II. ÉCLAIRAGE Aü GAZ OXHYDROGÈNE
Éclairage Tessié du Motay et VI a récital de
Metz. — L’essai en grand sur la place de rHôtel-de-Ville de l’éclairage au gaz oxhydrogène, d’après les procédés de MM. Tessié du Motay et Maréchal, organisé au commencement de janvier, a duré un mois entier. Comme expérience de physique grandiose, comme production dans des conditions toutes nouvelles de la lumière Drummond, comme effet aussi d’éclairage, cette organisation fait le plus
grand honneur aux inventeurs. La moitié de la place du côté de la rue de Rivoli était parfaitement éclairée, les becs de lumière étaient absolument fixes, et leur éclat durait toute la nuit. Ces becs étaient formés d’un petit cylindre de magnésie fortement comprimé et quelque peu fondu ou glacé à sa surface. On a eu l’heureuse idée de suspendre ce petit cylindre au-dessus des jets enflammés de gaz mélangés qui, au nombre de 3 ou 4, le lèchent tangentiellement et le rendent incandescent. Ainsi suspendu, le cylindre de feu produit un eft'et ravissant, il ne projette plus d’ombre au-dessous de lui, et la durée de son service augmente considérablement. On a remarqué, non sans surprise, que les raffales de la seconde quinzaine de janvier qui ont éteint deux fois les becs de gaz ordinaire, ont laissé toute leur lumière aux nouveaux becs Drummond. Ils ont reçu plus récemment un perfectionnement nouveau. Le brûleur, ou ensemble des tubes d’adduction de l’oxygène et de l’hydrogène est très-amoindri, les gaz ne se mêlent plus qu’au centre d’un tambour très-plat ; et quelque faible que soit la pression, le jet enflammé ne peut plus rentrer dans l’appareil, les toiles métalliques sont devenues complètement inutiles.
De son côté, le problème capital de la production économique du gaz oxygène est complètement résolu. Quoique conçus, dessinés, construits pour la première fois et installés dans les caves de l’hôtel de l’assistance publique, qui avaient une tout autre destination, les appareils ont parfaitement fonctionné. Les expériences nécessaires pour établir l’intensité et le prix de revient du nouvel éclairage ont été répétées presque tous les soirs ; la discussion des nombres obtenus mettra en évidence une économie énorme, de 60 à
En résumé, l’éclairage au gaz oxhydrogènede MM. Maré-
chai et Tessié du Motay, accepté par deux banquiers riches et actifs, MM. ilensch et Lutscher, 20, rue Le Peletier, va prendre son essor. On construit à Pantin une usine dont la destination principale sera la production et la compression ou emmagasineinent dans des récipients fermés des deux gaz oxygène et hydrogène qui, jusqu’à nouvel ordre, seront transportés à domicile, comme les cloches de gaz portatif. Sa Majesté l’Empereur a donné l’ordre d’éclairer par la lumière Tessié du Motay la cour intérieure des Tuileries ; puis viendront sans doute successivement la place du Carrousel, la cour du nouveau Louvre, la cour du vieux Louvre. L’éclairage à giorno au gaz oxhydrogène de la place de l'Hôtel-de- Ville est aussi arrêté en principe, et sera suivi de l’éclairage intérieur de toutes les dépendances de l’hôtel. Les inventeurs ont définitivement traité en pleine connaissance de cause avec de grands industriels américains, et le gaz oxhydrogène resplendira bientôt sur les places de New-York. La nouvelle société constituée sous la raison sociale Tessié du Motay et C®, pour la production et l’exploitation du gaz oxygène extrait de l’air par l’intermédiaire du manganate, et du gaz hydrogène extrait de l’eau au moyen de l’hydrate de chaux, aura son siège 44, me Laffitte.
