le ciel vous eût fait roi, TOUS eussiez accompli de grandes choses.

— Moi, roi ! Quelle idéo étrange!...

— Cela vous fait rire ; mais supposons un

142 LBS ÉCHOS

moment qufi voua soyez roi : je serais eu* rieuse de savoir oe que roua Seriez. Voyons, parles-moi à cœur ouvert. Nous avons quelques beurea à passer ensemble ; causons , eela me fera oublier le temps et les dan^rs qui m'environnent.

— Que me demander-vous là, princesse?

Je suis un pauvre villageois sansinstru}ettoQ ; que pourrai-je vous dire ?»«...

U nie semble que, si j'étais rm^. je ne voudratô^ jamais voir souffrir; je plains tant ceux qui souffrent. Vous ne connaissez pas^, madame^ la vraie souffirauce^ la vraie misère* Ici, e'est un père^ seul soutien de sa famille, étenda sur la paille, san» secours, aui milieu de ses enfants affamés; là, une mère u'ayant que de» haillons pour couvrir ses pauvre» en&nts glaeé&parle froid...

Si j'étais roi, madame, je rechercherais moi-même la misère pour mieux la souIa-

ger; j'irais dans la cabane du pauvre pour lui donner le pain et les vêtements qui lui manquent; je ne lui 'demanderais compte ni de sa croyance religieuse ni de sa foi politique ; je Taiderais par cela seul qu'il serait dans le malheur.

- — Vous exprimez là de bons sentiments ; mais quels moyens emploieriez-vous pour faire disparaître la misère ?

— J'aurais un fonds de réserve pour les malheureux qui ne peuvent par eux-mêmes se créer des moyens d'existence. Je procurerais du travail à ceux qui sont forts et vigoureux, sans aucune distinction. Ainsi, jene dirais pas : Celui-ci a subi une peine, il doit être exclu du chantier. Ce serait une raison de plus pour l'admettre ; le travail finit tou-^ jours par moraliser l'homme.

-— Mais les hospices, dit la reine, sont une grande ressource pour les malheureux.

— Sans doute , mais à condition que le malheureux ne sera pas étranger à la ville ; car, s'il est de la campagne, la porte ne s'ouvrira pour lui que s'il a besoin des secours de la chirurgie.

— Ne pourriez-vous pas, dans les campagnes, suivre l'exemple des villes?

— Hélas I où sont les ressources ? La ville absorbe nos richesses, les millionnaires ne viennent pas vivre chez nous.

— Mais ne reçoit-on pas, dans les villes, les pauvres de la campagne ?

— On les admet, sans doute , mais en payant, et le malheureux ne peut pas payer. Ah 1 s'il y avait moins de luxe dans les hospices, on n'aurait pas besoin d'imposer une redevance aux pauvres pour les secourir !

« Je comprends le luxe pour des monuments élevés à la gloire et aux plaisirs; on

assure par là du travail aux ouvriers, et on lègue de belles choses à la postérité ; mais des asiles consacrés à la charité l... je voudrais les voir plus simples et plus modestes.

Savez-vous à quoi sert dans la ville ce palais qu'on appelle Thôpital? — Il s.ert souvent à encourager le vice et le désordre. Chacun dit en le voyant : Menons joyeuse vie; ne nous occupons pas du lendemain ; quand je serai vieux et infirme, j'irai là ; j'y passerai mes derniers jours, heureux comme un prince.

— Ce que vous dites là m'intéresse beaucoup, et je vous écoute avec plaisir; ce sont des conseils dont je saurai tirer profit plus tard ; mais, dites-moi, que feriez- vous encore si vous étiez roi ?

— J'accorderais une protection particulière à la sœur de Charité, qui passe sa vie à secourir la pauvreté et à soulager la souffrance.

— Oh ! que j'adore cette simple et noble femme I reprend la princesse ; soyez sûr que je ne l'oublierai pas.

Comme Ganich était bien inspiré, en recommandant à la princesse cet ange consolateur qu'on appelle la sœur de Charité!

La sœur de Charité, c'est le trait d'unioa entre la créature et Dieu.

C'est cette voix, plaintive et douce en face d'un berceau qui va se convertir en une tombe* c Pauvre enfant , dit-elle , Dieu te voulait pour lui , mais ma pensée s'envolera avec toi vers la patrie des anges ! «

C'est encore ce soldat intrépide qui se joue de la mort et affronte mille dangers. Le ciel et la terre se confondent dans un nuage; le canon ébranle le sol et répand dans les

airs de sinistres clartés. < Courage, enfants ! dit-elle. Vous combattez sous le regard de Dieu ; le champ de bataille est un champ de martyre où vous trouverez le chemin du ciel. Moi aussi je saurai mourir comme vous, et si Dieu veut encore épargner ma vie, vous me verrez, à genoux, panser de mes mains vos cruelles blessures. »

Tout est lugubre ; les mourants gisent à terre ; des cris déchirants remplissent Tair : f Où étes-vous, dit-elle encore, pauvres malheureux qui souffrez? Yoici un baume qui calmera vos douleurs, et, si mes efforts sont impuissants, vous prierez avec moi.

