‹ Les écoles de Chartres au moyen-âgeChapitre 52 sur 107 · III. M>2, 171. — '0 II · texte numérisé non relu

III. M>2, 171. — '0 II

" Torirs relatifs à l'Histoire t}i( I^arh'mrnt, p. i-20, 103, iOO. 178.— Olim, II. p. ()10. Kii 1310 il est apjx'lr maijisler Jonnues Ducis, decanus Setioneusis, subd&anus Pictaviensis.

'^ (jirl. deN.-D., III. 90. — «^ m, i.",. n n 350. — is n, 133 m, 110, 104. — "' II, i06, 115. - •' III, 09.

400 Maître Pierre VEsiiarjnol {Petrus Hispmius), signalé comme chanoine de Chartres dans une lettre de Boniface VIII du 7 août 1296.

Section III. — Les chanoines savants. — Cette liste est déjà longue, elle serait incomplète cependant, si nous n'y ajoutions celle des autres Chartrains qui, sans avoir le titre de maîtres, furent renommés pour leur science, et celle de ceux qui, maîtres ou non, brillèrent au dehors. Il est probable que la plupart de ces personnages tirent leurs premières études à Chartres.

Dans la première catégorie, nous trouvons :

1° Hugues de Feuillet {de Folieto), sous-diacre et chanoine. Signalé en 1195 ', en 1215 -, en 1216 % il dut mourir vers 1220 ^ Son obit le dit (( un homme noble, illustre par sa science, versé dans le droit, éloquent, utile et dévoué à l'Église de Chartres^ » scientia clanis, in jure peritus et facundus.

2° Haimeric de Feuillet (de Folieto ''), jeune homme d'un très bon caractère, qui mourut à Bologne en étudiant le Droit.

3° S y mon de Béroii (de Beroto), chanoine et prêtre, neveu du doyen Geoffroi ^: il était illustre par sa science et son éloquence et très versé dans l'un et' Vautre Droit; il laissa une très belle Bible avec des gloses continues ^ En 1855, on a retrouvé sa tombe et son épitaphe dans l'église de Saint-Pierre ^

4° Renaud de Denonville (de Danunvilla) ^^ qui fut chapelain d'Innocent IV avec André Neveu (Andréas Nepos), prévôt de Normandie : il obtint de ce pape une bulle, le 18 février 1250. accordant des indulgences à ceux qui assistaient aux processions de Carême : il acheta V Evangile de Saint Jean glosé, en décembre 1250 '°.

5° Jehan le Marchand et le prêtre Gilles. Celui-ci avait écrit le Livre des Miracles ; Jean le traduisit sur l'ordre de l'évèque Mathieu, en vers romans : en terminant son travail, en 1262, il remercia saint Louis de lui avoir donné une prébende à Péronne. L'original est sous le n° 1027 de la Bibliothèque de Chartres; il a été publié par M. Duplessis, en 1855, in-8°.

^ Cart. de IS.-D., I, 250. — ^ II, 53.

^ Ref/esta Honorii IH.

' Cart. de N.-D., III, 158, 185. — ^^ III, 2-22. — « II, 29. - " III, 45.

* Méînoires de la Soc. Arcli. d'E.-et-L., t. I, p. 1G7. 9 Cart. deN.-D., III, 11.

'0 Bibl. de Chartres, ms. 210.

A la seconde catégorie appartiennent ceux qui s'en allèrent, dans les autres Églises, à la Cour et au Parlement, ou dans les Universités.

Dans l'église de Paris nous voyons, outre Guimond Péri :

Maître Jordan de Chartres (de Carnoto). qui en devint membre après 1225 ^ Le Cartulaire de Juziers signale vers 1200, un : Jordanis, scolasticus , nepos domni Guillelmi ahhatis.

Maître Roger de Chartres, qui laissa une Histoire ecclésiastique -.

Maître Guimond de Chartres^, qui laissa une Bible de prix, dédit nohis quandam Bibliothecam honam et p nicher r imam valentem triginta libras Parisienses et plus.

