‹ Les écoles d'architecture et d'art décoratif des XVIIme et XVIIIme siècles à Aix, capitale et siège du gouvernement de la ProvenceChapitre 33 sur 44 · I.ES ÉCOLES D’ARCHITECTURE ET d’àRT DÉCORATIF · texte numérisé non relu

I.ES ÉCOLES D’ARCHITECTURE ET d’àRT DÉCORATIF

Hôtel de Régusse. — Porte et boiserie

attribuée à Toro mais que je crois plutôt de J.-C. Rambot ; ses battants tombent en ruine. Ils eurent de belles moulures et de larges panneaux. Nous donnons une excellente reproduction de sa belle imposte sculptée. Le motif central de sa décoration représente un grotesque à la Berain, dont le bras et le torse finissent en feuillages d’acanthe, qui se développent en rinceaux à droite et à gauche et couvrent la surface du reste du panneau. Quel

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magnifique et puissant ciseau les fit jaillir jadis du cœur de ce bois ; c’est une admirable chose stupidement laissée à l’abandon et qui a subi même des mutilations : la moitié du nez et de la figure et plusieurs morceaux d’acanthes ont en effet disparu. Cette porte est certainement guettée par les marchands et subira le même sort que sa voisine de la rue Eméric David, à moins qu’un homme de goût de la localité ne l’achète!... Aixois encore

une fois attention ! veillez je vous en prie sur vos derniers chefsd’œuvre ! Il n’est que temps.

Les deux autres portes de cette belle série ont des battants plus ornés et des impostes rondes.

Elles sont également d’un remarquable travail, parfaitement entretenues et d’une très belle patine de bois. L’imposte de celle de l’hôtel de Peyronetti à des guirlandes sculptées qui rappellent, par leur mouvement, les têtes de lions ou elles sont attachées par des rubans, les sculptures sur pierre et sur plâtre du pavillon de Vendôme; je crois qu’on peut donc l’attribuer sans erreur à

Dessus de porte (boiserie) (rue des Epinaux)

1 En voici le prix fait, découvert par E. Aude, dans le livre des contrats de la ville d’Aix : Année 1661, promesse par Pierre Barbier maître-menuisier de faire une porte en bois de noyer, doublée de bois de mesle (sic) pour fermer l’entrée de l’Hôtel de Ville.

Il repara en outre les planches marquant les jours de

Hôtel de Fonvert. — Dessus de porte

la semaine à la grande horloge, le tout moyennant 385 livres.

J.-C. Rambot. Celle de l’hôtel de Régusse à une guirlande médiane droite, d’une grande beauté et des panneaux richement sculptés.

On retrouve le même genre de décoration dans les panneaux et boiseries à guirlandes de la porte d’entrée du Pavillon Vendôme, sur les jardins.

Allons maintenant à la Mairie voir les puissantes tètes de lions fixées au milieu de ses portes, mais malheureusement peintes à l’huile1 Il. Une très intéressante boiserie de la même

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époque que nous signalerons ensuite, est celle de la porte de la maison Pascal sise dans la lice des Cordeliers; elle est surtout remarquable par le travail de ses moulures d’encadrement précieusement fouillées et assemblées avec goût. C’est l’unique porte d’Aix ayant ce genre de décoration. Elle est très peu connue, bien peu de promeneurs dirigent leurs pas vers ces parages, je la recommande aux amateurs de belles boiseries. Elle est en parfait état et soigneusement entretenue. Voici maintenant l’énumération de toute une série de boiseries également du XVIIe siècle du même type beaucoup moins belles que les précédentes, elles ne manquent pas en leur simplicité d’intérêt décoratif. Presque toutes ont été malheureusement peintes. La plus intéressante de ces portes est celle de la

rue des Epinaux, avec une belle imposte sculptée. Viennent ensuite dans l’ordre de mes préférences celle des hôtels de Nibles, d’Agut, de Forbin, de Chateaurenard, d'Espagnet, d’un hôtel rue Littera, de la maison de la belle du Canet rue Verrerie, etc. Elles méritent qu’on s’y arrête, mais ne peuvent se comparer à celles précédemment étudiées.

