I« LES SCIENCES HUMAINES
Section I. — Coup d'œil général. — Les sciences iiumaines se renfermaient comme autrefois dans le cercle des Sept arts libéraux, partagés eux-mêmes en Triviam et Quadriviiim.
On y adjoignait encore certains arts particuliers comme la médecine. Déjà, au XI'^ siècle, nous avons lu, dans une poésie consacrée à Fulbert, la preuve que cette division des Sept arts. si commune au moyen-âge, lui servait de programme. Nous sommes plus heureux encore pour le XII« siècle : car nous avons trouvé dans la Bibliothèque de Chartres un Eptaieuchon (mss. 497-498) ou encyclopédie des Sept arts, composée par l'un de nos plus grands écolâtres, Thierry de Chartres, et léguée par lui au Chapitre, comme en fait foi son obit. Le prologue de ce recueil ne laisse pas de doute sur sa destination scolaire. Après la rubrique : Incipit prologus Theodorici in Eptateucon, on lit ce qui suit : « Le manuel des Sept arts libéraux est appelé par les Grecs Eptateiichon : Marcus Varron l'a composé le premier chez les Latins, après lui Pline, ensuite Martianus Capella ; ils l'ont tiré de leur fonds. Pour nous, nous avons disposé, avec soin et ordre, en un seul corps, non pas nos œuvres, mais celles des principaux docteurs sur les arts, et nous avons unis et comme mariés ensemble le Trivium. et le Quadrivium, pour l'accroissement de la noble tribu des philosophes. Les poètes grecs et latins affirment en effet que la philologie sest fiancée solennellement à Mercure, avec tout le cortège de l'hyménée, le concert d'Apollon et des Muses, et l'intervention des Sept arts , comme si rien ne pouvait se faire sans eux. Et ce n'est pas sans motif.'. Pour philosopher il faut deux instruments, organa, l'esprit et son expression : l'esprit s'illumine par le Quadrivhim ; son expression, élégante, raisonneuse, ornée, est fournie par le Triviiimv II est donc manifeste que VEptatejtclion est l'instrument propre et unique de toute philosophieJOr, la philosophie est l'amour de la sagesse, la sagesse est l'entière compréhension de la vérité des choses qui sont, compréhension que l'on ne peut obtenir qu'à condition d'aimer. Nul n'est donc sage s'il n'est philosophe. »
UEptateuchon de Thierry était donc, d'après son auteur, le manuel de toutes les sciences de son temps, par conséquent de celles qu'il enseignait lui-même. Il suffit de le résumer et d'en dresser la table pour avoir le programme officiel de nos écoles, le plan suivi par les maîtres et la liste des auteurs expliqués.