L'évêque Barthélémy * (1224-1227) ^: celui-ci avait été d'abord chanoine, prêtre, et doyen de Chartres : Scientia vir ilhistris et maxime in utroque jure, canonico videlicet et legali^ plenissime institutus

Ailleurs nous trouvons Barthélémy . archidiacre de Mâcon et chantre de Tripoli. Ce chanoine raconta différents traits sur saint Dominique à Etienne de Bourbon^. Le saint, à qui il s'était confessé, étant à Rome, lui avait prédit, entre autres clioses, que jamais il n'entrerait dans son Ordre. Il rappelait aussi que, chaque jour après son office, il faisait le tour de la ville, et visitait les emm.urées, auxquelles il donnait des avis salutaires. Ce même Barthélémy avait encore raconté à Etienne de Bourbon qu'il s'était trouvé à Rome lors de la canonisation du saint; il était alors sur le point de retourner à Tripoli. Les Frères Prêcheurs le prièrent de porter la bulle à leurs Frères d'au-delà des mers. Barthélémy s'en chargea volontiers; à l'arrivée, le vaisseau s'enfonça, les bagages et les paquets furent remplis d'eau, les lettres pontificales seules demeurèrent intactes.

Simon de Beaulieu*. fut d'abord chanoine et archidiacre de Chartres*^ : en 1276. il devint archevêque de Bourges, en 1281, cardinal, évèque de Palestrine. en 1295, légat en France;

« Cart. N.D. de Paris, IV, 27.

- Cabinet des Manuscrits, II, 213.

3 Cari. N.-D., de Paris, IV, 8.

* Cari, de N.-D., III, 199.

^ Anecdotes d'Etienne de Bourbon, Lecuv tlt' la Marche, p. 135. — V. Eciianl H Oiiétif, 1, 42.

« Cart. de N.-D., III, 198.

il mourut à Orviéto. en 1297. Il prêcha à Paris contre les privilèges des ordres mendiants; on a aussi de lui un sermon au Chapitre de Clermont. Le légat Simon le chargea de punir les moines de Saint-Germain pour avoir outragé les écoliers de l'Université *.

Gilles Pasté fut évêque d'Orléans en 1289, et vendit ses maisons au doyen Robert de Frouville -.

Jean de Clievry* {de Capriaco). Sous-chantre de Chartres, en 1297, il était archidiacre de Dreux, chanoine de Paris et de Tournay ; en 1298, il est dit chanoine de Sens et de Meaux, archidiacre de Rouen et enfin évèque de Carcassonne. C'était un théologien; il mourut en 1300 ^

Citons enfin Maître Raoul de Paray (de Paredo *) : ce Raoul était au service du roi en 1301 ^ ; il était chanoine de Chartres et chantre de Meaux : son ami Jean Dubois (de Bosco) donna le ms. 16 de la Ribliothèque de Chartres.

Au Parlement et à la Cour, l'on vit un certain nombre de Chartrains. Déjà nous avons parlé de plusieurs, entre autres de Guillaume de Villeneuve, de Philippe de Meslay, de Pierre Barbet, de Pierre de Fontenay, etc.

Citons encore :

Maître Nicolas de Chartres, au Parlement, en 1202 ^

Maître Pierre Lombard*, d'abord médecin de saint Louis, puis chanoine et sous-diacre de Chartres : il est cité parmi les médecins fameux de Paris par Rutebœuf '.

Et mestre Pierre Lombard Qui Paris triche par ses ars.

Guillaume de Chartres, prêtre, au Parlement en 1271 \ Maître Guillaume de Rueuil, archidiacre de Chartres,

maître Estevener , de ChdiYires , assistaient à un jugement en

' Hist. lin., XXI, 35. — Du Boulay, t. lll. — Baluze, Miscellanea,l,Ti9. - Cnrt. de N.-D., II, 165, 198.

2 Cart. deN.-D., IIl, 167.

3 Cart. de N.D., II, 232. — Lettre de Boniface VIII, 1297. * Cart. deN.-D., III, 42.

5 Bibl. de Chartres, 1007, fo 159.

^ Nouveaux fragments, 30.