Martyrs du courage, voyez ce ciel qui s'ouvre devant vous? lEt la sœur de Charité inclinée sur un corps meurtri, déchiré par les balles, de sa voix rassurante et de son regard céleste fait glisser dans l'âme du moribond un doux rayon d'espérance

Cependant, la sœur de Charité est souvent l'enfant gâtée d'un père et d'une mère qui l'adorent. Elle brise ses liens affectueux, elle s'en va bien loin dans les contrées les plus éloignées. Les sauvages eux-mêmes l'admirent. Le monde entier est sa famille et sa patrie.

Une mère, seul débris d'une famille éteinte , pleure et gémit dans sa dernière couche, veuve de toute affection. Un enfant, en proie à la souffrance, appelle à grands cris une mère qui n'est plus. Un jeune homme, égaré par l'ardeur des passions, expie bien cruellement ses fautes ; il se dé* sole et se livre au désespoir. Une jeune fille, que la pauvreté a conduite au vice, est devenue pour elle-même un objet d'horreur ; on se détourne d'elle, on la fuit. Un vieillard gémit seul sur la terre ; son cœur est déchiré au souvenir de toutes les affections

auxquelles il a survécu ; la vie est pour lui une torture. L'athée voyant que ce monde lui échappe, et lanciné, à sa dernière heure, par d'horribles souffrances, vomit des blas* phèmes.

Soudain, une vision céleste apparaît. La mère éplorée, Tenfant abandonné, le jeune homme désespéré, la jeune fille expulsée de la société, le vieillard solitaire voient un nouvel horizon rayonner devant eux. Les pleurs ont cessé, l'espérance a remplacé le désespoir et la tristesse. L'impie lui-même rougit de ses blasphèmes, et son passé lui devient odieux.

La sœur de Charité est cet ange descendu du ciel pour opérer tous ces prodiges.

On élève des colonnes aux guerriers, on dresse des statues aux grands hommes. A vous, reines de la charité, des couronnes d'immortelles!

150 LES ÈGHOS

Pendant quelques instants, la princesse demeura pensive ; son regard se fixait malgré elle sur la frontière espagnole, yers laquelle son cœur s'élançait. Et la rivière mugissait, et les flots bondissaient d'une manière effrayante ; le passage était encore impossible. Il fallait donc se résigner à attendre. Après un moment de silence, se tournant vers son compagnon :

— Votre conversation, dit-elle, est des plus intéressantes; où avez-vous appris le'ô choses pleines de sens que vous venez de me dire ?

— Hélas I madame, je vous Tai déjà dit, je n'ai reçu aucune instruction ; mais, dans mes voyages, j'ai beaucoup observé ; le malheur et la souffrance m'ont appris aussi

bien des choses. Vivant au milieu des campagnes, je connais leurs besoins.

— Eh bienl que feriez-vous pour vos campagnes, si vous étiez roi ?

— J'encouragerais par tous les moyens en mon pouvoir les travaux agricoles. J'ouvrirais une caisse commune, où chaque cultivateur pourrait puiser dans la mesure de ses besoins et des garanties qu'il pourrait offrir. Au village, nos épiciers trouvent le crédit qui leur est nécessaire. Pourquoi le cultivateur ne jouit-il pas de la même faveur? — L'argent abonde pour l'industriel et le commerçant; ne pourrait-on pas en trouver aussi pour l'agriculteur, sans qu'il eût besoin d'engager ses biens ? Nos paysans ne peuvent se procurer de l'argent qu'en faisant des contrats, ce qui entraîne de grands frais et finit par amener leur ruine.

— Vous raisonnez très-bien ; mais la réa-

lisation de votre idée me paraît assez diffî* cile.

— Il me semble que tout est facile àun roi.

— Pas toujours ; mais, dites-moi, que feriez-vous encore?

— Que vous dirai-je, madame? Mes connaissances sont bornées ; cependant , si j'étais roi, j'aurais soin de me méfier des courtisans, personnages flatteurs, intéressés, qui déguisent la vérité et causent souvent la chute des empires.

Le courtisan se gardera bien de montrer au souverain qu'il est dans l'erreur, de crainte de l'irriter et de tomber dans la disgrâce.

Pour moi, je n'aime pas les gens qui me flattent ; j'aime mieux que l'on me dise mon fait, et j'apprends ainsi à mieux faire.

