‹ Les échos du Pas de RolandChapitre 18 sur 21 · IC8 LES ÉCHOS · texte numérisé non relu

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sur la charrue, et suivant le sillon qui s'ouvre péniblement devant lui. La cloche tinte; il s'arrête aussitôt pour faire un signe de croix et une prière.

C'est le soir. Le soleil est couché , et ses dernières clartés se projettent encore dans la vallée. Assis au pied d'un chêne, à côté de sa fiancée, un jeune homme lui exprime avec un sourire de bonheur toute l'impatience qu'il a de s'unir à elle. La voix de Y Angélus se fait entendre : le couple se lève comme mû par un ressort ; le sérieux a remplacé le sourire, la prière a succédé aux doux propos.

Voyez, au milieu d'un nuage de poussière, ces hommes qui dansent en décrivant un cercle, au son du tambourin et de la chirula^ imitant avec les doigts le bruit des castagnettes, levant tantôt un bras, tantôt une jambe, parfois bondissant par sauts brus-

ques et saccadés, en poussant des cris étour-dissants : c'est le muchikoa (saut basque).

Les danseurs caressent du regard les filles qui les entourent ; celles-ci voilent modestement leurs yeux. Soudain un son argentin fait vibrer Fair : le tambourin, la chirula et les castagnettes se taisent, la danse s'arrête, tous les bérets s'inclinent jusqu'à terre; chaque danseur fait encore un signe de croix et une prière.

C'est un jour de marché. La rue est encombrée de gens affairés discutant avec chaleur, l'œil ardent et le poing menaçant.

La cloche tinte : le regard s'apaise, les bras tombent, et chacun prie au milieu du silence efrdu recueillement.

Au premier son de V Angélus^ au cabaret, les bouteilles inclinées se redressent, les verres^ quittent précipitamment les lèvres et se reposent à demi pleins. Au jeu de paume,

renthousiasme cesse comme par enchantement, et les gants sont jetés à terre.

Et, au milieu de cette piété générale, si quelqu'un s'avisaitde protester par un mouvement équivoque ou par un regard ironique, malheur, malheur à lui !

Au moment du péril, le Basque, par un simple signe de croix, montre toujours qu'il est chrétien et qu'il a confiance en Dieu.

Après un événement heureux, il rend grâce au Ciel, par cette muette prière, des bienfaits qu'il lui a accordés. Dans les moindres actions de sa vie, il témoigne de la même manière qu'il agit sous le regard de Dieu.

Le père de famille fait sur le pain le signe de croix, avant de le distribuer à ses enfants. Chaque soir, la mère trace ce signe sur le berceau de son nouveau-né.

Le jour de la Chandeleur, un cierge bénit

brûle 80U8 le toit basque, et ce cierge sert à marquer le divin signe sur le front de chaque membre de la famille.

Arrivé sur le bord de la rivière, Ganich, fidèle aux pieuses traditions de son pays, se jette à genoux, et trempant sa main dans l'eau, il présente le bout de ses doigts à la princesse.

— Faites, dit^il, avec moi, un signe de croix et une prière.

Cet hommage une fois rendu à la Puissance divine , il se relève soudain , et , après avoir placé la reine sur ses robustes épaules, il s'élance dans le courant. Il fend les flots bravement au milieu des blocs de rochers qui encombrent la rivière.

Aucun obstacle ne l'arrête ; il marche le

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front levé, orgueilleux de son noble far-

deau.

Tout à coup, il chancelle. •• un abîme imprévu s'est ouvert sous ses pas. Une secousse terrible agite ses membres. La reine effrayée pousse un cri déchirant.

Mais , par un effort surhumain, le géant se redresse ; et, malgré la violence du courant, il imprime à son corps un élan vigoureux.

Cependant, les flots rapides semblent vouloir encore entraîner la proie près de leur échapper. Durant quelques instants, qui paraissent des siècles, la lutte soutenue par cet homme énergique contre le torrent en fureur est indécise. Enfin, après un effort suprême, Ganich aborde à l'autre rive, et déposant doucement la princesse sur le gazon :

— Maintenant, madame, dit-il, remerciez

Dieu, car vous voilà sauvée : le chemin que nous allons suivre est peu surveillé ; les douaniers savent qu'il ne peut être parcouru que par de hardis contrebandiers.

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