"^ Addition à Rutebœuf p. Jubinal, III, 133,

8 Textes relatifs, p. 63. — » P. 109,

Un certain Geoffroy de Chartres servit de notaire pour l'appel au Pape d'Arnaud de Villeneuve '.

Maître Jean de Piiiscaux (de Putheoli^i), chanoine de Chartres ; il fut chargé d'enquêter au Parlement en 1287 -. En 1300 il rendit au Chapitre les Épitres de saint Paul glosées, et en • 1303, il fut commis pour la rédaction du Livre des Coutumes.

Maître Jean de Montigny, qui siégea au Parlement avec Renaut Barbou, bailli de Chartres ■\ Vers 1296 il était désigné pour rendre les arrêts ; accusé en 1303 de se laisser corrompre il fut absous par la Cour. On le retrouve encore en 1300 et 1304 et même après 1307 et jusqu'en 1318 ^

Guillaume de Chartres, clerc de la chapelle royale en 1286, d'après un état de l'Hôtel de Philippe IV.

Nicolas de Chartres*, l'un des principaux rédacteurs des arrêts du Parlement de 1269 à 1290'^ ; il était spécialement chargé des registres : ceux-ci ont été récemment publiés.

Enfin le fameux Pierre de BellepercJte, qui, après avoir étudié le Droit sous Jacques de Ravanis, le professa à Toulouse et à Orléans, devint chanoine de Chartres et de Bourges. En même temps, depuis 1296, il fut attaché au Parlement et employé par Phihppe le Bel dans ses négociations avec le Pape. Nommé par celui-ci, motu proprio, chanoine de Paris en 1304, il fut élu évéque d'Auxerre en 1)306, ei mourut à Paris en 1308. Ses ouvrages de Droit eurent une grande inlluence ; mais il résida trop peu à Chartres pour que nos écoles puissent revendiquer sa gloire.

Il en est de même, avons-nous dit, de (îuillaume Durand, évêque de Mende ^ Ce personnage fut aussi l'un des grands canonistes et liturgistes de son temps, l'un des diplomates les plus habiles au service des Papes : mais, quoique doyen de Chartres (1285-1286), il résida trop peu dans cette Église pour lui appartenir réellement. D'ailleurs, en cour de Rome, il > eut d'autres chanoines savants : nous avons nommé d^iuhusson , Jean Hispanus.

« Chart. Un. hir., II, H\).

^ Ohm, I. -270, 27.i.

^ NouveaiLV fragments,... p. 25.

^ Textes rchillfs à l'Histoire du Parlement, p. 163. 170, 170. — Olun. II. p. iO, 127. I2r)0. 13i.j.

^ Oliin, II, 398. — youveaux fragments du Liber inquestarum de Nicolas de (liiartres, Bilil. d»' fécole des Chartes, t. iO, 1885.

'^ Registre d'Honarius IV, {». Maurice Pruu, 130, i04, 584.

L'Université de Paris, qui avait eu la plupart de ces personnages comme élèves, en garda d'autres comme maîtres. Nous avons déjà nommé Robert du Coin-du-Mur (de Cuneo-Muri)^ professeur de Droit. Citons encore 1" Amaury de Bène ou de Chartres. On sait que ce fameux professeur panthéiste fut condamné après sa mort ; il avait formé une secte opposée à Pierre de Roissy et à Foulques de Neuilly.

2° Maître Nicolas Haudri^ chantre de Paris, originaire de Chartres. Il était dans la grande ville en 'l'217 et 1231. Son obit (21 septembre) rapporte qu'il y fat maître en arts, qii'il étudia longtemps la médecine à Montpellier, qu'il enseigna honorahleinent les décrets à Bologne, et qiCil couronna ses travaux par la théologie à Paris... Toutefois, il ne cessa d'aimer sa ville natale, où était resté maître Jean Haudry, son frère, clerc de la comtesse, et, par l'intermédiaire de ses amis Jean Lambert et Miles de Châtillon, il y fonda son anniversaire '. Le Nécrologe de Paris donne son obit en l'appelant Nicolas de Chartres {Nicolaus de Carnoio) : il mourut en 1247.

