I. — ÉCLAIRAGE AUX HUILES DE rÉTROLE
Lampe simili-gaz, de M. Boit al. — M. Fabius Boitai, 17, rue Martel, a introduit, à Moscou d’abord, à Paris ensuite, un nouveau bec allemand qui semble appelé à donner tout son développement à l’industrie déjà si considérable de l’éclairage aux huiles minérales. Ce bec est formé d’un simple tube légèrement conique, fortement évasé à la base, qui plonge dans le réservoir contenant le liquide. Cet évasement permet l’introduction d’une mèche plate d’abord, mais qui, prise par un petit cric, monte dans le tube en s’arrondissant progressivement, et arrive à l’orifice du bec sous la forme tout à fait cylindrique. Le courant d’air, dont l’action est accrue et dirigée par un étranglement du verre, saisit la mèche à un centimètre environ du foyer, brûle les
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huiles sans fumée, et donne une flamme longue, nourrie, blanche, d’une intensité très-grande. On pouvait craindre à priori que le verre, étranglé presque à angle aigu, ne résistât pas à la chaleur si intense du foyer ; mais l’expérience de tous les jours, et sur la plus vaste échelle qu’on vit jamais, a prouvé surabondamment que cet amincissement, au contraire, en facilitant la dilatation du verre, réduit à des proportions insignifiantes la casse par les coups de feu, qui est une des grandes calamités de l’éclairage aux huiles de pétrole. M. Boitai a déjà réalisé six becs de calibres différents dont voici la consommation et le pouvoir éclairant : n° 1. 56 grammes par heure, 45 bougies ; n° 2. 33 grammes, 10 bougies ; n° 3. 30 grammes, 8 bougies ; n° 4. 27 grammes, 6 bougies { ; n° 5. 24 grammes, 4 bougies ; n° G. 18 grammes, 3 bougies. Ces chiffres, résultats d’expériences consciencieuses et souvent répétées, prouvent par eux-mêmes que les nouvelles lampes assurent sur l’éclairage aux huiles ordinaires une économie de plus de
Dix mille lampes du nouveau système ont été et sont appliquées, par M. Boitai, à l’éclairage de la ville de Moscou ; et depuis environ un an, l’administration de la ville de Paris a confié à cet entrepreneur, aussi habile qu’actif, l’éclairage provisoire des voies nouvelles qu’elle fait ouvrir chaque jour. La rue de Rennes, par exemple, dans la partie récemment percée, et, sous nos fenêtres, la place entière de Saint-Germain-des-Prés et ses environs sont éclairés par les lampes à bec cylindrique, dont la lumière est plus fixe, plus blanche et plus brillante que celle des becs de gaz qu’elles remplacent. Dans ces conditions de succès éclatant, il nous semble impossible que la ville de Paris ne renonce pas définitivement à l’emploi des réverbères suspendus et des lampes à huiles fumeuses et ternes que l’on voit encore dans les
quartiers annexés, le long des quais, au centre même de la grande cité.
A l’intérieur des édifices ou des appartements, la nouvelle lampe sera plus précieuse encore et plus recherchée. Comme le courant d’air est en parfait rapport avec la quantité de liquide consommée, la flamme a un volume suffisant, elle se montre plus gazeuse et ne blesse plus le regard ; elle brûle toute sa fumée et ne dégage plus cette odeur désagréable qui a été si longtemps un obstacle à l’adoption des huiles de pétrole ; l’intensité du courant d’air empêche aussi que le feu puisse se communiquer à l’intérieur du récipient, et la sécurité est beaucoup plus grande. Pour éloigner jusqu’à l’ombre de la répugnance, pour enlever d’assaut les plus hésitants, M. Boitai, dans son bel établissement de la rue Martel, n° 47, a multiplié les modèles à l’infini, depuis les plus simples jusqu’aux plus élégants ; il en est même d’une élégance dont nous ne nous étions pas fait une idée.
