UN CONVOI FUNÈBRE
Un gks funèbre répand au loin des sons lamentables. Ces eo«ip& de iKiiartean. firappé» sèchement sur l'aifain sembleni trahir ua sentiment profond de doialenr et d'amertume*
Pourquc», mon Di«o, me- faire mourir ?...
Aussitôt un éehA Si' empare de. ces son&et^ de même que Forage qm roule majestueux SUT BOS: tètes semble dure à la créature : Entends-tu? e'esi la Toi& de Dieul de même
ces accents lugubres, se prolongeant dans les airs, viennent lui dire aussi : C'est moi qui parle, moi ton Juge souverain !.. Un moment je t'avais livré à toi-même pour t'éprouver, aujourd'hui je te reprends; tu m'as toujours appartenu.
Souvent, ces glas sinistres annoncent qu'une mère est arrachée aux caresses de son enfant, ou qu'un enfant est enlevé aux baisers de sa mère. Triste séparation à laquelle la raison humaine ne peut s'accoutumer. Quel est celui qui peut, sans plainte e sans douleur, dire un dernier adieu à l'objet de ses plus chères affections ?
On recouvre une fortune perdue, un bienêtre qui avait fui ; mais ce que la mort inexorable a frappé disparaît, hélas ! sans retour. Quand Thomme s'arrête à cette triste pensée, le doute vient envelopper son esprit de son ombre : il s'abandonnerait au déses-
poir, si ridée de Dieu ne venait aussitôt lui faire entrevoir des horizons consolateurs.
L'homme a-t-il le sort de la brute, et sera-t-il confondu avec elle dans une fosse commune? Il réduit la panthère, il dompte le lion, tous les animaux de la création obéissent à sa voix ; la mort le frappe : devient-il leur semblable ? Non, car après la mort une flamme invisible continue la distinction entre rhomme et la brute. C'est Tâme, qui commence une seconde vie, dans les régions de l'immortalité ; et, dans les grandes afflictions , cette pensée est un sourire qui berce et charme le cœur. La mère dit à son enfant que la mort lui ravit : Je te rêve rrai.
Pourquoi répandre des fleurs, pourquoi prier sur une tombe ? Le culte des morts luimême ne prouve-t-il pas que nous croyons à
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une autre existenee? C'est lui qui entretient le feu du iouvenir et rive au eœur l'espérance.
Une modeste chambre était teadue da noir, et au milieu^ entre deux cierges alluméSy gisait un cercueil eouvert d'un drap mortuaire, renfermant la dernière dépouilU d'une mire jeune enc€Nre«
Les parents et les amis affligés venaient rendre à cette pauvre mère Les derniers devoirs. Les hommes portaient un grand maDh teau àpèlerîne, vêlement précieux con^r^ soigneusement dans Les femilles basques^ et qui se transmet de père en fils» Les femmes étaient enveloppées dans ces grandes capes noires que nous avcm» dépeintes, et qui servent aux Basquaises pour toutes les cérémonies religieuseew
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Au moment où le groupe s'arrêtait au seuil de la maison que la mert Tenait de TÎsiter, arrivèrent deux autres capuchons tellement fermés qu'il était impossible de distinguer les traits de celles qui les portaient.
Bientôt, un chant lugubre se fait enteudre;^ un bruit sourd annonce la levée du corps»
Les pleurs, les sanglots éclatent, et le cercueil, en sortant de la chambre mortuaire^ enlève à la femille éplorée sa dernière illu-
Tin instsmt après, le convoi funèbre se mei en marche an milieu d'un morne si^ lenee, seulement interrompu de loin en loin par les versets de ce triste cantique qui ac« compagne les morts jusqu'à leur dernière dem.euw. •
Le chemin qu'il suivait, grâce à sa base granitique, avait été respecté par l'orage de
la nuit ; quelques flaques d'eau, faciles à éviter, se présentaient seules ça et là.
Les deux capuchons retardataires marchaient à côté l'un de l'autre, échangeant de temps en temps quelques paroles.