3»^ Maître Eudes de Chartres (Odo de Carnoto) est nommé decanus rnaglstrorum Parisïis regentium in Decretis-. C'est lui qui, à la tête des autres doyens, chargea Eudes de Belleval d'en appeler au Pape de la sentence du légat Simon en 1267 : il n'était pas chanoine.

4° Maître Jean de Sivry (de Sivriaco) était présent avec lui à cet appel et le signa.

5° Maître Jean UAnglois (Anglicus) ^ était, vers la même époque, étudiant en la faculté de théologie. En 1279, il était clerc de la comtesse ^

6° Maître Pierre de Colonne {de Columpna) ^ est cité comme nonce et procureur des maîtres et des écoliers de Paris près le siège apostolique. Il fut chanoine de Chartres sous Grégoire IX. en 1233, et de Paris sous Innocent IV. Le Nécrojoge de N.-D. donne son obit. C'est lui sans doute qui amena dans notre ville la famille des Columpna dont nous avons déjà signalé un membre plus haut, le maître Gérard de Columna.

' Cart. (le N.-D., III, 179, 49.

- Denifle, Chart. Un. Par.^ I, 4G8.

3 Cavl. de N.-D., II, li-2.

'' Chart. Un. Part., I, 574. — ^ I, 379.

Section VI. — Les savants diartrains en dehors du Chapitre. — Pendant que l'Église de Chartres produisait tant d'hommes distingués, il s'en trouvait d'autres dans les monastères qui n'étaient pas sans valeur, et dont le voisinage devait contribuer au maintien des bonnes études.

Les anciens monastères cependant étaient assez stériles. Saint-Père, qui avait tant fait pour sa bibliothèque dans le siècle précédent, fut obligé de solliciter du Pape Innocent IV l'autorisation de ne payer que pendant trois ans l'impôt exigé pour l'entretien des écoliers orientaux étudiant à Paris '. L'abbaye s'attacha en 1295 un clerc nommé maître Jacques de Saint- Arnoul -, auquel elle confia la gestion de ses affaires et peutêtre la direction de ses écoles.

Saint-Jean fut réformé d'abord par l'évèque Gautier en 1234: ses règlements, confirmés par Grégoire IX, se taisent sur le chapitre des livres et des études. Pierre de Mincy dut faire un nouvel essai. Voici l'un des articles qu'il inscrivit dans la règle: (( Nous voulons que tous les livres de la bibliothèque soient recherchés tous les ans avec soin et qu'à l'avenir ils soient rapportés chaque année par tous les chanoines et autres détenteurs, le mercredi après la Pentecôte. Leurs titres devront être inscrits sur un Catalogue ; ils seront remis au bibliotliécaire, et à l'avenir ils ne seront pas prêtés sans un reçu ou autre pièce ^ ))

Saint-Martin dut garder et développer ses petites écoles. A Blois, nous voyons maître Renaud de Celles, et le Frère Mineur Jean de Blois qui prêcha quelques sermons; à Chàteaudun un certain Etienne (Steplianus de Castriduno), vir admodum litteratus, qui devint doyen de Rouen en 1233 \ abbé de Beaubec en 1242, et de Savigny en 1244. Pour les autres monastères, nous manquons de renseignements.

Seuls, les Dominicains de Chartres et les Frères Mineurs s'occupèrent activement d'études. Dès leur établissement, en 1231, les premiers créèrent des cours de théologie oîi ils admettaient les étudiants du dehors. Le concile provincial de Tours, en 1300, y envoya comme lecteur des Sentences le père J. Le Gallois ; on y voit aussi Etienne de la Cour (de Curia)

' Chart. Un. Par., l2iS, 22 juin.

^ Carf. S. l'ère, p. 728.

- Histoire de Chartres, Lépinois, I, 145. * Hisl. de Fr., XX, 3:ii.

(1292) et Jean Nicho, en qualité de professeurs. Parmi les hommes savants sortis de ce couvent, le P. Lefèvre cite : 4» le frère Reginald de Chartres qui assista à la condamnation du Talmud par le légat du Pape en 1241 : il vivait encore en 1264 '.