Lampe à mèche eireulalra d’Argant, de
M. Maris, 28, rue Geoffroy-Lasnier. — Lorsqu’il s’agit d’obtenir un très-grand pouvoir éclairant par la combustion complète des hydrocarbures et des huiles de schiste, beaucoup plus riches en carbone que les pétroles, force est de revenir à la mèche circulaire d’Argant qui, par son courant d’air intérieur, appelle autour de la flamme une plus grande quantité d’oxygène. C’est ce qu’a fait M. Maris, et pour assurer l’alimentation suffisante de la mèche, pour l’empêcher de se carboniser et lui donner une grande durée, il a rapproché autant que possible le réservoir du centre de la combustion, en donnant à la partie supérieure du récipient une forme concave qui fait comme rentrer le bec dans le réservoir. Ces lampes surbaissées, à disque brûleur, comme toutes les lampes à schistes, a été adoptée par l’adminis-
tration des phares pour l’éclairage de tous les feux de troisième ordre ; sa lumière peut aller jusqu’à 25 bougies.
Éclairage aux liuiles lourdes de goudron,
de M. Donny, de Gand. — Dans l’appareil primitif de M. Donny, présenté à la Société d’encouragement en 1857, la vaporisation de l’buile et sa combustion s’opéraient dans un récipient métallique à fond plat et de forme circulaire ; un vase de Mariotte fournissait constamment l’huile au foyer et maintenait un niveau constant. Le fond du vase à combustion portait à son centre un tube donnant passage à l’air envoyé sous pression suffisante par un gazomètre, un soufflet ou un ventilateur ; il n’y avait pas de mèche, et, pour enflammer l’huile lourde, on versait à sa surface un liquide volatil et combustible. On ménageait autour du vase à combustion une rigole concentrique dans laquelle l’huile de goudron, entraînée par la capillarité, venait se déverser, pour tomber ensuite au dehors par un tuDe fixé à la partie inférieure de la rigole. On évitait l’inflammation de l’huile lourde par une toile métallique fixée au bord extérieur de la lampe et formant toiture sur le canal circulaire ; un cône, placé sur le foyer, limitait la flamme. Bien conduit, l’appareil de M. Donny brillait complètement et sans fumée toute espèce d’huiles lourdes, mêmes les plus mauvaises, qui n’avaient subi aucune épuration ; l’éclairage ainsi obtenu était six fois moins cher que l’éclairage au gaz. Mais le difficile était de bien conduire l’appareil, et pour le faire entrer dans la pratique, M. Maris a dù le modifier profondément. On remplit le réservoir unique de la lampe en dévissant un bouchon-écrou , garni à l’intérieur d’un cuir qui intercepte toute communication avec l’air extérieur. Le brûleur, qui doit être parfaitement horizontal, est réuni au récipient par un tuyau en cuivre muni d’un robinet. Un
ajutage conique livre passage à l’air qui, venant frapper la flamme à l’intérieur d’une capsule, lui fournit l’oxygène nécessaire à la combustion. Un simple tube, ouvert dans l’air à son extrémité supérieure, plongeant par son extrémité inférieure dans l’huile lourde du réservoir, suffit à maintenir le niveau constant dans le brûleur à un millimètre au-dessus du bord ; une triple série de rainures circulaires reçoit et fait écouler dans le godet l’huile qui échappe à la combustion. Un réflecteur, adossé au récipient, le défend de la chaleur qui, en dilatant l’air intérieur, faisait trop affluer le liquide dans le brûleur. L’air, amené par un tuyau muni d’un robinet servant à régler son passage, est fourni par une soufflerie à vent continu. Pour allumer, on ferme le robinet de communication avec le réservoir ; on ouvre, pour le refermer aussitôt, un second robinet qui laisse écouler dans le godet une partie du liquide du brûleur ; on remplace le liquide écoulé par de l’essence de térébenthine ou minérale, qu’on enflamme au moyen d’une allumette ; on rouvre le tuyau de communication avec le réservoir et le robinet d’air; bientôt l’huile prend une température suffisante pour se transformer en vapeur dans l’intérieur de la capsule et brûle en donnant une flamme très-vive au contact de l’air fourni par la soufflerie. Pour éteindre, on ferme le robinet d’air et celui du réservoir, on couvre la capsule de son éteignoir, et l’on fait écouler, pour qu’elle ne se solidifie pas, l’huile tombée dans le godet.