Hôtel de Raousset-Boulbon. — Porte

Voyons encore, avant de passer au XVIIIe siècle, toute une série de portes qui sont surtout intéressantes par leurs dessus, de travail parfois exceptionnel. Ce sont celles des hôtels de Fonvert rue Littera, de Boisgelin (porte intérieure donnant sur la cour), d’une ancienne chapelle rue du Louvre, de l’Archevêché, du presbytère de St-Sauveur, d’une maison à l'angle de la place et de la rue d’Adanson et enfin de l’hôtel

Hôtel d' Arbaui-J ouques . — Porte

Pl. XIV

Maison Pascal (Lice des Cordeliers) Boiserie de porte du XVIIe siecle

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de Saporta. L’imposte de l’hôtel de Fonvert est un des plus beaux morceaux de la sculpture décorative Aixoise, elle peut rivaliser facilement avec celles des hôtels de Maliverny et de Carces.

Hôtel d’Ailhaut. — Porte

Bien qu’elle soit beaucoup moins connue, car elle se trouve dans une rue obscure et peu fréquentée. Elle représente un vase à parfums formant motif central sur un socle à larges rinceaux.

De ses anses se détachent des palmes

Hôtel de Panisse-Passis. - Porte et une merveilleuse guirlande de fleurs

et de fruits au sommet du panneau entourant une très belle coquille renversée qui surplombe le vase. C’est une boiserie malheureusement peinte. Celle de la rue Adanson est presque aussi agréable, bien que de petite dimension. Elle est du même maître et remarquable surtout par les tètes de griffons qui soutiennent la guirlande centrale. Celle de la rue du Louvre plus archaïque que les précédentes, représente un écusson soutenu par deux sirènes, celle de la rue G. de Saporta un écusson soutenu par des lions. Celle de l’hôtel de Boisgelin des personnages. Enfin, l’imposte demi circulaire de la porte monumentale de l’Archevêché contient un écusson en forme de cœur, d’où rayonnent de beaux feuillages sculptés. Les battants de cette dernière porte ont aussi de fines et sobres décorations.

Nous voici arrivés à l’époque de transition entre le Louis XIV et le Louis XV. Nous avons sur le cours à l’hôtel de Raousset Boulbon un remarquable modèle de porte de cette époque, sa boiserie en chêne bien entretenue est dans un parfait état de conservation. Comme toutes les portes que nous allons étudier maintenant, elle se compose de deux parties, un dessus contenant souvent en son motif central les armes ou le mono-

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gramme sculptés du propriétaire et des battants formés de panneaux moulurés en largeur et en hauteur; généralement par trois. Ceux du bas plus exposés ne sont pas sculptés et forment divers modèles, se ressemblant beaucoup, de croix de St-André composées de morceaux de bois découpés et rapportés lorsqu’il ne sont pas enlevés en plein bois.

Ce qu’il y a de particulier dans la porte de l’hôtel de Raousset, c’est la finesse des encadrements et la sobriété de la décoration. Le dessus contient un beau monogramme. Cette porte est très particulièrement séduisante.

Dans leur simplicité celles de la Sous-Préfecture et de l’hôtel d’Ansouis, malheureusement peintes, doivent se rattacher au même type. Viennent ensuite, dans ces spécimens d’époques de transition, trois admirables portes ; mais la plus belle est la plus grande nous a été malheureusement enlevée il y a deux ou trois ans déjà. C’est la fameuse boiserie de Bernard Toro qui clôturait l’hôtel d’Arlatan, ce chef-d’œuvre de sculpture n’est pas tout à fait perdu pour nous. Il reste en France et se trouve actuellement comme nous l’avons déjà dit au Musée de Lyon où il a été fort bien nettoyé et remis à bois naturel. Cette boiserie fut exécutée par l’artiste pendant son premier séjour à Aix, de 1695 à 1700. Son dessus porte, au lieu de monogramme comme dans la porte de l’hôtel de Raousset, une pomme de pin en relief entourée de gracieuses sculptures, et, encadrée d’une puissante moulure à coquille à mascaron d’un travail admirable. Dans les panneaux des battants on ne saurait trop apprécier l’exécution des diverses moulures des guirlandes et des têtes de femmes formant le motif supérieur du panneau central.

Après cette admirable porte, nous en étudierons deux, presque aussi belles et dont nous sommes heureux de signaler le bon état de conservation et d’entretien : ce sont celles des hôtels d’Arbaud Jouques et de Panisse Passis ; toutes deux ont sur les panneaux du centre de leur battant, des trophées d’armes, carquois, flèches, lances, haches etc., superbement sculptés ; ceux de l’hôtel de Panisse sont les plus riches, et les panneaux secondaires de cette porte sont plus décorés également que ceux de la porte de l’hôtel d’Arbaud-Jouques. La sculpture en est des