— Mais on dirait vraiment que vous avez fréquenté les cours. Dites-moi, si vous étiez roi, vous aimeriez sans doute à commander

des armées, à livrer des batailles, à remporter des victoires?

— Je n'aime pas la guerre, madame, et si j'étais roi, je chercherais toujours à l'éviter. La guerre dépeuple les campagnes, enlève des bras à la terre; elle répand le deuil et la tristesse dans les familles,

— Cependant la guerre procure souvent des honneurs très-enviés ; on peut devenir général, maréchal, ministre...

— C'est bon pour les hommes instruits ; mais nous autres paysans, nous restons toujours Gros-Jean comme devant.

— La guerre est quelquefois nécessaire.

— Je comprends , madame , qu'il faille quelquefois guerroyer avec ses voisins, mais je voudrais qu'avant d'en venir aux mains, on employât tous les moyens pour s'entendre, et qu'on mît de côté toutes les questions d'amour-propre.

— Vous êtes donc partisan de la paix?

— Oui , madame ; la paix procure des bienfaits inappréciables. Â la faveur de la paix, j'encouragerais les arts, je favorise-* rais l'agriculture y j'étendrais le commerce, j'ouvrirais des relations avec les nations les plus éloignées. Ainsi, tout prospérerait et je profiterais de cette prospérité pour réduire les impôts ; ce qui serait facile, puisqu'il y aurait moins de soldats à payer , moins de poudre à brûler , moins de grands personnages à rétribuer , moins de veuves et de blessés à secourir.

— Certes, au moyen de la paix, on peut faire de grandes choses ; ne pourrait^on pas étendre l'instruction ?

— Oui, madame ; mais je voudrais d'abord qu'on apprît bien sa religion ; en apprenant à aimer Dieu, aie respecter, on apprend aussi à aimer, à respecter son père et sa

mère, à oublier les injures, à pratiquer la charité, à fuir les mauvais lieux, comme les cabarets, par exemple, où les jeunes gens contractent de mauvaises habitudes.

Je voudrais ensuite que Tinstruction , dans nos campagnes, fût dirigée dans le sens de la profession que Fhomme doit exercer un jour. Tout le monde doit savoir lire et écrire, sans doute ; mais je tiendrais surtout à ce qu'on choisît des maîtres capables de donner des notions d'agriculture et de jardinage, de préférence à certaines connaissances sans utilité pour les paysans. L'instituteur devrait enseigner à l'élève comment la terre doit être cultivée, quels sont les produits qui conviennent à telle contrée.

Cependant, je serais d'avis qu'on encourageât les dons naturels que Dieu a départis à certains hommes. Ainsi, nous avons parmi nous de simples bergers qui font des vers

charmants ; d'autres qui , sans la moindre instruction, prêchent aussi bien que M. le curé ; j'ai vu des pâtres qui calculent de tête comme les premiers mathématiciens. J'ai vu des hommes qui, à l'aide de leur seule expérience, arrangent à merveille les jambes et les bras cassés ; d'autres qui, ignorant les noms des plantes, savent néanmoins tirer parti de toutes les vertus qui leur sont propres; d'autres qui, n'ayant eu pour professeur que la nature, font des paysages et des portraits fort ressemblants; d'autres enfin qui, sans connaître la mécanique, réparent les horloges et les montres du pays. Nous avons aussi des jeunes gens qui chantent à ravir.

Eh bien I je voudrais que ces hommes fussent signalés à ceux qui peuvent les aider et contribuer au développement de leur talent naturel.

—C'est une excellente idée. Il est vraiment dommage de voir livrés à un abandon complet des phénomènes intellectuels que Dieu a créés. Savez-vous bien que Dieu a été prodigue de ses faveurs envers votre pays.

J'ai admiré sur mon passage des sites merveilleux.

— Nous habitons, en effet, le plus beau pays du monde, et Dieu lui-même le choisirait pour demeure s'il descendait sur la terre.

L'enthousiasme de Ganich pour son pays ne saurait surprendre ceux qui ont visité DOS riches et gracieuses campagnes.

Qui n'a pas admiré ces coteaux couronnés de verdure, au pied desquels s'épanouisseot ces riantes prairies émaillées de fleurs? Qui n'a point parcouru avec ravissement ce frais vallon arrosé, par la Nive, dominé 'par cette coquette station thermale de Cambo ,

paysage charmant au sein duquel le citadin aime à oublier les soucis et les fatigues de la ville ?

Mais les bords de la mer rivalisent de beauté avec cette partie (Jes Pyrénées . Nos plages de Biarritz et de Saint-Jean-de^Luz sont surtout ravissantes.

Aussi, Biarritz est chaque année le rendez-vous général de la grâce, de la beauté, de la coquetterie , des toilettes ébouriffantes, la station préférée de nos grands financiers, de nos poètes et de nos illustres littérateurs.