2° Le frère Guillaume d'Auton {de Altono), homme noble, très lettré, qui. d'après Antoine de Sienne, fut maître en Sorbonne^ et composa une Postille sur VEcclésiaste, une autre sur saint Mathieu et un livre De decem Virginihus : il florissait vers 1260 -.

3" Le frère Pierre Lecoq (Petrus Gallus), provincial de France, qui, d'après le même Antoine de Sienne, était doué d'un esprit fin, d'une éloquence entraînante ; il était très exercé dans les lettres divines et humaines, et prédicateur partout goûté. 11 composa des Sermons sur les saints. Vers 1262, il fut prédicateur et conseiller de saint Louis et plus tard du roi Philippe 3.

4° Le frère Michel de Chartres (Michael Carnotensis), qui, vers le même temps, cultiva beaucoup la théologie scolastique.

5o Le frère Jea7i de Gallardon qui, vers 1279, professa savamment les arts et la théologie.

6° Le frère Guillaume de Maule (de Manlia), qui, d'abord chanoine, se fit moine en 1272 et fut enterré dans le chœur.

1° Le frère Hervé d^Anet, qui enseigna l'Écriture-Sainte vers 1280, et donna le manuscrit 228 qu'il composa peut-être. 11 est intitulé : Interpretationes nominum hehraicorum, et à la fin on lit ces mots : Istum lihrum dédit isti conventui frater Herveus de Aneto. Orate pro eo. Qui légat, hic dicat : Ipsum. Dominus henedicat. Qui furahitur hune, suspendetur nisi reddat. et si reddiderit tune hene salvus erit.

8» Le frère Geoffroy d^Ahlis [de Abluviis).^ qui professa la théologie, fut conseiller de Philippe le Bel, grand inquisiteur, et commenta les quatre livres des Sentences.

9" Le frère Thomas d' Epeautrolles , docteur en théologie auteur d'une Postille sur saint Mathieu, conservée jadis au couvent (1292). C'est peut-être le même que Thomas de Chartres, dont Échard et Quétif indiquent un sermon *.

^ Chart. Un. Par., I, 211.

2 Predicator Carnuteus, par Lefèvre, p. 52. — Antoine de Sienne, Bibliotheca Ordinis Prédicat orum.

^ Predicator Carnuteus, 153 et sqq. ; même endroit pour les savants.

^ Scriptores 0. Pr., I, 268.

10^ Le frère Jean d'Ane/, théologien, qui écrivit des sermons, gardés jadis sous le titre de Concordant'iœ.

11^ et 12^ Geoffroy de Beaidien et Guillaume de Chartres, qui tous deux furent chapelains de saint Louis, et écrivirent sa Vie. Échard et Quétif signalent un sermon du premier et trois sermons du second en l'280 '.

Les seigneurs du pays se piquaient aussi de savoir les belleslettres. Robert de Mauvoisin iit des vers français, au dire de dom Liron, dans ses additions manuscrites. Louis, comte de Chartres, composa des poésies en langue romane. Thibaut, comte de Champagne et roi de Navarre, rima les fameuses chansons qui courent sous son nom. Enfm Guillaume de Meslay, vidame de Chartres, composa cinq chansons et quatre saints d'amour-.

Ces princes avaient en même temps chez eux, comme les évèques , à titre de maîtres ou de chanceliers, des clercs instruits suivant la tradition des familles. Au commencement du siècle, Thibaut, comte de Blois et de Clermont, avait pour chancelier Thierry '; la comtesse de Chartres, Jean. Haudry, en 1253% Hairneric de Saint- Aignan , en 1263, et surtout le fameux Miel tel Scot *.