Production de l’oxyjçène par 1» baryte. — Un
chimiste modeste, mais très-exercé, ancien élève du laboratoire de M. Payen au Conservatoire des Arts et Métiers, poursuit de son côté avec une ardeur infatigable le grand problème à l’ordre du jour de la préparation industrielle de l’oxygène. Convaincu que la réaction si simple et si bien étudiée par M. Boussingault devait aboutir à un procédé vraiment pratique, il a mis de nouveau en jeu cette double propriété de la baryte : 1° de se transformer en bioxyde quand, après l’avoir chauffée au rouge sombre, on fait pas-
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ser sur elle un courant d’air; 2° d’abandonner à la température du rouge blanc l’oxygène absorbé pour revenir à l’état d’oxyde. En substituant aux tubes de porcelaine de M. Boussingault, qui se brisaient trop souvent, des tubes en fer forgé, en mélangeant à la baryte des alcalis ou des terres pour l’empêcher de se fritter, en réglant les températures de son fourneau par des tirages en coulisse, M. Gondolo, avec un appareil très-simple, installé dans un soussol, facile à manœuvrer, ferait dégager en un quart d’heure plusieurs mètres cubes d’oxygène à un prix très-peu élevé, et répéterait jusqu’à cent fois l'oxydation et la désoxydation de la baryte. 11 ne recueillera pas seulement l’oxygène de la seconde opération ou du coup de feu, pour le faire servir à l’éclairage, au chauffage, à la fonte des métaux, à la fabrication du fer et de l’acier par un perfectionnement du procédé Bessemer, à la substitution à l’air dans une foule d’industries abandonnées aujourd’hui à l’action trop lente de l’atmosphère, etc., etc. Il emmagasinera aussi l’azotç de la première opération, que la baryte a séparé de l’oxygène de l’air, pour le faire servir à plusieurs usages industriels, la conservation des grains et des substances alimentaires, la fabrication des engrais, etc. Puisse-t-il mener à bonne fin des expériences très-intéressantes, sans aucun doute, mais qui présenteront des difficultés énormes avant d’entrer dans la pratique industrielle.
Production de l’oxygène par le protoclxlorure «le cuivre, procédé de M. Mallet. — Le 4 février 1867, un jeune ingénieur, ancien élève de l’École centrale, M. Mallet, présentait à l’Académie des sciences un procédé de préparation économique et industrielle du gaz oxygène fondé sur la propriété qu’a le protochlorure de cuivre, Cu’Cl, d’absorber l’oxygène de l’air, de le trans-
former en oxychlorure (CuCl, Cu O), susceptible, lorsqu’il est chauffé vers 400 degrés, de restituer cet oxygène en repassant à l’état de protochlorure et ainsi de suite. Le protochlorure, mêlé à une substance inerte, telle que le kaolin ou le sable, pour le défendre de la fusion ignée, est renfermé dans des cornues horizontales animées d’un mouvement de rotation; la distillation et la revification se font au sein même des cornues. Depuis cette époque, M. Mallet a beaucoup amélioré son procédé par la découverte de la réaction suivante. Le protochlorure de cuivre s’oxyde spontanément à froid au contact de l’air, mais l’action est encore assez lente, puisqu’elle n’est complète qu’au bout de quelques heures. Au contraire, dans certaines conditions d’humidité et de température, entre 100 et 200 degrés, l’absorption de l’oxygène par la matière cuivreuse est si rapide qu’elle peut être considérée comme presque instantanée. Dans ces conditions, la fabrication de l’oxygène par le protochlorure prend une valeur incontestable, puisqu’on se trouve en présence d’une matière qui dégage de l’oxygène à une température modérée, et qui reprend avec une grande rapidité une nouvelle dose de ce gaz à une température peu différente de celle du dégagement, et cela dans des appareils très-simples. Avec 400 kilogrammes de protochlorure de cuivre, on obtiendrait, dans un jour, de 45 à 18 mètres cubes •de gaz oxygène au prix de 50 à 60 centimes!
Signalons en passant une réaction non moins curieuse, et plus importante peut-être, du protochlorure de cuivre. Si après l’avoir chauffé à 100 ou 200 degrés, on lui ajoute, goutte à goutte, de l’acide chlorhydrique du commerce en présence d’air convenablement renouvelé, il y a absorption simultanée et rapide de l’oxygène de l’air et d’acide chlorhydrique, décomposition de l’acide par l’oxygène, fixation du chlore et dégagement de vapeur d’eau. Le protochlorure
est ainsi transformé dans un temps très-court en bichlorure propre à dégager du chlore par une légère élévation de la température. L’application de cette réaction, dans des conditions voulues, permettra de produire industriellement et économiqument les chlorures décolorants et désinfectants, dont la consommation annuelle est en France de près de cent mille tonnes.