— Quel courage ! disait l'un ; au milieu de la tourmente il a préparé mon évasion; quel brave cœur ! Que Dieu le récompense I
— Qui ne s'intéresserait à vous? répondait le second mantelet noir.
— Songer à me faire vêtir ainsi pour déjouer la surveillance de mes ennemis^ quelle heureuse inspiration I poursuivait la princesse (car c'était elle). La grotte que vous connaissez est-elle bien loin? Saurez-vous me diriger ?
— Soyez sans crainte, madame, répondait la voix de Rafaela ; il vous a placée sous ma sauvegarde, vous pouvez compter sur moi.
Au même instant, les coups de fusil tirés
par les soldats du capitaine Flamineau retentissent dans la montagne.
— Grand Dieu ! quel est ce bruit? on dirait une fusillade.
— Ce sont les soldats qui pénètrent chez mon frère ; ils y trouveront le vieillard et l'enfant que vous y avez laissés, et ils les respecteront à cause de leur faiblesse.
— Entendez-vous ces cris, ces clameurs?
Les soldats vont me poursuivre. . . Peuventils me pardonner de leur avoir échappé ?
— Ils sont bien loin de nous, et ils ne se douteront pas que vous êtes ici.
— Mais, on voyant le désordre de ma chambre, ils penseront que je ne suis pas loin,
— Ils vous chercheront dans les maisons du voisinage et ils s'arrêteront là.
Après avoir contourné le coteau, le cortège s'engagea dans la vallée, au fond de laquelle la rivière se précipitait avec fracas. A me-
sure qu'il s'avançait, k brait des eaux devenait de plus en plus distinct.
— La Nive me paraît en courroux, dit la reine. Comment pourrons-tiaus la franchir?
— Rassurez-vous , madame : Ganich se joue des dangers ; il saura vous porter saine et sauve sur la rive opposée.
— Malgré moi, de noirs pressenti ment& viennent m'assaillir, continue la princesse ; ce cercueil, cette cérémonie lugubre, ces.
pleurs, ces vêtements noirs , tout cela me fait frissonner. Mon Dieu, soutiens mon courage !
— Calmez vous, madame; ii'avons-nou& pas déjà, cette nuit, affronté d'autres dangers? Vous étiez plus courageuse alors; et maintenant que nous touchons au port, que tous les périls sont à peu près conjurés, vous avez peur? Ayez donc foi en Dieu, madame.
La distance qui séparait nos deux interlo-
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«utriees dea autres personnes du convoi leur permettait de causer à Taise. Dans les cérémonies de ce genre, surtout dans les campagnes, on se sépare, on s'éloigne même, quand le trajet à parcourir est long ; chacun «'entretient aTce son voisin y les parents seulsr restent silencieux : la vraie doulemr est muette.
Cependant, on approchait de la rivière; les arbres, les buissons et les habitations qui la dérobaient aux regards avaient peu à peu disparu. Le fracas causé par ces masses d'eau roulant les unes sur les autres devenait de plus en plus effrayant. Des oiseaux de mer , hlaoes conune des cygnes, hôtes fidèles des fleuves débordés, planaient d'une rive à l'autre. On les voyait disparaître sous l'eau, puis surnager, replonger et reprendre enfin leur vol.
Le cortège fatigué s'arrête pour reprendre
haleine. Le cercueil est déposé à terre ; les parents Tentourent en poussant de nouveaux sanglots. Peu à peu, la foule dispersée se réunit, les pelisses et les manteaux noirs se rapprochent et se groupent. C'était un lugubre catafalque se dressant au milieu de la vallée déchirée par Torage de la nuit.
— Mais où sommes-nous donc? dit la princesse à l'oreille de Rafaela.
— Silence! nous ne sommes plus seules; la moindre parole peut nous trahir. Tout est prêt... Le voyez- vous là-bas?
Au même instant un buisson s'entr'ouvre doucement; un œil brillant comme Tétincelle se fixe sur la princesse et sur sa compagne ; et Tespérance renaît dans le cœur de la reine.