Ce personnage avait étudié à Oxford et à Paris : il traduisit sur l'arabe les traités de pliysique d'Aristote. Protégé par Honorius III en 1224, par Grégoire IX en 1227, ami d'Etienne de Provins auquel il envoie le De cœlo et mundo, il finit par être clerc de Frédéric II de 1240 à 1250 ^ En 1286, on le retrouve en Ecosse prés du roi Edouard, et on le suit assez bien jusqu'à sa mort en 1291". On ignore ce qu'il devint de 1250 à 1286. On conjecture qu'il retourna dans son pays; mais comment y serait-il resté si longtemps inconnu ? La vérité est ■ qu'il se tint pendant cet intervalle près du comte Jean et de la comtesse Mathilde. Celle-ci le choisit en 1252 comme arbitre dans son difféi^end avec le Cliapiti'e : magistrurn Michaelem Corniihiensem clericum nostrum dictum Scoturn '. Elle l'appelle

< Scriptores 0. P/., 1, '267, :;8L

2 Chansons et snluts d'amour de Guillaume de Ferrières, L. Lacour, 1856.

3 (lart. deMarmoulier p. le Iilesois,\). 188-189. — Cart. de N.-D., II, 91. — tlarl. de Ikaulieu, p. 17.

^ Prcdic. Carn. il.

5 Chart. Un. Par., I, lur), 110, \M.

6 Hist. litl., XX, -13.

" Ref/. priv. pap., llil.l. de Cii., n" 116-2. f. 200.

maître Michel de Cornouaille, dit Scot. Dans la ratification de l'arbitrage \ en 1253 et 1254, elle le nomme encore maître Michel de Cornoiiailles, notre clerc. D'autre part, le Polyptique rédigé en 1300 parle de maisons situées dans la rue des Vasseleurs qui avaient appartenu jadis à Michel Scot, et étaient occupées par le maître Jean Le Duc quœ domus fiierunt Michaelis Scoti et sunt ad présent magistri Johannis Ducis, C'est donc un fait certain : le fameux Michel Scot, en quittant Frédéric II, avant de rejoindre Edouard d'Ecosse, devint, en 1253, clerc du comte de Chartres. Que ce clerc soit bien lui, l'identité des noms et surnoms, la coïncidence des temps, l'analogie des situations, tout le prouve surabondamment.

On sait qu'il traduisit et commenta des ouvrages d'alchimie, d'astrologie, qu'il écrivit sur la cosmologie, qu'il expliqua la )Sp/ière de Sacro-Bosco à Frédéric IL Mais son grand titre de gloire, c'est sa traduction sur Tarabe de V Histoire des animaux et d'autres traités physiques d'Aristote -. Ces travaux le firent passer pour magicien, et Dante l'inséra comme tel dans son poème. Il est très intéressant de constater la présence à Chartres d'un tel homme.

GHAPJTPxE III LES ÉTUDES ET LES ÉCRITS A CHARTRES

AU XIIF SIÈCLE

De tout ce qui précède, il résulte que les écoles de Chartres, réduites aux petites et aux grandes écoles, n'étaient plus comme autrefois le théâtre des grandes luttes philosophiques et théologiques. C'est à Paris, où brillaient les grands scolastiques, qu'elles avaient lieu, et c'est là que nos jeunes lévites allaient s'y mêler. Seuls, quelques-uns en percevaient de lointains échos dans les cours professés par les religieux de Saint Dominique et de Saint François ou par le Théologal. Le système d'Amaury

* Reg. priv. pap., f. 208.

- Jourdain, Recherches critiques, 72 et siiiv., 124 et suiv.

de Bène lui-même, qui était deux fois chartrain, et par ses antécédents logiques et par son auteur, ne fut ni exposé, ni attaqué, ni condamné à Cliartres. Le Réalisme et le Panthéisme de nos écolâtres eurent pour dernier représentant un homme qui peut-être les embrassa dans nos écoles, mais qui les remporta dans les chaires de la capitale.

