ÉCLAIRAGE A LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
Régulateur «1e lumière électrique de 901. Foucault et Dubosei|. — Après de trèsmùres réflexions, nous croyons devoir rectifier la préférence que nous avons donnée au régulateur de M. Serrin sur le régulateur de M. Foucault. Depuis une dernière modification apportée par M. Duboscq, non-seulement les charbons d’abord au contact deviennent incandescents, se séparent, se décroisent, si par accident ils sont croisés, reculent jusqu’à la distance normale et se maintiennent dans cette position ; mais l’usure des charbons s’opère dans une proportion différente, suivant que la source d’électricité est une machine magnéto-électrique ou une pile ; et l’appareil, ce qui n’a pas lieu pour le régulateur actuel de M. Serrin, peut prendre toutes les inclinaisons désirables, et fonctionner malgré les secousses et les mouvements brusques du roulis et du tangage. Le régulateur Foucault-Duboscq est donc, de son côté, comme ;le régulateur de M. Serrin, à qui reste l'honneur d’avoir obtenu le premier l’allumage automatique des lampes à une distance quelconque de l’opérateur, un instrument achevé satisfaisant à toutes les exigences de la théorie et de la pratique.
Rultiiilication et fixation de la lumière électrique, par M. Le Roux. — Le courant non redressé de la machine magnéto-électrique de la compagnie l’Al-
liance, est forcément interrompu à chaque renversement ; et puisque la lumière ne s’éteint pas, il faut nécessairement que le courant possède la propriété de se rétablir spontanément entre les charbons séparés sans qu’ils aient été remis en contact. L’expérience montre qu’en effet le courant se rétablit spontanément, pourvu que l’interruption ne soit pas de plus d’un vingtième de seconde. Il en résulte que, si dans un intervalle de temps inférieur à cette limite on lance le courant dans deux directions différentes, on peut entretenir, dans tout leur éclat, deux lampes électriques avec un seul courant. Si pour chacune d’elles l’interruption est assez petite, le courant se rétablira spontanément ; et comme, d’ailleurs, les impressions lumineuses sur la rétine persistent pendant un dixième de seconde au moins, les deux lumières paraîtront aussi continues que celles produites par deux machines magnéto-électriques. En cherchant à se rendre compte de ce qui se passe, on trouve que la lumière à réellement cessé d’exister ou que l’arc a cessé d’être lumineux pendant l’interruption. Quand par une disposition particulière qui fait osciller la lumière sur un certain espace de l’écran, on rend la rétine susceptible d’apprécier des phénomènes lumineux de très-courte durée, en interrompant brusquement le courant pendant un temps très-court, on voit l’arc disparaître tout à fait pour se rétablir immédiatement après. Il est impossible, d’ailleurs, de savoir, d’une manière certaine, dans quel état est l’espace qui sépare les charbons pendant cette interruption très-courte du courant. II est probable qu’il contient de la vapeur de carbone, et que c’est à la présence de cette atmosphère qu’est dû le rétablissement dé circuit électrique; on est porté a admettre cette hypothèse lorsqu’on voit qu’au spectroscope l’arc électrique présente toutes les raies caractéristiques du carbone.
M. Le Roux a fait connaître en outre un moyen par lequel
on donne à la lumière électrique une fixité et une intensité plus grande que dans les appareils actuellement employés ; il projette dans un sens déterminé un petit jet d’oxygène sur les charbons incandescents. Il en résulte une usure lente des charbons qui prennent la forme de lames taillées en biseau, et l’arc électrique, au lieu d’osciller d’une manière variable autour de l’axe, en raison des impuretés du charbon, reste stable dans la position opposée au jet de gaz, en portant sur cette face la plus grande quantité de la puissance éclairante de la lampe. M. Leroux a répété avec succès ses expériences en présence de la Société d’encouragement. Nous y avons vu pour la première fois le partage du courant entre deux lampes électriques allumées simultanément.
Application» nouvelles de la lumière électrique et de» maelilnes magnéto-électriques de la, Compagnie V Alliance. — - A la suite du succès obtenu de la première application de la lumière électrique sur le yacht le Roi-Jérôme du prince Napoléon,
M. Berlioz a reçu l’invitation d’installer une machine de six disques avec un régulateur et la lunette de nuit sur la frégate cuirassée Y Héroïne, faisant partie de l’escadre de la Méditerranée. L’installation achevée, les essais d’éclairage des côtes ou des navires en mer et d’échange des signaux ont commencé immédiatement. Les résultats obtenus et qui sont complètement satisfaisants sont consignés dans un rapport fait à son Excellence le Ministre, par M. de Jonquières, capitaine de vaisseau, et géomètre trèséminent. Ils amèneront infailliblement l’adoption définitive de la lumière électrique sur tous les grands navires de t guerre des marines de France, d’Italie, d’Angleterre, de Russie et des États-Unis.
Nous avons appris en outre que Ton avait résolu d'établir sur des points stratégiques convenablement choisis à l’entrée de nos principaux ports de la Méditerranée et de l’Océan des phares électriques munis aussi de lunettes de nuit pour signaler l’approche des flottes ennemies, et d’appareils nécessaires à la transmission des signaux entre la terre et les navires qui surveilleront les côtes.
Les expériences d’éclairage électrique organisées dans les gares de l’est, par M. Guebhart, seront reprises officiellement au mois de mai. Le succès de cette application n’est plus douteux, nous oserions même dire qu’admis en principe par l’administration des chemins de fer de l’est, l’éclairage électrique deviendra une nécessité pour toutes les grandes gares de voyageurs et de marchandises.
Enfin, ces mêmes machines de la Compagne Y Alliance, dont l’avenir est aujourd’hui assuré, et sera, nous l’espérons brillant, ont été appliquées avec bonheur à la transmission des dépêches télégraphiques. L’idée et la réussite de cet essai appartiennent a M. Émile Bouehotte de Metz, physicien amateur très-distingué. Il a opéré d’abord avec une petite machine à un seul disque de huit bobines, et, d’un seul bond, il a atteint le but. 11 est aujourd’hui démontré que le courant non redressé de cette machine élémentaire fait produire à l’appareil de Morse des signaux très-distincts, très-visibles, à la distance de 500 kilomètres ; et que ce même courant redressé est efficace à des distances de 1 200 kilomètres. M. Bouehotte, en outre, est parvenu à redresser le courant ou à obtenir un courant toujours de même sens, sans commutateur, par un moyen aussi simple qu’ingénieux : en introduisant dans le circuit un voltamètre à eau acidulée, dont les électrodes, formés de fils de platine suffisamment fins, sont attachés à des supports qui permettent de les immerger plus ou moins dans le liquide.
L’un des fils étant plongé dans le voltamètre, on met l’autre en contact d’abord avec la surface du liquide ; sa pointe devient incandescente, et si on la fait plonger d’environ 7 à 8 millimètres dans l’eau acidulée, elle s’entoure d’une gaine lumineuse. Dès ce moment, le courant est redressé , et toujours de même sens, l’aiguille du galvanomètre se dévie fortement dans un sens qui indique que des deux séries de courants alternativement de sens contraires, la série positive est absorbée. jL’expérience a prouvé que l’effet utile obtenu du dialyseur serait les 50 cent-trente-sixièmes de celui que l’on peut attendre du redressement des courants par le commutateur qui a l’inconvénient grave d’être bientôt hors de service, brûlé par les étincelles qui jaillissent aux points d’interruption et d’inversion du courant.