LES ÉCRIVAINS ET LES PERSONNAGES SAVANTS
Terminons cette étude par la liste des personnages qui écrivirent des ouvrages ou s'illustrèrent dans les lettres. Parmi les évêques . il faut citer Pierre des Chapes (de Capis) qui , d'abord chanoine de Chartres et d'Amiens, professeur de Droit, devint chancelier de France, évêque d'Arras et de Chartres (1326), puis cardinal : il fut envoyé en Angleterre avec P. de Grez, évêque d'Auxerre, par Charles le Bel. Nommons encore JeanPasté, son successeur (1327-1332), conseiller au Parlement : Aimeric de Chalus (1332-1342)^ disciple de Jean d'André, professeur de Droit à Bologne, Guillaume Lamy (1342-1349), professeur à Orléans, etc., et surtout Jean Lefèvre (1380-1390), et Jean de Montaigu, tous deux auteurs de différentsouvrages : mais ils restèrent si peu à Chartres qu'ils ne nous appartiennent guère -.
* Reg. cap., 1007/3, f. 60.
- Voir le Gnllia christiana, VIII, et Fisquet, France Pontificale... — Chartres.
Parmi les doyens, nous voyons Thibaut (f Aulnay (de Alneto) qui emprunta plusieurs volumes à Ja Bibliothèque, Etienne de Borest (de Borreto) qui avait été d'aliord scolastique de Poitiers, et fut évêque de Paris, Michel Mauconduit, professeur en Droit ainsi qu'Evrard de Trémigon. Aux chanoines déjà connus, ajoutons Guillaume de Dompnio (1307), qui était chapelain du Pape et scolastique de Saintes^ : Richard de Nogaret, du diocèse de Nîmes, bachelier en théologie, pour qui le Chapitre, en 1340, demanda une prébende au Pape : maître Jean d'Achères, l'un des fondateurs du collège des Trois- Évêques à Paris - : Robert de Sentis {de Silvanecto) , clerc du Conseil en 1286 et 1296 % signalé dans les Registres capitulaires en 1313 comme clianoine : Nicolas de Luzarches, qui fut officiai et prévôt d'Anvers, puis évêque d'Avranclies (-j- 1311) : ce dernier fut cité par Boniface VIII. en 1296, et délégué par Philippe le Bel dans le Midi^
Signalons surtout les auteurs d'ouvrages, ceux du Polyptique et de l'dVieille Chronique d'abord'. A vrai dire, le Polyptique n'est point un écrit littéraire : c'est simplement un relevé des biens du Chapitre fait en 1300 et qui ne présente d'intérêt qu'au point de vue historique et géographique. La Vieille Chronique, écrite vers 1389, raconte la noble et antique fondation de rÉglise de Chartres, mais avec beaucoup d'inexactitudes et de légendes. Lorsqu'on la rédigeait, on était préoccupé d'attribuer à cette Église une grande ancienneté. On venait d'instituer en 1368 la fête de saint Béthaire et celle de saint Altin et de saint Eodald, quos repentur fuisse spiritualiter de principalibus fundatorihus Ecclesiae'^. C'est quelque temps après sa composition qu'un auteur inconnu inscrivit pour la première fois, croyons-nous, en face du récit de l'évangélisation apostolique, le nom des Druides, s'inspirant évidemment des Commentaires de Jules César et de la tradition. La Vieille Chronique na pas plus de critique que les autres œu\res de ce siècle et doit être lue avec discernement.
< Refj. cap., 1007/1, I. 117 v. 1^29.
^ Cart. deN.-l)., 111. I i6, 1S6.
3 Texten relatifs à l'Hist. du Parlement, 129, 220.
^ Olim, III, 301, 520, 801, et Refj. de Boniface VIII.
" Edités dans le Cartul. de N.-D. de Cli., la Vieille Chronique an \^^ volume le Polyptique, à la tin du second.
6 Heg. cap., 1007/3, f. 8.
Les plus illustres Charlrains de ce temps sont : Landidphe de Colo)i)ie (de Columpna), son neveu, Jean de Colonne {de Coliimpna), et son ami Lambert du CJiâtel (de Castello),
Landidphe et Jea7i de Colonne (nous traduirons ainsi selon l'usage leurs surnoms), d'après M. Léopold Delisle, ont leur place marquée dans les Annales littéraires de la France ' . Beaucoup d'auteurs ont parlé du premier, entre autres M. Merlet-, dom Liron, et tous les biographes anciens. Ses œuvres ont été publiées dans les Monumental, dans le Recueil des Historiens des Gaules \ dans Schard ^. De nos jours. MM. Antoine Thomas, Ugo Balzani % Léopold Delisle, s'en sont occupés. Mais ils n'ont pas connu ni les uns ni les autres les Registres Capitiilaires de Chartres, où ce chanoine est cité pendant près de trente ans, plus d'une centaine de fois.
D'abord son nom n'est ni Radulphe, ni Pandulphe, mais bien Landulphe de Colonne, Landulphus de Colnmpna. Il était romain d'origine et sortait de la fameuse famille des Colonna da Gallicano, à laquelle appartenaient : 1° le cardinal du pape Honorius III qui rapporta de Jérusalem la colonne (columna) de la Flagellation , 2^ celui qui fut archevêque de Messine, en 1255; 3" plus tard, Gilles Colonne, théologien distingué de l'ordre des Augustins, disciple de Thomas d'Aquin, archevêque de Bourges; 4° et5o jes deux cardinaux Colonna, qui furent déposés à Rome par Boniface VIII. Le seigneur de ce nom qui, sous l'inspiration de Philippe le Bel, outragea ce pape, en faisait aussi partie : de même le Colonna qui afficha publiquement sur les portes de Saint-Pierre de Rome la bulle de Jean XXII excommuniant l'empereur Louis de Bavière. Plusieurs autres personnages célèbres de cette famille sont indiqués dans l'arbre généalogique dressé par Litta et reproduit par Ugo Balzani. Il faut y ajouter encore les maîtres Pierre de Columpna et Girard de Columpna que nous avons déjà vus parmi les chanoines de Chartres. Ce sont ceux-ci qui
< Bibl. de TEcol. des Chartes, t. 46, 1885, de 649-668.
- Biblioth. chartraine, 1719, 1883, à son nom.
^ Momimenta Germaniœ hist. Scriptores, XXIV, 268. note.