Saint-Jean-de-Luz , plus modeste, attire les touristes qui, fuyant le luxe et les représentations du monde» cherchent l'isolement et le repos ; il est encore la résidence favorite des fortunes qui ne peuvent affronter les magnificences de Biarritz.

Mais^ si vous voyiez, en hiver, par un

jour de tempête , ces plages si gracieuses et si belles. .. C'est un spectacle épouvantable !

La baie de Saint-Jean-de-Luz, surtout, est parfois le théâtre de scènes émouvantes.

Heureusement, grâce à l'initiative du Souverain, une digue partant du Socoa, jointe à un môle établi sur le rocher Arta, viendra bientôt présenter une barrière aux flots de l'Océan, et offrir un refuge assuré aux navires en péril.

Les plus beaux monuments que l'on puisse léguer à la postérité ne sont pas ceux qui sont consacrés aux vaines jouissances de ce monde, mais bien ceux que l'on élève pour protéger et sauver la vie des hommes. La reconnaissance des peuples reste gravée sur ces barrières en caractères impérissables.

Pour apprécier sainement combien cette reconnaissance est méritée, il faudrait avoir

IGO LRS ÉGDOS

Yu comme moi TOcéan déchaîné dans le golfe de Gascogne et surtout dans cette baie de Saint-Jean-de-Luz.

Dieu ! quel horrible spectacle I

La terre , le ciel et la mer ne forment qu'un chaos sur lequel les vagues écumantes jettent une lueur livide !

'■ Le Socoa, Sainte-Barbe et le rocher Ârta se changent en montagnes d'eau sur lesquelles se dressent des pyramides blanches.

On dirait autant de suaires tendus pour couvrir cette douloureuse hécatombe que la mer prépare.

La population est plongée dans le deuil le plus profond ; les rues retentissent de cris et de sanglots ; des femmes échevelées, des enfants éplorés courent sur la grève comme des insensés.

Quelques hommes, conservant l^ur sangfroid, cherchent tous les moyens d'amener au

DU PAS DE ROLAND. IGl

rivage les malheureux que la mort réclame.

Mais rOcéan, dans ce golfe d'enfer, se rit des vains efforts que Ton tente pour lutter contre sa fureur. Les flots sont inflexibles ; la mer reste sourde aux sanglots, aux prières, aux cris d'angoisse et de désespoir.

Bientôt après, des épaves humaines sont jetées sur la plage.

Pauvres mères !

Pauvres enfants !

Soudain, un bruit de pas se fait entendre, le buisson s'agite. Au même instant, trois coups sont frappés* discrètement dans la main, à l'entrée de la grotte.

— Mon Dieu , mon Dieu ! nous sommes découverts ! s'écrie la reine.

— Princesse, rassurez- vous, reprend son

compagnon; c'est le signal convenu entre ma sœur et moi.

Bientôt une voix douce et caressante achève de dissiper la frayeur de la princesse.

— C'est moi , dit cette voix ; et Rafaela s'introduit dans la grotte.

— Soyez la bienvenue, Rafaela ; combien votre vue me cause de plaisir !

— Je me suis dérobée comme un furet ; personne ne m'a vue venir de ce côté... mais comme vous devez vous ennuyer dans cette grotte, madame I

— Votre frère sait me distraire par tout ce qu'il me dit d'intéressant, et l'attente me paraît ainsi moins longue.

— Je crains bien que vous ne soyez forcée d'attendre encore un peu,

— Comment! le courant est toujours rapide ? dit la reine avec inquiétude.

— Soyez sans crainte, répond Ganich,

nous en aurons bientôt raison ; je vais l'interroger. Pendant ce temps, ma sœur vous tiendra compagnie,

Ganich, après s'être assuré qu'aucun regard indiscret ne peut l'apercevoir, sort de la grotte et se glisse le long des buissons qui bordent le rivage. Arrivé en face du gué, son regard examine avec anxiété le lit de la rivière. L'eau était encore profonde et, bien que la violence du courant eût diminué, le passage ne laissait pas que de présenter quelques dangers ; mais, d'un autre côté, il était imprudent de rester plus longtemps dans la grotte ; les soldats et les douaniers pouvaient descendre d'un moment à l'autre dans la plaine, et opposer aux fugitifs une barrière infranchissable.

Ganich, n'écoutant que son courage et plein de confiance dans la protection divine, se décide à tenter le passage ; il revient sur

ICi LES ÉCnOS DU PAS DE ROLAND.

ses pas et, après ayoir embrassé la campagne d'on regard , il rentre furtivement dans h grotte. Cachant devant la reine son inquiétude sous un air rayonnant :

— Hâtez-Yous, madame, dit-il, le moment est favorable.

Bientôt après, la reine et Ganich s'élançaient vers le rivage .

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