ÉCLAIRAGE AERHYDRIQUE.
M. Bourbouze, préparateur de physique à la Faculté des sciences et expérimentateur très-habile, s’est proposé de brûler le gaz d’éclairage dans des conditions d’éclat plus grand, mais sans recourir à l’oxygène, en se contentant d'air comprimé. Ses premières expériences ont été faites avec la pompe à air de M. Wiesnegg, place de la Sorbonne, 6, et le chalumeau de M. Schlœsing, dont l’embouchure évasée, du diamètre environ d’une pièce de deux francs, est recouverte d’un tissu ou réseau en fil de platine convenablement serré. Le chalumeau, à deux tubes concentriques, est en communication par un des tubes avec la pompe à air, par l’autre avec la source de gaz d’éclairage. On comprime l’air jusqu’à ce que sa pression soit de 18 centimètres de mercure, et l’on enflamme à travers le réseau de platine le mélange d’air comprimé et de gaz d’éclairage. Au bout de quelques instants, la chaleur rend le platine incandescent ; on règle les robinets de manière que, la combustion devenant parfaite, toute flamme disparaisse, et l’on obtient un disque lumineux absolument fixe, dont l’éclat augmente quand on porte la pression de 18 à 30 centimètres, limite qu’il ne faut pas dépasser, parce qu’on risquerait de fondre le platine ; la lumière du nouveau bec est alors de sept becs
d’Argant. Cette nouvelle manière de brûler le gaz d’éclairage recevra des applications utiles ; elle réaliserait, dit M. Bourbouze, une économie de 20 à 30 p. 100, déduction faite des frais nécessaires pour produire la pression.
— M. d’Hurcourt, ingénieur civil, une des notabilités de l’industrie du gaz, a conçu et résolu tout autrement ce même problème. Il reprend aussi la corbeille en platine de M. Gillard, et part des données des expériences faites à Narbonne sur l’éclairage au gaz extrait de l’eau. Il fut constaté qu’une consommation par heure de 230 litres de gaz, sous une pression de 13 centimètres d’eau, donnait une belle lumière de 12 bougies très-fixe. Après de nombreux essais infructueux, faits avec le bec Gillard à corbeille de platine, M. d’Harcourt eut l’idée d’injecter un peu d’air dans le petit gazomètre d’essai qui servait à ses expériences, et il vit la corbeille blanchir de plus en plus à mesure qu’il augmentait le volume d’air. Ce premier succès l’a encouragé à prendre un brevet ; il lui reste à fixer le meilleur rapport du mélange d’air et de gaz, la meilleure disposition à donner au brûleur et à la corbeille. Avec un mélange de 35 de gaz contre 65 d’air, et une dépense de 220 à 230 litres, dont 80 litres de gaz, sous une pression de 6 centimètres et demi d’eau, il a obtenu la lumière de dix bougies; il espère aller jusqu’à quinze. M. d’Hurcourt ne s’inquiète pas du danger causé par le mélange au sein d’un galvanomètre de gaz d’éclairage et d’air, a Je suis loin, dit-il dans une lettre à M. le docteur Quesneville, des proportions d'un mélange détonant; j’ai au plus 2 d’air contre 1 de gaz, quand il faut de 6 à 8 d’air, pour qu’il y ait danger. Je me pénètre bien de cette objection que les appareils les plus parfaits peuvent accidentellement mal fonctionner, et je ferai connaître le moyen de mélanger les gaz sans jamais avoir à redouter une mauvaise manœuvre. Mon système a l’avantage de s’appliquer
aux installations actuelles. Je me sers des mêmes appareils ; je change seulement les becs, et je place après le compteur l’appareil faisant le mélange ; il me faut un moteur, il est vrai, mais d’une force insignifiante. »