Pavillon de Vendôme. — Boiserie peinte

Amour bois doré et peint (XVIIe siècle). Collection Dobler

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plus sèches. Cette dernière a son dessus orné d’un superbe monogramme, celui de l’hôtel de Raousset, mais d’un travail moins savoureux. Nous terminerons l’étude des boiseries de portes du XVIIIe siècle par l’énumération et l’examen plus ou moins détaillé de celles d’un dernier type, très ment Louis XV, avons de nom- Aix. Dans cette rie, la plus belle contestation posl’hôtel d’Ailhaut encadrement de gnalé pour son ron représentant gère drôlement boiserie est retravaillée comme rendre compte tion. Viennent dre de mérite, la de la porte de ancien hôtel de Prêcheurs, un de détails ; on têtes taillées fort te porte, comme sculptée par connaît le prix de est précieux au docume ntaire ratif de cette épo- Carondelet (de rue Cardinale a sculpture mais les hôtels des également ; enfin ricorde et rue vent deux portes simples, mais me disposition boiserie de style ne connaissons

caractéristiqueet dont nous breux modèles à intéressante séporte est sans sible celle de rue Mignet, son pierre a été sicurieux mascaune tête de berchapautée. Sa marquablement on pourra s’en par sa reproducensuite, par orboiserie de noyer l’hôtel Coupin, Gras place des peu moins riche en remarque les habilement. Cetla précédente fut Saurin on en revient, ce qui point de vue pour l’art décoque L L’hôtel de Joursenvault) le même genre de sans mascarons, deux Facultés rue de la Misé- Thiers se trouinfiniment plus présentant la mègénérale.Comme Louis XVI, nous guère à signaler

porte que possède M. Arbaud : « Le

Chaire en bois doré

(anciennement dans un couvent à Lambesc)

des Prêcheurs, tel qu’il l’a dessiné luimême en grand sur le dessin qui a été

sieur Saurin sculpteur en bois (sic) de cette ville promet à M. de Gras, conseiller au Parlement, et s’oblige à sculpter les ornements sur la porte en bois de noyer qui doit être faite pour le vestibule de la maison de M. l’Abbé de Mayol son oncle située sur la place

tracé de la dite porte, moyennant la somme de 87 livres. Sous les conditions que tous les sus-dits ornements bien exécutés et fixés avec tout le goût possible. La présente faite le 25 juillet 1766 ». Signé Saurin.

Suit le reçu des dits 87 livres.

Bois dorés et sculptés par Veyrier (Collection S. de Bresc)

que le dessus de la porte du bel hôtel de Bonnet de la Beaume, rue du Bœuf. Avant de clôturer le premier paragraphe de cet intéressant chapitre sur les portes d’Aix, nous voulons consacrer quelques lignes et nos vifs regrets d’artiste, à une petite porte de maison bourgeoise, disparue, hélas ! depuis plus d’une douzaine d'années déjà de son modeste cadre de la rue Espariat, mais qui était bien la plus ravissante chose que -l’on put voir. Sa reproduction nous a été heureusement conservée par le photographe Heyries; cette boiserie malheureusement peinte à l’huile était surtout remarquable par une frise représentant des amours. L’un était figuré assis. Le motif central était composé d’une sphère à laquelle s’appuyaient deux autres amours ; enfin, un deuxième groupe de deux amours luttant terminait l’ensemble de ces très beaux morceaux de sculpture. Le battant avait également un beau marteau en cuivre1.

Boiseries ( bois naturel). • — La plus belle boiserie de ce genre que nous possédions à Aix se trouve à la bibliothèque Méjannes, dans la nouvelle salle des manuscrits. Cette œuvre magistrale attribuée au célèbre tailleur de bois B. Toro eut des fortunes diverses, elle se trouvait il y a quelques années fractionnée dans les bureaux de la Mairie, depuis que le Préfet en eut emporté une partie à Marseille, quand le siège Préfectoral y fut définitivement établi sous la restauration ; c’est grâce aux efforts patients et à l’inlassable bonne volonté du Conservateur actuel de la bibliothèque Méjannes M. Edouard Aude qui a pu obtenir l’autorisation de rassembler les parties éparses et les reconstituer en un tout harmonieux. C’est une boiserie d’une superbe patine2, sobre, et d’un très remarquable travail. La plus importante boiserie que nous connaissions, après celle de la Méjannes, se trouve à l’église de la Madeleine ; elle est comme la précédente du XVIIIe siècle et constitue le buffet d’orgue de cette église. Il fut exécuté dit-on par un dominicain du nom de

1 Cette porte est actuellement à Marseille chez 2 Le corps des armoires est en noyer, les orne-

M. Grobet. ments et masques en tilleul.

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