Quant aux sciences supérieures, telles que la Médecine et le Quadrivium, elles étaient professées sans doute dans les grandes écoles avec les branches les plus élevées du Trivium. Les petites écoles étudiaient la Grammaire, mais elles y joignaient l'étude du chant ecclésiastique- Rien ne caractérise particulièrement ces diverses sortes d'étude : on a peu de renseignements sur les livres et les méthodes employées. — Les auteurs que nos Bibliothèques ont conservés sont surtout des écrivains théologiques, et ce sont les mêmes que partout ailleurs : aussi nous cesserons d'approfondir le programme des sciences cultivées, et nous nous bornerons à signaler les écrits qui furent alors publiés soit en prose, soit en vers, encore qu'ils ne soient pas, rigoureusement parlant, des productions sorties de nos écoles. Ces écrits se composent d'Epitaphes, d'Ohits, du Récit des Miracles de Xotre-Dmne et de quelques Sermons: la vogue n'est plus aux D'ictamina et aux poésies légères. Les épitaphes sont celles de Frescot, des de Grez, de Mathieu, de Pierre de Mincy : elles sont chez les Dominicains, leur œuvre sans doute, et d'ailleurs sans grande valeur. Les obits de ce siècle sont ceux qui sont marqués des n^s 3 et 4 dans le Cartulaire. Fort succincts jusqu'alors, sauf pour les évéques, ils deviennent à partir de 1250 de vraies biographies. Qu'on lise ceux de Constantin, de Nicolas Haudri, de Guillaume, des évéques Matliieu et Pierre de Mincy : on sent que le chancelier qui les rédige veut parler une bonne langue et peindre le caractère de son héros. Il s'y trouve de la recherche, quelquefois même des jeux de mots ; mais il y a aussi de la couleur, du trait, de la gravité, de l'ampleur.

Les cinq sermons de Pierre de Roissy, que renferme le manuscrit 14859, ne donnent pas une haute idée de son éloquence. Le premier roule sur les douze pierres de VEcriture sainte et les explique l'une après l'autre allégoriquement : on conçoit qu'il ne renferme pas de grands mouvements. Le second est une analyse des sept parties de la contrition et de la confession^ analyse théologique et psychologique assez fine,

mais peu éloquente. Le troisième sermon a pour objet les douze articles de la foi qui sont les douze pierres fondamentales de la Jérusalem terrestre ou de l'Église : à cette occasion Pierre de Roissy esquisse une synthèse aussi solide que rapide de toute la Théologie. Mais, dans l'exorde, en parlant des diverses Jérusalem , il est amené à s'occuper de la Jérusalem de Palestine, vers laquelle tous les regards étaient tournés alors : « Il ne s'agit pas, s'écrie-t-il, de cette Jérusalem, jadis nôtre, qui a été prise si promptement et si facilement par les païens et les infidèles, à cause de nos péchés et par la faute de ses gardiens. Elle reste encore captive, faute de libérateurs... Elle n'a point eu de fidèles défenseurs, et maintenant elle n'a point encore d'auxiliaires. On en parle rarement, et en certains lieux point du tout. Il n'y a plus de princes ou de laïques qui la secourent de leur personne ou de leurs biens, plus de clercs ou de prêtres qui l'aident de leurs prières. Cette sainte cité est foulée aux pieds par les païens et les infidèles, et elle est oubliée des chrétiens, surtout des princes et des prêtres. Ceux-ci, en vertu d'un décret universel, devraient réciter chaque jour au Saint Sacrifice de la messe une oraison spéciale pour elle et inviter le peuple à prier à son intention : ils ne le font pas. »

Le sermon suivant a pour texte : Si quis sciret qua hora fur veniret... et se divise ainsi : videndum quispater familias, quœ domus, quœ faynilia, quis sit fur ille qui domum nostram suffodere nïtitur. Les développements sont ingénieux, le père de famille, c'est nous; le voleur, c'est le démon; la maison, c'est notre conscience ; notre famille.^ ce sont nos cinq sens.

Le dernier sermon fut prononcé le jour de Pâques sur ce texte du Cantique des Cantiques : Ascendam in palmam et comprehendam fructuni ejus. La palme, c'est la croix : l'ascension, ce sont les diverses exaltations de Jésus-Christ. Il y a dans tous ces développements scolastiques beaucoup de pensées solides, mais peu de chaleur et de vie.

L'ouvrage le plus intéressant de Pierre de Roissy est son Manuale de Mysteriis Ecclesiae ou Speculutn Ecclesiae ^ . Inédit, il mériterait d'être publié : car c'est un traité complet des offices de l'Église, à la façon de Jean Releth et plus tard de Guillaume Durand, ce Voulant, dit-il, satisfaire aux désirs de

^ Bibl. nat., f. latin, man. 14859, f. 288 et suiv. Voir aussi mss. 14923, 14500.

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