Une lampe Donny-Maris du prix de 70 francs donne une lumière équivalente à 200 bougies et brûle par heure 1 kilogramme environ d’huile lourde qui coûte dans Paris 20 centimes. Des expériences rigoureusement faites ont prouvé que l’huile lourde brûlée par la lampe Donny procurait, comparée aux huiles végétales, une économie de 88 poux cent, et, dans la comparaison avec le gaz, une écono-
mie de 85 pour cent. M. Maris a fait des brûleurs Donny de 32 centimètres de diamètre qui donnaient la lumière de 200 becs de gaz, 2000 bougies, en produisant une colonne de flamme de 1 mètre de haut, de 15 à 18 centimètres de large. Les brûleurs le plus communément employés sont de 8, de 12 ou de 16 centimètres, et donnent la lumière de 10, 20, 40 becs de gaz de 10 bougies ; à 30 mètres du foyer d’un appareil de 20 centimètres on lit encore le bulletin d’un journal. Dans le cas d’un éclairage en plein vent, l’appareil est entouré d’une lanterne ; un grand nombre d’usines ont déjà 3dopté la lampe Donny. La canalisation de l’air ne coûte presque rien, puisqu’il suffit de tuyaux de terre unis à l’argile, et que les fuites n’ont aucune importance.
Soufflerie hydraulique. — M, Maris a construit pour l’envoi de l’air dans le chauffage ou l'éclairage aux huiles lourdes une soufflerie hydraulique simple et efficace, formée d’une hélice ou cagnardelle qu’un poids fait tourner, et dont le mouvement est réglé au moyen d'une cloche placée au-dessus. Quatre hélices tournant dans un tambour incliné compriment et chassent l’air qui s’accumule dans une première chambre remplie d’eau, vient remplir une seconde chambre sous une pression variable avec la vitesse du tambour , s’échappe par un tube courbé à angle droit et vient remplir la cloche faisant fonction de régulateur. Chargée uniformément de poids plus ou moins lourds, suivant la pression dont on a besoin, cette cloche distribue l’air qu’elle reçoit avec une régularité suffisante. On a ménagé, au moyen d’un tube en verre vertical et divisé pour servir de manomètre, l’écoulement de l’eau que les spires de l’hélice entraînent dans les conduits. Avec un poids de 80 à 200 kilogrammes tombant lentement d’une hauteur suffisante, et qu’un homme
seul peut remonter en une minute, on réussira, par une série de roues et de pignons, à imprimer au tambour, pendant trois ou quatre heures consécutives, une rotation de 5 tours par minute qui donne 13750 mètres cubes d’air à la pression de 5 centimètres d’eau.
On peut, au moyen d'une disposition particulière, n’obtenir l’air comprimé qu’au fur et à mesure de la consommation. La machine peut à volonté ne donner qu’un mètre cube d’air par heure; et le poids moteur ne descendra que d’une hauteur proportionnelle à la quantité d’air fourni, de sorte que pour de petits besoins l’appareil peut rester vingt-quatre heures sans être remonté. Ce résultat est obtenu au moyen de petits poids posés sur la cloche ou par la diminution des orifices de sortie. M. Maris a fait avec beaucoup de succès l’application de la soufflerie d’abord à l’éclairage Donny, puis au soudage à l’étain exigé par plusieurs industries. Le fer à souder est monté à l’extrémité d’un manche en fer creux ayant nu bas deux tubulures recevant par deux tubes en caoutchouc, l’une le gaz ordinaire d’éclairage, l’autre l’air venant de la soufflerie. L’économie résultant de ce mode de chauffage est par ouvrier et pour un travail de dix heures de 10 fr. 50 par jour.